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ZOOLOGIE.
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PARIS, IMPRIMERIE DE DECOURCHART, Rue d’Erfurth , n° r, prés de | Abbaye.
MAGASIN
ZOOLOGIE
Sournal
DESTINÉ A ÉTABLIR UNE CORRESPONDANG ENTRE LES ZOOLOGISTES DE TOUS LES PÀÂYS, ET À LEUR FACILITER LES MOYENS DE PUBLIER LES ESPÈCES NOUVELLES OU PEU CONNUES QU'ILS POSSÈDENT ;
PUBLIÉ PAR F.E. GUÉRIN,
AUTEUR DE L'ICONOGRAPHIE DU RÉGNE ANIMAL ,
Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris, et de plusieurs autres Sociétés savantes : l’un des auteurs de la Zoologie du Dictionnaire d'Histoire naturelle, du Voyage autour du monde de M. Buperrey, ete., etc., etc. :
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DEUXIÈME ANNÉE.
— D e-——
À PARIS,
CHEZ LEQUIEN FILS, LIBRAIRE, QUAI DES AUGUSTINS, N° 47.
1532
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SUR L'ANNÉE 41832.
Aujourd’hui nous faisons enfin paraître les 11° et 12° livraisons du Magasin de Zoologie. Ces deux livraisons, qui ont été retardées par des circonstances indépendantes de notre vo- lonté, forment le complément de l’année 1832. Nous donnons avec ces livraisons le titre et la table des matières : ainsi se réalisent les pro- _ messes de notre prospectus.
L'année 1832 contient les cent planches promises, savoir : 10 Mammifères; 9 Oiseaux; 1 Reptile; 18 Mollusques; 5 Crustacés; 2 Arach-
nides et 55 Insectes; sans compter un grand | a.
VI SUR L'ANNÉE 1832.
nombre d'espèces décrites et non figurées, plu- sieurs observations sur des rapports généraux de. Zoologie, etc.
Nous faisons paraitre en ce moment un nou- veau prospectus pour l’année 1 833. Nous avons fait quelques modifications aux conditions de l'abonnement, le temps et l'expérience appor- tant toujours avec eux des améliorations. En effet, le nombre de cent planches fixe que nous avions annoncé pour 1832 nous a souvent sénés, quand il s’est présenté des mémoires qui avaient peu de texte et beaucoup de planches, ou .beaucoup de texte avec peu de planches. Les intérêts de-nos abonnés ou les nôtres pou- vaient.en souffrir, et nous avons cherché à nous’ mettre à même de ne rien refuser de ce qui pou- vait intéresser la Zoologie.
. Selon les promesses que nous avions déjà fai- tes, nous annonçons, pour l’année 1833, trois volumes, c’est-à-dire un tiers de plus que dans l'année 1832. Le même choix dans les maté- riaux, la même exactitude dans les dessins et le coloris, seront apportés dans l’année où nous
allons entrer. Notre plus douce récompense des
SUR L'ANNÉE 1822. VIT
sacrifices et des soins apportés à cette publica- tion sera de la voir se répandre dans le monde savant, et acquérir l’importance qu’elle nous semble destinée à avoir un jour.
Il ne nous reste plus qu’à témoigner ici toute notre gratitude aux personnes qui ont eu la bien- veillance de soutenir notre opération, soit par leur souscription, soit par les mémoires qu’elles ont bien voulu insérer dans notre journal. Nous leur avons d'autant plus d'obligation, que nous espérons que leur exemple engagera tout ce que la science compte d'illustrations à nous enrichir de leurs travaux, et à assurer ainsi-le succès d’une entreprise dont on a reconnu l’u- tilité.
GUÉRIN.
Lequien fils.
Paris, mars 1833.
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TABLE MÉTHODIQUE
DES ESPÈCES ET DES GENRES DEÉCRITS OU INDIQUÉS !
DANS L'ANNÉE 1932.
STENTOR seniculus. — chrysurus. — ursinus.
— | Hiecre ÂATeLes hybridus. PLecorus auritus.
— peront.
— cornutus.
— brevimanus.
_ barbastellus.
— timoriensis.
— Maugei.
— velatus. VesPErTiLI10 Âilarir.
— polythrix. — levis. GENETTA pardina.
Geof. St.-H. Is. GEor.
Geof. St.-H.
Geof. St.-H. Is. GEor.
Geof. St.-H.
Ïs. GEor. Is. GEor.
Jenyns.
Geof. St.-H. Geof. St.-H.
Desmarets. Is. GE£0r. Is. GE0r. Is. GEOr. Is. GE0r. Is. G£or.
ive Classe. — MAMMIFÉRES.
Notice.
VII. VII.
id. VIII.
Pi.
led
8
1 Les espèces décrites sont en caractéres romains; celles qui sont seulement indiquées sont en italique. Les genres nouveaux sont précédés d’un astérisque. — Le chiffre romain indique le numéro placé en tête de chaque page de la notice; le chiffre arabe, celui de la planche, — Le nom de l’auteur qui a nommé l'espèce
“st en capitales seulement lorsqu'il est auteur de la notice,
TABLE MÉTHODIQUE.
Notice. PI.
Sciurus variabilis. Is. Gror. IV.V.VI. 4
— auriventer. Is. Gror. id, 5 — pygerythrus. Is. GÉor. id. — flavimanus. Is. GEor. id, — griseiventer. Js. Gxor. id. — hippurus. Is. Gror. id. 6 Lepus crassicaudatus, fs. GEor. IX. X: 9 — ruficaudatus. Is. Geor. id. — arenarius. Is. GEor. id 7 26 Classe. — OISEAUX.
GCescepyris phœnicopterus. Is. GEor.
— Turdus phœnicopterus. Temm. IX. — Échenilleur Jaune. Levail.
Torous importunus. Vieillot. FYTENE rutila (mâle). -Vieillot, à es dentata. - Azara.
PA PRISE Bloxami. W. Jardin . rara (femelle). Molina. Guifso-balito. Daudin. id.
GE, Loxia tridacty la. Gmelin.
* RainomvyaA lanceolata. Is. GEor. III.
Xewops rufosuperciliatus. Derarresnaye. VII.
ANABATES aradoïdes. DErarREsnAvE. VIII.
* EunromiA elegans. Is. GEor. I.
Parra albinuca. Is. Gror. VI.
PnoenicoPTerus ignipalliatus. Is. GEor. IL.
_. antiquorum. Geof. St.-H. id. — ruber. Wilson. id. = minor. Geof. St.-H. id.
3e Classe. — REPTILES.
Agrepxaris Leschenault.
pannonicus.
SE { Lacerta nitida, Kitaibel.
CocTEAuU.
I.
Fitzinger. 1
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D Om ar
TABLE MÉTHODIQUE.
5e Classe. — MOLLUSQUES.
NummuurTes millecaput. PreuroBrANCHUS reticulatus.
ATLANTA Keraudrenii. FiroLA caud'na. MELaANïIA aurita.
— tuberculata. Piseopsis pilosus. | CALYPTROEA rugosa.
= araucana. SIPHONARIA Sowerbÿi. MaraiNEezLzA helmatina. Mirtea aurantiaca.
— bacillam.
CaxcezLaRIA imperialis.
Buccinum sepimentum. Fusts mandarinus.
VENERICARDIA squamigera.
CyrrNA papua.
7° Classe. — CRUSTACÉS.
MirurAx dichotomus. -
— dama. _— asper. — spinosissimus. _ aculeatus. — verrucosus.
— hispidus.
— sculptus. — spinipes ? — hireuc?
Notice. N.BourÉE. XV. Ranc. I. Lesueur. IV. Ranc. III, Müller. XII Rawc. XIII. DesnAyes. IX. LEssow. IT. Lessox. XIV Micaeumn: XVII. Raxwc. N. Lamarck. . VI. Lamarck. VII. Micuennx. XVI. Rawc. X VIII. Duczos. VIII. Desuayes. x: LeEssow. XE. Desmarest. I à V. Herbst. id. M. Epwarps. id, Lamarck. id. Herbst. id, M. Enwarps. id. Herbst. id. Lamarck. id. Herbst, id. Fab. id.
PI.
15
_
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X£
XII
TABLE MÉTHODIQUE.
8e Classe. — ARACHNIDES.
_ ANDROGTONUS variegatus. SEGEsTRIA ruficeps.
9° Classe. — INSECTES.
COLÉOPTÈRES.
CicinpELA quadrimaculata. AntTHIA maxillosa.
——
thoracica. cinctipennis. sexguttata (larva). venatior. homoplata. Burchelli. IWimrod.
sulcata. sexmaculata. marginata. duodecim-guttaia. decem-gutlata. vilosa.
biguttata. limbata. semplem-guttala. sex-notala. rugosopuncltäta. tabida. macilenta. gracilis.
# STrENOCHEILA Lacordairei. PeriGALUS guttatus,.
4o
12
46
Guérin. IL. GUÉRIN. É Notice. Sturm. XVIII. Fab. XX X VIII à XLI. Fab. id. Dupont. id. Fab. id. Fab. , id. Dupont. id. Hope. id. Fab. id. Fab: id. Fab. id. Klug. id. Bonelli. id. Fab. id. Thunberg. id. Bonelli. id. Dejean. id. Fab. Mie } L Thunb. id. Thünb. id. Fab. id. Olivier. id. Dejcan. id. LAPORTE. XII. CuEvroLaT. XLVI.
LES F TABLE METHODIQUE.
.EurYDERA striata. Hezruo biguttatus. Scarires Goudotii. Procerus Duponchelii. BupPresris aureopilosa. cassidoïdes,
. colliciata. complanata. empyrea. exophtalma. opulenta. Rogerii. rotundaia. scapularis.
ELATER Goryi.
* DryoPmzus anobioïdes,.
* HyPocEPHALUS armatus. ,
* Cazicnemis Latreillii.
* Oplopus atriplicis.
* PacuypEMA nigricans.
* HeTERosTERNUS buprestoïdes.
* TrocHALUS rotundatus, * Evcrrus Mellyi.
* CEToxIA episcopalis. TricrenoTomA Childrenii. CALLIPOGON senex. AxwAcoLus maculatus. HAMATICHERUS suturalis. AcAnTHoGiNus Boryi.
AcanTHoTHoRAx longicornis.
ANTHRIBUS pygmMmæus.
* Caronromus Mellyi. Paussus cornutus.
SacrA Boisduvalii.
* Merorias curculionoides.
Notice, GUÉRIN. XXII. Gory. VI. Guérin. ‘ V. Dejean. IX.. GUÉRIN. XIII Guérin, © XXIX Guérin. XXVII GUÉRIN. XX V. Gorx. XIX. GuérIN. XXVI. Goryx. XVII. Duroxr. XLIII. Guérin. XX VIII. GuÉRIN: XIV. Durrscamnb.X XX. CHevrozatT. III. DesmaresTt. XXIV. LaAPORTE. VII. LAPORTE. DD. -LaPporTE, XX XVII, Duroxr. X.. Laporte. XLIV, Dupont. XLVII. GuÉRIN. XXI. Gray. XXX V. Duront. XXXIII. Gory. XXXI. Gorr. I, Gory. XLV. GAEDE. XV. ROBERT. XVI. Guérin. XXXIV. CHevrozatT. XLIX. _ Dejean. XXXII. Gory. XLII.
TABLE MÉTHODIQUE.
HÉMIPTÈRES Notice. Derge hæmorrhoiïidalis. Fab. XXX VI. Derge pallida. Fab. XXXVI. *CEPHALELUS infumatus. PEercHEroN. XL VIII, _ HYMÉNOPTÈRESe * CEROCEPHALA COrnigera. Wesrwoon. IV. MEGACHILE sericans. Fowscozomre. L. LÉPIDOPTÈRES. ArGynnis moneta(màl., var.). Hubner. XÏŸ. Synromis Khulweïinii. Leregvre. XXHII. Fiponta spodiaria. LEreBvre. VIII. * Desmia maculalis. WEsTwOOD. À
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TABLE DE QUELQUES MÉMOIRES GÉNÉRAUX
AYANT RAPPORT AUX PLANCHES.
RAPPORTS NATURELS des Hurleurs, et Considérations générales sur les principaux genres de Singes; be Is. Grorrrox S.-HILAIRE. CL. I, pL 7.
ESSAI MONOGRAPHIQUE sur le genre Oreillard; par Isin. GEorFroy S.-Hiraire. C1. I, pl. 2 et 3.
ESSAT sur le genre Sciurus, et Description de six nouvelles espèces; par Is. Grorrroy S.-Hiraire. CI. I, pl. 5, 6.
REMARQUES sur les principaux caractères des espèces du genre Lepus, considérés-dans leurs rapports avec les circonstances loca- les ; suivies de la Description de trois nouvelles espèces ; par Isin. Georrroy S.-Hicaire. C1. I, pl. 9, 10.
CARACTÈRES d’un nouveau genre (Polyodon) formé sur une es- pèce de merle; par Derarresnaye. CI. II, pl. 4.
MÉMOIRE sur le genre peu connu PAytotoma,et Détermination des espèces de ce genre; par Decarresnaye. CI. II, pl. 5.
RAPPORTS NATURELS des genres Corvus, Coracias, Paradisæa, avec les passereaux conirostres et les passereaux dentirostres ; par Isin. Georrroz S.-Hivaire. Ci. IX, pl. 3,
REMARQUES sur l’importance de la forme des pieds, comme carac- ière générique, chezles Passereaux, et en particulier, chez les Pi- cucules, Sittines, eic.; par Derarresnaye. CL Il, pl:7
Le: XVI TABLE DE QUELQUES MÉMOIRES GÉNÉRAUX,
SUBDIVISIONS établies dans la famille des Sittèles; par DELAFRES- NAYE. CI. II, pl. 7. ;
MONOGRAPHIE du genre Withrax ; par Mirxe Enwanps. CI. VII, pl.-ra08:
ESSAI MONOGRAPHIQUE sur le genre Anthia, renfermant la description de deux espèces nouvelles, la description d’une larve, etquelques rectifications dans la synonymie ; par Lequiex. CL. IX, pl. 38, 39, 4o, 4r.
ESSAI sur une nouvelle classification de l’ordre des Hémiptères, ren- fermant les caractères de plusieurs genres nouveaux et la descrip- tion de beaucoup d’espèces nouvelles ; par F. DE Laporte. CL IX, pl.$1à235.
Crasse], Phi
ATÈLE. ATEzEs. Geoff.-S.-Hil. A Mr. A. hybridus. Isd. Goff,
L'espèce nouvelle de singe dont je vais donner la des- cription et exposer les habitudes, offre, par ses formes et par l’ensemble de ses caractères, les rapports les plus inti- mes avec les autres Atèles ; mais elle formera dans ce genre une exception assez remarquable quant à son système de coloration. Tous les vrais Atèles aujourd’hui connus ! sont, en effet, en totalité ou en grande partie noirs; et la _ description suivante va montrer combien notre nouvelle espèce diffère, à cet égard, de tous ses congénères.
1. Description et détermination de l'espèce.
- Le caractère le plus apparent de l’Atèle métis consiste dans une tache blanche placée sur le front, et de forme à peu près semi-lunaire, qui à environ un pouce de large sur la ligne médiane, et se termine en pointe de chaque côté,
au-dessus de l’angle éxterne de l'œil.
Le dessous de la tête, du corps, et de toute la queue jusqu’à la callosité , et la face interne des membres , Sont : d'un blanc sale. Les parties supérieures sont générale ment d’un brun cendré clair qui, sur la tête, les membres antérieurs, les cuisses et le dessous de la queue, passe au
1 J'ai, en effet, démontré ailleurs (Mém. du Mus., t. xvr: ) que l’Ateles arach- noïdes de mon père et l’Ateles hypoxanthus du prince de Neuwied et de Kuhl, animaux dont le pelage est généralement d’un fauve cendré, différent des vrais Atèles par un grand nombre de caractères zoologiques et anatomiques ; et j’ ai
_ formé de ces deux espèces et d’une troisième jusqu'alors confondue avec l’ 4. y- pozxanthus, le genre Eriode, Eriodes , genre adopté par tous les zoologistes qui se
_ sont occupés des singes à queue prenante depuis la publication de mon travail.
Ci LP
brun pur, et qui, au contraire, prend une nuancé jaune très prononcée dans la région re fesses, sur les côtés de la queue et sur une partie du membre infér ieur.
L’Atèle métis est à peu près de la même taille que la plupart de ses congénères. Sa longueur, depuis la partie
antérieure de la tête jusqu’à l’origine de la queue, est d’un pied 10 pouces; sa queue, un peu plus courte que chez les autres espèces, mesure un peu plus de’2 pieds.
Cette espèce m’est connue par l’examen de plusieurs fe melles et d’un mâle encore jeune. Celui-ci diffère seule- ment par la teinte plus claire des parties supérieures de son pelage, qui sont d’un cendré roussätre.
Comme l’Ateles hybridus ne m'est point encore connu à l'état de mâle adulte, et qu'il paraîtrait que quelques Atèles, cendrés dans leur premier Âge, deviennent noirs dans leur état adulte, on pourrait supposer que les différences sur lesquelles j'ai basé ma détermination ne sont que des différences d’âge ou de sexe, et que les indivi- . dus que j'ai examinés, ou du moins le jeune mâle, auraient pu, par suite des développements de l’âge, prendre le ca- ractère de quelqu'une des espèces connues. Gette supposi- tion serait mal fondée. L’4teles hybridus conserve toute sa vie la couleur que j'ai indiquée. En effet, les femelles de toutes les espèces sont bien connues, et toutes. sont noires comme leurs mâles ; et d’ailleurs aucun des individus que j'ai eus à ma disposition, même le jeune mâle, ne m’a pré- senté la plus légère trace de poils noirs. Enfin, s’il était besoin d’une autre preuve, je puis citer le témoignage de M. le docteur Roulin, connu de tous les zoologistes par son important Mémoire sur les animaux domestiques trans- portéS d'Europe en Amérique. Ce savant voyägeur, qui a fait en Colombie un séjour de plusieurs années, m’a con- firmé dans mon opinion que le mâle est semblable à la femelle par les couleurs de son pelage. |
“Mais il y a plus : en admettant même que VAtèle métis
s
Gel Pia
devint now à l’état adulte, il ne serait pas moins certain qu'il doit former une espèce distincte de toutes ‘celles qui sont déjà connues. Il en est deux seulement avec lesquelles on pourrait le confondre alors, l’Ateles Belze- buth ét V Ateles marginatus. Or le Belzébuth n’a point de tache blanche au front, et les poils du côté de la tête et du cou sont disposés un peu différemment. Leur prin- cipal centre d’origine est toujours, chez le Belzébuth, à l’occiput ou à la région supérieure du cou; chez l’Atèle métis il est toujours à la partie inférieure de la région cervicale. Dans les deux espèces Toreille est en srande partie cachée par' des poils, mais chez le Belzébuth c'est par de très longs poils naissant sur touté la joue depuis la commissure des lèvres et se dirigeant en arrière ; chez VAtèle métis, cest par des poils assez courts qui naissent du centre commun d’origine et se portent en avant. Quant à V’Ateles marginatus, 1 suffirait presque de dire qu’on en connaît le jeune mâle et la femelle, et que tous deux sont noirs comme le mâle adulte. J’ajouterai cepéndant que la portion du dessus de la tête, qui est couverte de poils blancs et courts, est beaucoup plus étendue chez l 4teles marginatus que chez l'Ateles hybridus ; aussi la petite huppe qui résulte de la rencontre des poils du front et de ceux du reste de la tête est-elle placée sur le milieu du crâne
- chez le premier, et au contraire très rapprochée des orbites cher le second.
2. Patrie et habitudes.
Le singe dont je viens de donner la description est au
. nombre.des découvertes dues à M. Plée, et il a été envoyé
des Antilles au Muséum royal Dites naturelle après la mort de, ce zélé et savant.voyageur.
‘
Ce n’est que tout récemment que j'ai connu. la véri- - table patrie du singe découvert par M. Plée. Comme
Ge. L. Pe. 1. il n'existe aucun Quadrumane aux Antilles !, je pensais que ce voyageur avait dû se le procurer dans la Guiane es- pagnole ou dans la Colombie, régions qu’il avait visitées il y a quelques années; et dans le dessein d’éclaircir les doutes que je conservais à cet égard, je m’adressai à M. le docteur Roulin, qui a reconnu en effet notre Atèle pour une espèce colombienne, et qui a bien voulu me trans-
mettre quelques renseignements sur les mœurs de ce.
singe. L'Atèle métis est très commun dans la vallée de la Madeleine ?. On lui donne le nom de Marimonda, que
l’on applique aussi à beaucoup d’autres singes ;et celui de
Zambo ou Mono-Zambo *, c’est-à-dire singe métis. Zambo
est en effet le nom créole du métis du Nègre et de lIn-.
dien, et on l’a donné à l’Ateles hybridus , parce que sa
couleur est à peu près celle de ce métis.
Les Mono-Zambo vivent par troupe de douze ou quinze individus. Quand on marche dans les bois, leur présence s'annonce par le bruit qu’ils font en se jetant d’une bran- che sur une autre. Lorsqu'ils voyagent, les femelles , qui paraissent très-attachées à leurs petits , les portent sur leur dos. Quand une mère, embarrassée de son petit, a un saut considérable à faire, un mâle se place sur la branche où _ celle-ci doit passer, et il la fait osciller de manière à la- mener au niveau de la femelle, qui profite de ce moment pour sauter. Si au contraire un jeune individu déjà fort, mais retenu par la peur, refuse de Sauter, sa mère fait de- vant lui le saut qu’il s’agit d'exécuter, recommence à plu-
1 Ce fait résulte du témoignage de tous les auteurs qui ont écrit sur les Antilles.
2 ]l existe aussi en Colombie, d'après M. Roulin, d’autres Atéles à pelage bravâtre , et trés semblables à l'Ateles ybridus, maïs sans tache blanche sur le
front. Ces Atéles différent-ils spécifiquement. de celui dont je viens de donner la,
description ? à - > Rs 4 5 se 3 On nomme généralement mono Lous les grands singes , et mico lous ceux qui
sont de petite taille.
‘
One, Pr. :1.
sieurs reprises, s’il est nécessaire, et tâche de le décider par son exemple.
Le fait suivant a été rapporté à M. Roulin par un témoin oculaire. Une femelle qui portait son petit tomba frappée . d’une balle. Le petit la quitta au moment de sa chute, s’accrocha à une branche de palmier et se mit à crier. Presque au même moment, un mâle qui l’entendit s’élança, ou plutôt se laissa tomber à côté de lui sur la branche de palmier, qui, trop faible pour supporter un double far- deau, se brisa. Les deux individus tombèrent à terre : le petit se plaça à l’instant même sur le dos du mâle, mais celui-ci resta immobile et comme étourdi. Quelqu'un _s’avança alors pour le prendre : aussitôt le mâle se relevx, courut à quatre pattes vers une liane qui descendait du haut d’un arbre, et, la saisissant, monta et disparut bientôt avec le petit !.
Is. Grorrroy SarNT-HiLatrEe.
Ce 25 janvier 1832.
: J'avais déjà donné la description, mais non la figure, de l’Atéle métis dans les Mém. du Muséum d'histoire naturelle , ainsi que celle d’une autre espéce de singe de la Colombie, le Hurleur,à queue dorée, dont la figure se trouvera éga-
- lement dans cet ouvrage.
Crasse Es PL. 2. * OREILLARD. Precorus. Geof. St.-Hil.
Le genre Oreillard , Plecotus, établi par mon père dans le grand ouvrage sur l Égypte (Hist. nat., tom. D), comprend des chauve-souris très voisines, par l’ ie de leur orga- nisation, des Vespertilions, mais s’en distinguant, outre plu- sieurs caractères anatomiques, par une condition organique très curieuse, la réunion de la base des deux conques au- ditives, toujours remarquables par leur ampleur et quel- quefois énormes. À l’époque où cette nouvelle division générique fut introduite dans la science, elle ne compre- nait encore que trois espèces, dont deux appartenant à l'Europe et la troisième à Timor. Mais, depuis quelques années, le zèle des voyageurs et le soin avec lequel les zoologistes s'occupent de l'étude, autrefois si négligée, des chauve-souris , ont plus que doublé le nombre des espèces dont se composait autrefois le groupe des Plecotus; c'est ce que montrera le tableau suivant, dans lequel se trou- vent mentionnées toutes les espèces connues.
Les Oreillards peuvent être divisés en deux groupes, sui- vant que leurs oreilles sont à peu près égales en longueur - au corps tout entier, ou se trouvent beaucoup plus courtes. Toutes les espèces du premier groupe se rapprochent plus ou moins par leurs couleurs du Vespertilion murin (pour prendre esemple parmi les espèces les plus communes et les plus connues de notre pays), et toutes les espèces du second, du Vespertilion pipistrelle.
I. Æspèces à oreilles énormes:
10 OREILLARD VULGAIRE. Plecotus auritus.G. s. Hil.
C'est le F. espertilio auritus de Linné : le nom d’Oreil- lurd , sous lequel il est généralement connu, lui a été donné par Daubenton, auquel est due la détermination
exacte de l'espèce. Cette chauve-souris se trouve répandue - F
Grasse. I. PL. 2.
dans présque toute l’Europe : j'ai sous les yeux plusieurs individus venant de diverses localités de Fr : ce, d'Autriche et d'Écosse , et tous présentent, sauf de très légères modi- fications, les mêmes proportions et les mêmes ‘couleurs; les Oreillards d'Egypte offrent au contraire quelques diffé- rences : leur taille est un peu plus petite que celle des Oreillards d'Europe, et la couleur de leur dos tire davan- tage sur le roux :. 1%
20 O. DE PÉRON. ?. Peronti. Is. Geoff..
Espèce encore inédite dont la découverte est due à MM. Péron et Lesueur. Voyez plus loin sa description.
3° O. corNU. P. cornutus.
Espèce découverte nouvellement dans le Jutland par M. Faber,etdécrite-par ce zoologiste,sous lenom de ’esper- üilio cornutus, dans l’Isis (année 1626, 5° cahier, p. 515 dj: L'Oreillard cornu étant l’une des acquisitions récentes de la science, et ne se trouvant encore décrit dans aucun des ouvrages zoologiques publiés en France, je crois devoir le faire connaître avec quelque détail, d’après M. Faber.
Chez l'Oreillard cornu , le corps est petit, ovale; la tête d’une grandeur moyenne, mais très petite dans sa partie antérieure. Le front peu velu; le museau court, large, nu, déprimé dans le milieu. Les narines sont étroites et se ter- minent sur les côtés du museau en petits tubes. On remar- que au-dessus des yeux, sous le menton, et sur la lèvre supérieure , de longs poils. Les deux conques auriculaires,
! La poésie elle-même a consacré l'emploi du noni Oreillard : De l’écureuil volant la famille douteuse , - L’oreillard déployant son aile membraneuse,
Joignent le quadrupéde avec le peuple ailé. (Deuize, danses Trois Regnes.)
Czassx 1. Pr. 2,
aussi longues que le corps tout entier, larges à leur base, étroites! à leur extrémité supérieure, et ridées transversa- lement, se joignent en croissant sur le nez par une mem- brane large , velue, entaillée au milieu. Les oreillons, égaux en longueur à la moitié des conques auriculaires, sont pa- rallèles entre eux, et figurent une paire de cornes. Les membranes alaires et inter-fémorales sont minces, très ridées entre les jambes postérieures et la queue, dont l’ex- trémité dépasse un peu la membrane. Les poils sont en général laineux, fins et très abondants. Le dessus du corps est couvert de poils d’un noir lavé de brun, et d’une seule couleur dans toute leur longueur; les poils de la région. inférieure sont d’un noir-bleuâtre, qui est pur sur les flancs, mais non sur la gorge et le ventre où les poils ont leur extrémité d’un blanc-grisâtre : le museau est noirâtre; enfin les oreilles, la membrane du vol et les extrémités sont d’un noir-bleuâtre. La taille de l’'Oreillard cornu est à peu près celle de l’Oreillard vulgaire.
Il résulte de cette description et de quelques autres dé- tails que j’aurais pu ajouter, que l’Oreillard cornu estune espèce très voisine de l’Oreillard vulgaire, mais s’en dis- tinguant néanmoins d’une manière très certaine par ses. conques auriculaires et ses oreillons encore plus alongés, par son pelage plus fourni et composé de poils plus longs, et pat sa coloration qui est caractéristique pour elle.
Cette chauve-souris a été découverte dans le Jutland, près de la ville d'Horsens. Un individu, pris vivant au mois d'octobre dans un château où il volait au crépuscule du soir, a servi de type à la description de l’espèce. M. Faber Vayant conservé vivant jusqu’au 14 novembre, a pu faire des observations dont plusieurs sont assez intéressantes. J'en ferai connaître ici quelques-unes.
L’Oreillard cornu est très vorace et mange volontiers en captivité : sa nourriture paraît consister principalement eu mouches et autres insectes ailés, dont il prend environ
& "CLASS LPS
60 ou 70 pour un seul repas. Il digère si promptement que pendant qu'il ckerchait encore des mouches , il rem- plissait déjà sa cage d’excréments noirs. Il mâche très facilement et très vite les insectes dont il fait sa proie, et se débarrasse avec adresse des pattes et des ailes, par ties qu'il navale pas volontiers. Il vole avec légèreté, grimpe rapidement le long des murailles, et marche aussi avec assez de vitesse. Ses longues oreilles sont extrême- ment mobiles; il les dresse au moindre bruit, comme font les chevaux, et si le silence ne se rétablit pas, il les in- cline des deux côtés : elles figurent alors des cornes de bélier. Dans le repos parfait, il les renverse en arrière, sous Pavant-bras, qui les recouvre entièrement, et, dans ce cas, les oreillons sont seuls visibles : enfin, lorsqu'il écoute, il les étend horizontalement en devant. Il tourne souvent la tête, montre les dents, et se lèche : il se gratte aussi très fréquemment, parce qu'il est, comme les autres chauve-souris, très tourimenté par la vermine. Sa voix est fine et sifflante , et il a une odeur très fétide.
4° O. BRÉVIMANE. P. brevimanus. Jenyns.
Espèce nouvellement découverte en Angleterre par M. Léonard Jenyns, et qui se distingue de l’Oreillard vulgaire, outre quelques différences de coloration, par la brièveté de ses doigts et métacarpiens antérieurs, ou, en d’autres termes, par la brièveté de ses ailes. Elle n’est d’ailleurs connue jusqu’à présent que par le travail de M. Jenyns, travail que l’on trouvera consigné dans le premier cahier du 16° volume des Transactions de la Société linnéenne de Londres :.
1 M. Jenyns a lui-même résumé Jes caractéres du Plecotus brevimanus dans Ja phrase suivante : P. brevimanus ou Petit Oreiliard : P. vellere supra rufo-fusco, subtus albes-
CErasse 1, Pr. 2.
IT. Espèces à oralles amples. 5° O. BARBASTELLE. Plecotus barbastellus.
Cest le 7esperuilio barbastellus de tous les auteurs. Dau- benton est aussi le premier qui ait déterminé exactement cette espèce, aujourd’hui connue de tous les zoologistes.
De même que l’Oreillard vulgaire, la Barbastelle se trouve répandue dans presque toute l’Europe; mais elle est beaucoup plus rare. J'ai pu néanmoins en comparer plusieurs individus, tous très semblables entre eux.
6° O. DE Timor. P. T'imortiensis.
Cette espèce, découverte à Timor par MM. Péron et Lesueur, a été publiée par mon père, sous le nom de Y’es- pertilio Timoriensis, avant que les Oreillards eussent été dis- tingués génériquement. On la trouve décrite ou indiquée dans tous les ouvrages zoologiques modernes.
790 O. ne MaUGÉ. P. Maugei.
Espèce décrite par M. Desmarest, dans le Nouveau Dic- tionnaire d'histoire naturelle, sous le nom de Y’espertilion de Porto-Ricco, et, dans la Mammalogie de l'Encyclopédie, sous celui de 7’espertilion de Maugé.
80 O. voiLé. P. velatus. 1s. Geofr.
Noyez plus loin la description de cette nouvelle espèce,
cente ; auriculis oblongis, capite haud duplo longioribus; trago ovato-lanceolato; cawda antibrachium longitudine æquanti, apice acuto. Voici au contraire les caractères du Plecotus velatus, tels queles donne M. Jenyns. P. auritus ou Grand Oreillard : P. vellere fuüsco-griseo , subiùs aliquanto' pal- lidiori; auriculis oblongis, capite plus duplo longioribus ; trago ovato-lanceolato ;
cauda elongat@, antibrachium longitudine superanti, apice obtusiusculo.
F CLassr 1. Pz. 2.
que j'ai déjà indiquée dans les Annales des Sciences natu- relles, mais qui est ici figurée pour la première fois.
Quant au f’espertilio megalotis de Rafinesque, qui habite l'Amérique septentrionale, et que M. Lesson, dans son Manuel de Mammalogie, a nommé Plecotus Rafinesquü, c’est une espèce tellement douteuse et si imparfaitement connue qu'il n’est pas même possible d'affirmer qu’elle ap- partienne au genre Oreillard.
Il me reste à décrire les espèces que je viens d'indiquer sous les noms d’Oreillard de Péron et d’Oreillard voilé. Je ferai d’abord connaître cette dernière, dont je puis ex- poser les caractères d’une manière plus complète.
I. O. vorré. P. velatus. Is. Geoff. (PI. 2).
La collection zoologique recueillie au Brésil par M. Au- guste de Saint-Hilaire , si remarquable par le nombre et la valeur scientifique des objets qui la composent, est sur- tout très riche en chauve-souris. Ces singuliers mammifè- res étant nocturnes et se cachant le jour dans des retraites profondes, se présentent rarement au voyageur naturaliste, et ne sont guère pour lui que la récompense et le fruit de patientes et nombreuses recherches. Cependant M.deSaint- Hilaire est parvenu à se procurer une centaine environ de ces animaux. Plusieurs appartiennent aux genres Phyllos- tome, Glossophage, Molosse, Nyctinonie et Vespertilion !,
1 J'ai décrit, dans un travail publié dans le tome fer des Annales des Sciences naturelles (avril 1824, p. 337) et figuré sous le nom de Nyctinomus Brasiliensis, le Nyctinome trouvé au Brésil par M. de Saint-Hilaire ; espéce dout la découverte
st, comme je l’ai montré, un fait d’un haut intérêt sous le point de vue de la géo- graphie zoologique. J'ai également fait connaître dans le même recueil (tom. LI, p.440) les Vespertilions rapportés par M. de Saint-Hilaire, et déterminé parmi eux trois espèces dénommées el caractérisées ainsi qu ’il suit :
Vespertilio Hilari (espèce dédiée à M. Auguste de Saint-Hilaire). Oreilles pe- tites, triangulaires, presque aussi larges que longues, peu échancrées à leur bord
Crassé 1. PL. 2,
ét trois d’entre elles au genre Oreillard. C'est d’après l’exa- men de ces dernières, que j'ai déterminé l’espèce à laquelle _ je donne le nom d’Oreillard voilé. "
Cette chauve-souris remarquable est de la taille de notre Vespertilion murnf. Son pelage est en dessus brun ou d’un marron foncé, en dessous d’un brun plus ou moins lavé de gris-roussâtre , et qui quelquefois même passe presque en- tièrement au gris-cendré. En général, ies individus dont le pelage est un peu plus éclairci en dessus, sont aussi ceux chez lesquels la région inférieure du corps présente des teintes plus claires : il en est à cet égard de l'Oreillard voilé comme de la Barbastelle, à laquelle il ressemble beaucoup par son pelage.
La couleur de l’Oreillard voilé présente, comme on le voit, quelques variétés; mais toujours le poil, noirâtre à l'origine, plus clair vers la pointe, est lustré, moelleux, abondant et assez long , surtout supérieurement.
La queue es de la longueur du corps, et enveloppée presque entièrement dans la membrane inter-fémorale, au-delà de laquelle s'aperçoit seulement son extrême pointe. On distingue dans le prolongement caudal sept longues vertèbres, qui probablement sont suivies d’une ou de deux autres plus petites.
Les oreilles sont aussi longues et plus larges que chez le
extérieur ; corps a peu prés aussi long que le bras et l’avant-bras ; queue seule- ment aussi longue que l’avant-bras ; membrane inter-fémorale nue ; côtés de la face nus. Longueur du corps et de la tête : 2 pouces 5 lignes.
Vespertilio polythrix. Oreilles assez petites, plus longues que larges, échancrées a leur bord extérieur ; corps à peu près aussi long que le bras et l’avant-bras, queue seulement aussi longue que l’avant-bras ; membrane inter-fémorale couverte dans sa partie supérieure de poils peu abondants ; face presque entiérement velue. Longueur du corps et de la tête : 2 pouces.
Vespertilio levis. Oreilles longues ; corps moins long que le bras et l’avant-bras; queue aussi longue que Le corps ; quelques poils sur la membrane inter-fémorale ;
4
face en partie nue, Longueur du corps et de la tête : s pouce 5 lignes.
Grasse À. Pr. 5.
Murin ; on yremarque deux replis longitudinaux dont l’un interne va de la base de l’oreille à sa pointe, et borne ainsi un petit espace triangulaire, garni en dessus de poils plus ou moins abondants. Le pli externe est plus considérable, et disposé de telle façon que le bord extérieur paraît lar- sement échancré. Les oreilles présentent, comme chez les autres Oreillards, des stries transversales, mais elles sont surtout remarquables en ce qu’elles sont couchées sur la face comme chez les Nyctinomes et les Molosses, dont cet Oreillard se rapproche à plusieurs égards. Elles se réu- nissent entre elles par la portion la plus inférieure de leur bord interne, et sur une si petite étendue que les poils de la résion inter-auriculaire cachent entièrement leur jonction. Les oreillons sont de forme alongée; chacun d'eux présente :en dehors, et tout-à-fait à.sa base, une petite échancrure demi-circulaire.
Le museau ést assez court et.en grande partie nu. Quel- ques poils courts, assez raides , et dirigés en bas, garnis- sent le bord de la buie supérieure.
L’Oreillard voilé est Sea grand que tous ses congé- nères.
:Ses dimensions sont comme il suit :
Longueur totale (non compris la queue). 2 pouces 9 lig.
—— dela queue . , . . 2 2
= Ndelavant-pras 06. ae CN UUERr 8 é
ee Pides oreles - He e Us 10 Laverie Ni et ne Rec" AirE 6
Cest dans le district de Curityba que M. Auguste de Saint-Hilaire a trouvé les individus qui ont servi de type
1 C’est cette disposition que j'ai cherché à rappeler par le nom d'Oreillard voilé. 2 La lonsueur proportionnelle de l’avant-bras, comme je l'ai déjà remarqué ail. leurs, peut fournir de très bons caractères pour la distinction, en général si difficile, des différentes espèces de chauve-souris: Cependant les auteurs ont, en général , négligé de recueillir ces caractères, tandis qu’ils ont toujours noté avec le
Grasse I. PL. ». à la description précédente. L'espèce se trouve aussi dans plusieurs autres parties du Brésil.
L’Oreillard voilé ne saurait être confondu avec aucune des espèces que j'ai placées dans la première section, car toutes ont les oreilles près de trois fois aussi longues à pro: portion : il est aussi très facile de le distinguer de la Bar- bastelle, qui, au contraire, a les oreilles beaucoup plus courtes; aussi me bornerai-je à insister sur les caractères qui le distinguent des deux autres espèces de la seconde section, l’Oreillard de Timer et l’Oreillard de Maugé.
D'après la description qu’en a donnée M. Desmarest, ce
” dernier est seulement un peu plus grand que la Barbas- telle ; il est par conséquent d’une taille inférieure à celle du Plecotus velatus : en outre, il a les oreilles échancrées ex- térieurement vers la pointe, qui est arrondie, et son pe- lage est d’un brun clair en dessous, caractère que ne pré-
«sente pas notre espèce.
s
plus grand soin, dans la caractéristique des espèces, la longueur de la queue, sans doute parce que cet organe, dont je suis loin d’ailleurs de nier l'importance chez les chauve-souris à membrane inter-fémorale étendue, est l’un des plus extérieurs et des plus apparents chez ces animaux. Les os du bras et de l’avant-bras au contraire, enveloppés chez presque tous de plusieurs couches musculaires dont Ia présence les soustrait à l’observation, ne peuvent être pour l’ordinaire étudiés que sur le sque- lette; mais dans les chauve-souris, où les museles de l’avant-bras sont si grêles et si petits, les os de l’avant-bras deviennent des organes extérieurs et accessibles à l’ob- servalion. Importants d’ailleurs, puisque l'étendue de l’aile dépend en grande par- tie de leur longueur propre , les caractères qu’ils fournissent doivent être mis au nombre de ceux que l’on peut employer avec le plus d’avantage pourla distinction des diverses espèces de chauve-souris entre elles. Les caractères tirés de la longueur de l’avant-bras me paraissent avoir même un avantage marqué sur ceux qu’on em- prunte de la forme et de l’étendue des oreilles, des oreïlons, des feuilles nasaleset de la longueur de la queue. La dessiccation altère en effet considérablement l’éten- due et la forme de ces parties, et souvent, d’après ces derniers caractères, deux in- dividus de la même espéce, l’un frais ou conservé dans l'alcool, l’autre desséché, paraissent appartenir à des espèces différentes. Les os de l’avant-bras et du bras
- n'étant susceptibles d'aucun changement de dimension, leur considération ne sau- rait induire en une semblable erreur.
- CLasse I. PL. 2.
Quant à l’Oreillard de Timor, 1l diffère peu, il est vrai, de lOreillard voilé , par ses couleurs et par la longueur pro- portionnelle de sa queue; mais sa taille, qui ne dépasse pas celle de l’Oreillard vulgaire, ses oreilles plus grandes, ses oreillons courts et arrondis et une grande vertèbre cau- dale de moins, le distinguent au premier aspect.
If. O. DE PÉRON. P. Peronti. Is. Geoff. (PI. 2 "à
Cette espèce est, de tous ses congénères, celle qui se rap- proche le plus du Plecoitus vulgaris : elle en a la taille, la forme générale et le système de coloration, mais se dis- dingue d’une manière assez nette, outre quelques autres différences, par la longueur de ses oreillons : caractère dont il sera facile de juger par l'inspection de la planche où nous avons fait représenter la tête de l’Oreillard vulgaire et celle de l’Oreillard de Péron. ( V. pl. 3.) |
Dans le premier, en effet, l’oreillon est loin d'atteindre à la moitié de la hauteur de l'oreille; c’est à peine même s’il en dépasse le tiers. Dans le second, il est au contraire sensiblement plus long que la moitié *.
À ce caractère vient s'ajouter une différence assez mar— quée de coloration; le pelage est en effet généralement plus clair, surtout dans la région inférieure, qui est presque tout-à-fait blanche. Cette différence de coloration résulte de ce que les poils, noirâtres à leur base comme chez tous les Oreillards, sont blanchâtres dans toute leur moitié ex- térieure , et non pas seulement à leur pointe. Il est à ajouter que les poils du dessous et des côtés de la tête sont mème entièrement blancs chez l'Oreillard voilé.
Cette espèce nous est connue par l’examen de deux in- dividus parfaitement semblables entre eux, l’un mâle et
» Il est à peine besoin de remarquer que ces caractéres ne sont pas loujours visibles sur.les individus altérés par la dessiccation.
CLasse Ï, Pr. 2,
l'autre femelle. L'un et l’autre ont été rapportés par MM. Péron et Lesueur, lors de leur mémorable voyage autour du monde. Malheureusement cette indication est la seule que nous puissions donner , ignorant si l’Oreillard voilé habite le cap de Bonne-Espérance, l'Asie méridionale, ou l’Australasie.
*
Quoi qu'il en soit, il résulte du tableau que j'ai donné plus haut des espèces du genre Oreillard, et des détails que je viens d'ajouter à l’égard de l’une d’entre elles, que ce groupe de chauve-souris, comme celui des Vespertilions dont il est si voisin, se trouve répandu dans des contrées extrêmement différentes par leur position géographique comme par leur climat, et, en particulier, qu’il habite tout à la fois les parties chaudes des deux continents. C’est une exception de plus à une loi de géographie zoologique, indiquée par Buffon et admise par plusieurs zoologistes modernes ; loi qui reste cependant et restera toujours une haute et belle généralisation, vraie pour un très grand nom- bre de groupes, et féconde en résultats immédiatement applicables à l'étude de la zoologie aussi bien qu’en consé- quences philosophiques et géologiques d’un haut intérêt.
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Casse E. PL. 4, 5, 6.
ÉCUREUIL. Scrurus. Linn.
Après toutes les espèces d’écureuils qui ont été décou- vertes récemment par plusieurs naturalistes français, an- glais, allemands et américains, et qui ont augmenté d’un quart environ les richesses que possédait déjà la science, on pouvait croire qu'il ne restait plus guère qu’à complé- ter l’histoire du genre Sciurus par des recherches sur l'organisation, les mœurs et la synonymie des êtres déjà connus, Gependant, tel est le zèle déployé dans l’explora- tion de toutes les parties du monde par les naturalistes voyageurs, et telle est l’inépuisable variété des productions de la nature , que j'ai pu moi-même déterminer, depuis quelques années, jusqu’à six écureuils nouveaux, l’un ap- ‘ partenant à l'Amérique, les cinq autres aux contrées chau- des de l’ancien monde. Je me propose, dans cette notice, d’en exposer comparativement les caractères, en figurant, selon le plan que je me suis proposé, non pas toutes les espèces, mais au moins une espèce de chacune des petites subdivisions que quelques différences de forme permettent d'établir parmi elles. Les autres ne différant en effet que par leur système de coloration et par quelques modifica- tions légères de forme et de proportion, la représentation de toutes les espèces que j'ai à décrire eùt multiplié le nombre des figures, sans aucune utilité pour la science,
L Espèce américaine. 10 L'ÉCUREUIL VARIABLE. Sciurus variabilis.
Is. Geoff. (PI. 4.)
Cette espèce nv’est connue par trois individus envoyés au
Muséum d'histoire naturelle par M. Plée, et sur lesquels 5
Ci. I. Pr. 4, 5,6.
je ne puis donner aucun renseignement, si ce n’est qu'ils venaient d'Amérique. La mort de cet estimable voyageur a privé la science d’un grand nombre d'observations et de notes intéressantes ; et l'examen des objets déjà connus, dont l'envoi accompagnait celui de notre écureuil, wa pu suppléer aux renseignements qui nous manquent-sur la patrie de celui-ci : car plusieurs de ces objets appartenaient à la Colombie, plusieurs aux Antilles et quelques-uns aux Etats-Unis. |
J’ai donné à l’espèce découverte par M. Plée le nom de variabilis, à cause des différences très prononcées de co- loration qu’elle est sujette à présenter ; différences qui, d’ailleurs, comme on va le voir, ne peuvent jeter aucun doute sur leur unité spécifique. Ainsi tous ont la queue longue, couverte de longs poils dirigés en arrière, et dis- tique; les pattes antérieures pourvues, outre les quatre doigts que l’on sait exister dans toutes les espèces , d’un tubercule onguiculé placé au côté interne, et qui est le rudiment du pouce; l'oreille assez courte, arrondie en avant et en dessus, terminée par un bord droit en arrière, et entièrement couverte de poils ras; enfin le pelage entière- ment composé, si ce n’est à la queue, de poils grossiers, assez courts et très couchés.
Quant aux couleurs du pelage, le dessous du col, de la poitrine et du ventre, et la portion supérieure de la face interne des membres, sont d’un blanc pur qui tranche avee la couleur desflancs et de ia face externe des membres tou- jours colorés d’un roux très vif; les pattes sont également de cette dernière couleur. Les parties antérieures et laté— rales de la face et les oreilles sont quelquefois aussi d’un roux vif; chezd’autres sujets elles sont d’un fauve roussâtre. Le dessus de la tête et du corps est couvert de poils annelés de noir et de roux : mais tantôt l'extrême pointe est seule rousse, et le noir domine; tantôt le contraire a lieu; et
Cd, Paul, 28, 66.
suivant que l’une ou l’autre de ces dispositions a lieu, le pelage est en dessus d’un noir tiqueté de roux ou d’un roux tiqueté de noir. La même remarque est applicable aux longs poils de la queue toujours, noirs à leur origine et roux à leur extrémité. Mais il résulte de la disposition distique de la queue qu’elle est toujours beaucoup plus noiré à la face postérieure qu’à l’antérieure. |
Les ongles sont de couleur cornée. Les moustaches sont presque toutes noires. Enfin les dents antérieures sont en ‘avant de couleur orangée.
Cette espèce, assez voisine, comme on le voit, par l’en- semble de ses caractères, de notre Ecureuil ordinaire et de l'Ecureuil de la Caroline, en diffère également assez peu
«par ses dimensions : elle a en effet 9 pouces et demi de
l'extrémité du museau à l’origine de la queue, et celle-ci a
plus de dix pouces de long.
IL. Espèces appartenant à l'Inde ou à l'archipel indien.
20 L'ÉCUREUIL À VENTRE DORÉ. Sciurus auriventer. | Is. Géoff. (PL 5)
Cette espèce, l'une des plus remarquables du genre par
‘sa grande taille et par son système de coloration, a été
découverte dans l’île de Java par M. Diard, que l’adminis- tration du Muséum d’histoire naturelle avait chargé avec M. Duvaucel de Y exploration de plusieurs parties de l'Inde et de larchipel indien.
Par la plupart de ses caractères, le Sciurus auriventer se rapproche du Soiurus maximus. 11 en a par exemple la
* Cette espèce et les suivantes ont déjà été indiquées dans le travail zoologique que j'ai publié dans le Voyage de M. Bélanger ; mais l'Ecureuil que j'ai nommé Sciurus pygerythrus avait seul été figuré.
CL E Pr h,:5,6.
taille, sa longueur totale étant de onze pouces , non com pris la queue, qui à elle seule a plus d’un pied et demi. Ses couleurs ont aussi une distribution assez analogue à celle que présente le Sciurus maximus , mais sont d’ailleurs assez différentes pour que l’on ne puisse confondre les deux espèces. Le dessus du corps est couvert de poils bruns à leur base, fauves dans leur portion moyenne, blancs à leur extrême pointe; d’où résulte une teinte générale d’un fauve tiqueté de blanc. La tête est d’un fauve légèrement brunâtre , en exceptant les côtés du nez qui sont blancs. Les moustaches sont noires. Les oreilles, courtes, et re- présentant à peu près un demi-cercle, sont brunes. Le dessous du corps, les flancs et les membres, principale- ment à leurs faces interne et postérieure, sont d’un beau roux doré. Les membres postérieurs sont remarquables en outre par une bande blanchâtre irrégulière qui couvre une partie de la cuisse. La queue, terminée par de très longs poils, est brune dans sa portion médiane, fauve sur les parties latérales. Les poils de la face inférieure de la queue présentent une disposition remarquable : ceux qui naissent sur la ligne médiane ou près de la ligne mé- diane sont très courts, très couchés; ceux qui naissent latéralement sont, au contraire, longs, et s’écartent de l'axe de la queue en se portant de devant en arrière et de dedans en dehors. b |
Il est à ajouter que, chez l’Écureuil à ventre doré, comme chez plusieurs de ses congénères, et notamment dans les espèces suivantes, les dents antérieures sont jaunes en avant, et que le pouce se trouve représenté aux pattes de devant par un tubercule obtus et peu saillant, recouvert presque entièrement par un ongle très élargi.
CL. I. PL. 4, 5, 6.
? à 3° L'ÉCUREUIL A CROUPION ROUX. Sciurus pygery- thrus. Is. Geoff.
Je me borne à une simple mention de cette espèce, dé- . couverte dans les forêts de Syriam,au Pésou, par M. Bélan- ger, et que J'ai fait connaître avec détail et figuré dans la partie zoologique du voyage de ce savant botaniste. Il me suffira de rappeler en peu de mots les caractères spécifiques du Seturus pygerythrus , caractères qui peuvent être expri- més comme il suit :
Pelage brun, tiqueté de fauve en dessus et à la face externe des membres, d’un roux vif en dessous, à la base de la queue, à la face externe des membres et autour de l'anus ; queue présentant une série d’anneaux fauves et
noirs , très peu distincts.
4° L'ÉCUREUIL À MAINS JAUNES. Sciurus flavimanus. Is. Geoff. fine
Cette espèce est très voisine de V'Écureuil que M. Fré- déric Cuvier a décrit sôus le nom de S'oiurus bivittatus, et qui habite les îles de Java et de Sumatra. Elle est en effet, comme ce dernier, d’un brun tiqueté de roussâtre en dessus et à la face externe des membres postérieurs et des bras, d’un beau roux märron à la face inférieure du corps et à la région externe des membres; enfin la queue présente, comme chez le Sciurus bivittatus , une foule d’an- neaux peu distincts. Mais les caractères suivants sont propres au Scrurus flavimanus.
La face dorsale du pied, celle de la main, le$ régions externe et antérieure de l’avant-bras et le dessus du mu- seau sont fauves. De plus, la queue, au lieu d’être rousse à son extrémité, comme chez le Sciurus bivitiatus, est an-
CLAT. Patfé 1586.
nelée dans toute sa longueur; c’est un anneau fauve qui ‘la termine. Enfin il n’existe sur les flancs aucune trace de la raie blanche et de la raie noire qui caractérisent le Sczu- rus bivittatus , et qui même lui ont valu ce nom.
A de à mains jaunes a sept pouces du bout du museau à l'anus, et sa queue a aussi environ sept pouces.
Je regrette de ne pouvoir indiquer avec exactitude la patrie de l'espèce que je viens de décrire. En effet, les ren- seignements très incomplets que je possède sur elle me permettent seulement d’ajouter qu’elle vit, non pas à Java et à Sumatra, comme le Sciurus bivittatus, mais à l'ile de Ceylan ou à la Cochinchine; et je ne puis dire non plus si la découverte en est due à M. Leschenault de la Tour ou à M. Diard, une fâcheuse confusion ayant été faite entre les étiquettes de quelques objets dus aux re- cherches de ces deux voyageurs.
5° L'ÉCUREUIL A VENTRE Gkis. Sciurus griseiventer. Is. Geoff.
Cette espèce est assez voisine par ses couleurs soit du -Seiurus flavimanus , soit surtout du S'rurus bivittatus,etha- ‘bite comme celle-ci l’île de Java : mais elle se distingue ‘au premier aspect de l’un et de l’autre , et je puis même
ajouter de tous les Écureuils , par la belle couleur grise de son ventre et de sa poitrine.
Le pelage est en dessus et à la face externe des mem- bres d’un brun tiqueté de fauve; la face, les côtés de la tête , le devant de l’épaule, la gorge sont d’un roux fauve, quelquefois d'un roux foncé; la queue présente une suite d’anneäux noirs et fauves très peu distincts, et est noire à son extrémité. Le ventre , la poitrine et la face interne des membres sont d’un gris foncé. Enfin, et ces derniers carac- tères achèvent de caractériser l’espèce de la manièrela plus
CL, I. Pr. 4, 5,6.
précise, le gris du ventre se trouve séparé du brun-rous- sätre du dos par deux bandes, l’une noire, assez large et très distincte, l’autre rousse ou fauve, quelquefois peu distincte , qui se prolongent sur toute l'étendue des flancs depuis les membres antérieurs jusqu’aux postérieurs. Ces deux lignes sont accolées l’une à Fautre, la bande rousse ou fauve étant placée au-dessus de la noire.
La taille etles proportions de l’Ecureuil à ventre gris ne diffèrent pas de celles de l'Ecureuil à mains jaunes.
Cest à M. Diard qu'est due la découverte du Sciurus griseiventer. Un grand nombre d'individus ont été envoyés par lui de Java à diverses époques, et j'en ai vu depuis plusieurs dans des collections formées dans la même île par d’autres voyageurs. J’ignore encore si l’espèce se trouve aussi répandue à Sumatra.
s
Go L'ÉCUREUIL À QUEUE DE CHEVAL. Sciurus hippu- * rus. Is-Geoff. (PI. 6.)
C’est encore aux recherches faites dans l’île de Java par M. Diard qu'est due cette espèce, que la couleur et la disposition remarquable de sa queue distinguent, au pre- mier aspect, de tous les autres Ecureuils de l'archipel indien.
De même que les Sciurus bivittatus et flavimanus , l'Écu- reuil à queue de cheval a le ventre et la région interne des membres d’un beau roux marron; mais le dessus du corps est d’un roux tiqueté de noir, et la face externe des membres, ainsi que les côtés du col et le dessus de la tête, d'un gris foncé,tiqueté de blanc. Ces caractères suffiraient seuls pour distinguer nettement l'espèce; mais le plus remarquable de tous consiste dans la queue irrégulièrement distique , comme dans toutes les espèces précédentes, mais entière- ment couverte de longs poils noirs très couchés et comp:-
CL. I. PL. 4,5, 6.
rables à celle d’un cheval; d’où le nom de Sciurus hippu- rus que j'ai adopté pour cette espèce.
Au reste, je ne puis mieux faire que de renvoyer, pour l'Écureuil à queue de cheval, x la troisième des planches jointes à cette notice ( planche n° 6), la figure ayant été exécutée avec soin, et l’animal se trouvant représenté dans une attitude qui permet d’apercevoir à la fois tous ses ca- ractères spécifiques. |
Is. GEorrroy Saint-HiLAIRE.
Crassu I. PE, >
HURLEUR. Stentor. Geoff.-St.-Hil.
De tous les genres qui composent la grande famille des singes , il n’en est aucun qui se trouve à la fois plus natu- rel et circonserit dans dés limites plus faciles à tracer ; aussi les conditions génériques des hurleurs, celles qui compo- sent ce qu'on a nommé la caractéristique du ‘genre, sont- elles généralement connues, et il est absolument inutile de nous arrêter ici sur elles. Au contraire, l'appréciation des rapports qui lient les Hurleurs à plusieurs genres voisins, ne me paraît pas avoir été faite avec toute l’exactitude né- cessaire, et a surtout été entièrement népgligée sous le point de vue qui intéresse le plus la zoologie générale. D'un autre côté, et précisément à cause de l'intimité des
rapports qui unissent entre elles toutes les espèces du genre stentor, ces espèces ne sontencore ni distinctes, ni bien connues; et l’on ne trouve véritablement dans les meil- leurs ouvrages zoologiques que leur simple description, et point du tout leur détermination. |
L'histoire du genre Hurleur est donc encore doublement incomplète, et il ne sera pas inutile, avant de passer à la description de l’espèce nouvelle qui fait le sujet spécial de cette notice, de présenter quelques remarques, soit sur les rapports généraux du genre Hurleur, soit sur les nombreu-. ses espèces que plusieurs zoologistes français et allemands
ont indiquées dans ces dernières années.
. L Rapporis naturels des Hurleurs, et considérations générales 4 sur les principaux genres de Singes.
Depuis que le grand genre simia de Linné a été élevé au rang d’une famille, et par suite subdivisé en groupes
secondaires , tous les zoologistes ont été unanimes sur la ; 8
Gr: Pass.
nécessité de distinguer génériquement les Hurleurs de tous
les autres singes, mais non sur le rang qu’il convient de
leur assigner. Dans le travail qui a servi de point de dé-
part à toutes les autres recherches entreprises depuis sur la “classification des singes, c’est-à-dire dans un mémoire
commun à M. Cuvier et à mon père, qui parut en 1795
dans le Magasin encyciopédique *, les Hurleurs forment
sous le nonrde Cebus (nom appartenant aujourd’hui à un autre groupe) le septième et dernier genre de la famille,
et se trouvent séparés, par la presque totalité des singes de
l'ancien monde, des autres singes américains, composant
tous ensemble un seul genre sous le nom de Sapajou, Cal-
lithrix 2. Les auteurs les plus modernes s’accordent au con-
traire à placer les Hurleurs à côté des genres aujourd’hui
connus de tout le monde sous le nom d’Atèles et de La- gothriches, avec lesquels mon père les a réunis en un
groupe particulier, se distinguant par une queue fortement
1 Ce mémoire intitulé Histoire naturelle des Orangs-Outangs ; var E. Geoffroy et G. Cuvier, est aujourd’hui peu connu , et la plupart des auteurs modernes ont même négligé de le citer. Ilse compose de deux parties, l’une comprenant des con- sidérations générales sur les singes, encore aujourd'hui pleines d’intérét, et l'on pourrait dire même neuves pour la science, quelques-unes des idées qui sont dé- posées dans ce travail peu connu n’ayant depuis été reprises dans aucun ouvrage. La seconde partie du travail est un essai de classification , qui aujourd'hui peut être considéré comme assez imparfait, mais où se trouvent déja indiquées les prin- cipales divisions que l’on a depuis universellement admises. Une circonstance assez singuliére est que tous les noms de genres proposés dans ce travail ont élé con» servés dans la science, mais transportés à des groupes différents de ceux auxquels MM. Cuvier et Geoffroyles avaient appliqués. 11 suit de là que si l’on voulait, en se conformant rigoureusement à un principe justement admis dans la science, adopter constamment les noms les plus anciennement proposés, presque aucun des genres de Singes ne conserverait le nom qu'il porte aujourd hui: mais ce principe lui-même doit céder devant cette autre régle, trop souvent négligée en histoire na-
turelle, que l'usage est l'arbitre souverain en fait de nomenclature.
2 Cet arrangement peu naturel était la conséquence de l’attention trop exclusive que les deux auteurs donnaient à la considération de l'angle facial.
) Cr He Pris
préhensile et en partie nue. Spix ! a même créé un mot nouveau, celui de Gymnuri, pour donner l'expression abrégée de ces caractères, connus de tous les zoologistes et admis par tous.
Les rapportsqu'offrent les Hurleurs’ avéc les autres Singes à queue prenante sont donc aujourd'hui hors de toute contestation, et je ne les rappellerais même pas ici si je n'avais à ajouter à leur sujet quelques remarques. Il ne suffit pas, en effet, de constater des rapports ; il faut aussi chercher à les apprécier, et c’est ce que j'ai cherché à faire, guidé par quelques considérations déduites de Pobserva= tions des singes de l’ancien continent.
En comparant entre eux les principaux genres de ce ‘der- nier groupe, et notamment les Semnopithèques, les Gue- nons , les Macaques , les Cynocéphales, j'avais remarqué ? que ces genres forment une série très naturelle et graduée d’une manière très remarquable, chacun d’eux se trou- vant intermédiaire entre celui qui le précède et celui qui le suit, et différant du premier par un développement plus marqué, du second par un développement plus faible des organes qui varient le plus par les progrès de l’âge , et no- tamment de la face. Or, tout le monde sait que chez les animaux, comme chez l’homme, on trouve Le cerveau d’au- tant plus volumineux proportionnellement, et la face d’au- tant plus courte que l'individu que l’on observe est moins avancé dans la série de ses développements. En se rappe- lant ce fait physiologique, connu depuis les premières comparaisons faites entre le fœtus, le jeune sujet et l’a- dulte, et qui a surtout fixé l'attention depuis les célèbres travaux de Camper sur la ligne faciale, en cherchant à lap- précier et à l'appliquer, on conçoit très bien qu’un animal
* Dans son ouvrage sur les Singes du Brésil.
2 J'ai déjà indiqué ces rapports dans la partie mammalogique du Voyage aux Indes orientales de M. Belanger, première livraison,
GE PL.
différant principalement d’un autre à l’état adulte par um museau un peu plus alongée, et par conséquent par un an- gle facial un peu plus aigu, doit nécessairement, avant d’a- voir atteint le terme de ses développements, présenter soit dans son enfance, soit au moins dans son âge fœtal, le de- gré d’alongement du museau et l’ouverture d'angle facial qui caractérisent le second dans l’état adulte. C’est en effet <e qui a lieu avec évidence pour les Singes de l’ancien monde. Les jeunes Guenons ont d’abord, comme les Sem nopithèques, la tête presque tout-à-fait arrondie et l’encé- phale très volumineux. Les Macaques à leur tour ressem- blent dans leur jeune âge, par les proportions de leur face et de leur crâne, aux Guenons ; et même, si l’on remonte
“plus haut dans la série des développements, on trouvera qu’il est une époque où l’angle facial est chez un Macaque ce qu’on le voit à l’état adulte chez un Semnopithèque. En- fin, la tête des Cynocéphales eux-mêmes, avant d'arriver à ces proportions qui rappellent celle des carnassiers, a nécessairement à une certaine époque ressemblé à celle d’un Macaque, et, à une autre, à celle d’une Guenon et même d’un Semnopithèque .
Ainsi ce genre présente successivement et d’une ma- nière transitoire les diverses conditions organiques que l’on observe d’une manière permanente chez tous les au- tres : il traverse les divers degrés de développement qui caractérisent ceux-ci, pour arriver à ceux qui le caractéri- sent lui-même : il n’en est véritablement qu’un degré, et, si l’on peut s'exprimer ainsi, qu'un âge plus avancé.
Ces considérations, curieuses par elles-mêmes, le de- viennent beaucoup plus si l’on ajoute que les conditions organiques de la tête ne sont pas Les seules sur lesquelles on puisse baser de semblables rapprochements. Sans m’é-
! Pour ces dernières comparaisons , il est nécessaire de remonter jusqu’à l'âge
fœtal.
Cs.all Pi,
tendre sur ce fait, qui ne se lie qu’indirectement au sujet spécial de cette notice, je me bornerai à remarquer qu’il est véritablement une conséquence nécessaire du grand principe de la coordination harmonique des caractères : principe qui ne nous permet pas de concevoir de graves modifications dans les conditions d'organes aussi impor- tants que l’encéphale et les divers appareils sensitifs, sans que d’autres parties présentent aussi des différences plus ou moins notables, et correspondant à celles-ci. Mais il est un point sur lequel je dois appeler d’une manière particu- ière l'attention, parce que dans l’état présent de la science la théorie pouvait tout au plus le faire pressentir, et que l'observation a pu seule l’établir. C’est qu’à cette même époque où existent entre les divers genres que je viens de comparer ces similitudes passagères dans la confor- mation physique, et notamment dans les proportions de la face et de l’encéphale, ces animaux se ressemblent aussi momentanément par leur naturel et les conditions de leur intelligence. Ainsi, à l’époque où un jeune Maca- que, par ses caractères zoologiques et surtout par l’ouver- ture de son angle facial, est comparable à une Guenon adulte, il a véritablement le naturel malin, mais, assez doux, des espèces de ce dernier genre, et montre une adresse, une grâce, et je dirai même une intelligence que plus tard on ne retrouvera plus chez lui au même degré ! Sans posséder sur le naturel des Gynocéphales dans leur premier âge, des notions aussi exactes, je ne crains pas d'affirmer que la série de leurs développements physiques et intellectuels présente la même concordance. Dans leur premier âge, époque où leur tête est arrondie et leur angle. facial très ouvert, ils ont à peu près le naturel d’une Gue- non : dans un second âge, époque ou leur museau fait sail-
! J'ai eu occasion de constater moi-même ces faits par l'observation de plusieurs jeunes individus nés à la mévagerie du Muséum d'histoire naturelle. Voyez l'ar-
. ticle Macaques du Dictionnaire classique d'histoire naturelle, ‘
Gr. Er. 7e
lie au mème degré que celui des Macaques adultes , ils de- viennent, comme eux, indociles et empressés de nuire, quoiqu'il soit encore assez facile de les apprivoiser. Enfin à l’état adulte, âge dans lequel leur face a acquis un déve- Îoppement prodigieux, et où leur encéphale est devenu proportionnellement très petit, ils deviennent presque en- tièrement intraitables , et nous offrent le hideux spectacle d’être toujours avides de nuire et de détruire, commet- tant le ‘mal pour le seul plaisir de le faire, et repoussant ies regards par l'alliance, de la plus odieuse méchanceté et de la lubricité la plus révoltante.
D’après ces considérations et ces faits, on est dre con— duit à ces résultats très curieux, que les Singes de l’ancien continent nous représentent tous un seul et même type dans des degrés divers de développement; que les genres où nous observons un degré plus avancé offrent momen- tanément avant d’y parvenir, et, si je puis m’exprimer ainsi, traversent les degrés moins avancés qui pour les autres constituent les conditions normales et définitives ; enfin, qu’il en est à cet égard des mœurs et du naturel comme de Vorganisation, le développement intellectuel étant toujours en rapport avec le développement physique.
Ces considérations sont sans aucun doute applicables aux Singes du nouveau continent, et leur vérité n’est pas moins évidente dans ce second groupe. Je ne les ai cependant saisies que beaucoup plus tard, et seulement en me li- vrant à un examen attentif des conditions ostéologiques de la tête et de l’hyoïde. Cette marche était en effet la seule. qu'il me füt possible de suivre : car tandis que j'ai pu ob- server vivants presque tous les genres de l’ancien continent, que j'ai vu même plusieurs espèces se reproduire, et que j'ai pu les suivre dans la série de leurs développemens, je ” mai pu observer vivants que le plus petit nombre des genres américains, étje n’en ai jamais vu aucun se reproduire, si
l’on excepte les Ouistitis, qui composent un groupe parti- #
-
Ge. 14 PE. 7
culier, et qui ne doivent pas nous occuper ici !. Comme les difficultés sont les mêmes pour tous les zoologistes, j'ai cru devoir faire suivre aux personnes qui liront cette notice la marche que j'ai moi-même suivie dans mes observations, et appeler leur attention sur les Singes de l’ancien conti- nent avant de la porter sur ceux du nouveau monde, Parmi ces derniers, comme parmi les premiers, nous trouvons un certain nombre de genres établis sur le même type , semblables entre eux par toutes les conditions im- portantes de leur organisation, mais différant, outre quel- ques modifications de leurs membres et de leur queue, par les proportions diverses de leur face et de leur crâne. Les zoologistes modernes ont rapproché tous ces genres comme le commandaient les rapports naturels, mais sui- vant un ordre inverse de celui qu’ils ont adopté pour les Singes de l’ancien continent. En effet, parmi ceux-ci, les. genres les plus rapprochés de l'homme, et dont l’encéphale
est proportionnellement le plus volumineux, sont placés
les premiers, et l’angle facial devient de plus en plus aigu à mesure qu’on descend dans la série; le contraire a lieu
précisément à l’égard des seconds : d’où il résulte qu’on.
doit chercher les genres les plus rapprochés de l’homme, non parmi ceux que tousles zoologistesont regardés comme les premiers des Singes américains, mais au contraire dans des genres placés beaucoup au-dessous d’eux, et notam- ment dans les Callithriches, dont le cerveau égale et sur- passe même proportionnellement le cerveau de l’homme lui-même. Pour saisir les rapports naturels qui lient entre eux les divers genres de Quadrumanes du nouveau conti- nent, il faut donc non-seulement modifier, mais même renverser presque complètement l’ordre suivi dans tous les ouvrages modernes. En effet, il suffit d'examiner compara-
1 J'ai démontré ailleurs qu'ils forment un groupe trés isolé daus la grande fa. mille des Singes. Voyez les articles Quistitis et Sifges du Dictionnaire classique d'histoire naturelle, |
i
C4
Ci. HS PL.7, tivement un certain nombre de crânes pour reconnaître que le développement de la face peut, parmi ces genres comme parmi ceux de l’ancien eontinent, se rapporter à quatre
* degrés que j'indiquerai comme il suit :
Premier desré. Le Saïimiri et les vrais Callithriches, dont le cerveau est énorme, et la face très courte.
Second degré. Les Sajous, dont le cerveau est déjà un peu moins développé et la face un peu moins courte : ils sont aux vrais callithriches ce que les Guenons, parmi les Sin- ges de l’ancien monde, sont aux Semnopithèques.
Troisième degré. Les Atèles, les Ériodes * et les Lago- thriches, genres caractérisés par des différences très no- tables dans la conformation des dents et des organes des sens, de la génération, de la préhension et de la locomo- tion, mais chez lesquels les proportions du crâne et de la face sont presque exactement les mêmes.
Quatrième degré. Les Hurleurs. Ces derniers sont ceux où le crâne est proportionnellement le plus petit et la face le plus développée; ils sont donc parmi les Singes du nou- veau monde, ce que sont les Cynocéphales parmi ceux de l’ancien monde. Cependant, comparé au cerveau de ee der- nier genre, leur encéphale est encore très volumineux ; de même que le cerveau des Atèles, celui des Sajous, celui des Callithriches surpasse le cerveau des Macaques, celui des Guenons, celui des Semnopithèques.
Ces comparaisons une fois établies, l'application aux Singes américains des remarques que nous avons faites plus haut sur les Singes de l’ancien continent devient très facile etse trouve pour ainsi dire toute faite à l’avance.Ainsi, il est à peine utile d’ajouter que les Hurleurs doivent pré- senter dans leur jeune âge d’une manière transitoire, et présentent en effet les conditions qui caractérisent, à l’état adulte, les Atèles , les Eriodes et les Lagothriches, et, si l’on
* Voyez dans les Mémoires du Muséum , tom. xvur, le travail dans lequel j'ai établi ce genre,
Gcui PE.
remonte plu haut dans la série des développements, les Sajous eux-mêmes. De même, ainsi que j'ai eu occa- sion: de l’établir ailleurs, la tête des Atèles, des Eriodes et des Lagothriches, dans leur jeune âge, offre de nombreux rapports de conformation avec celle des Sajous adultes, qui eux-mêmes, dans leur premier âge, ont certainement le cerveau aussi développé que celui d’un Saïmiri.
Ce que je viens de dire du crâne, je pourrais le répéter presque dans les mêmes termes pour d’autres organes, pour l’hyoïde, par exemple, qui présente successivement chez les Hurleurs diverses formes qui toutes ont leurs analogues dans les formes permanentes propres aux autres genres de singes américains. Mais, ce qu'il importe plus encore de remarquer, c’est qu'ici, comme parmi les Singes de l’ancien monde, les ressemblances de mœurs et de na- turel coïncident toujours avec les ressemblances d’organi- sation , et que les espèces les plus remarquables par le dé- veloppement de leur encéphale, qui sont en même temps les plus douces et les plus intelligentes, le sont toujours aussi par leur petite taille. Sous ce rapport, comme sous tant d’autres points de vue, elles présentent donc d’une manière permanente des conditions quin’existent quetran- sitoirement chez Îles espèces à angle facial très aigu, et l’on pourrait véritablement les considérer comme des êtres conservant, par une sorte d'arrêt d'évolution, ce degré de développement qui est marqué par le volume plus consi- dérable et l'activité plus grande de leur encéphale.
Je-ne donnerai pas plus d’étendue à ces considérations, intéressantes par leur nouveauté et par la haute généra- lité à laquelle on pourrait les élever. Sans chercher iei à le démontrer, ce que nvinterdit Le sujet spécial de cette notice, je me bornerai à remarquer que de semblables considérations pourraient être présentées sur presque toutes les familles bien naturelles du règne animal, ces familles comprenant un certain nombre de genres dans
lesquels une analyse exacte et approfondie peut réussir à
Eco PET
montrer un seul et même type, modifié seufement par un état un peu plus ou un peu moins avancé de développe- ment. Cette proposition est d’une application très géné- rale , et il n’est pas jusqu'aux coquilles elles-mêmes aux- quelles elle ne puisse être étendue, malgré le mode tout spécial suivant lequel elles se développent.
D'un autre côté, si l’on descend à des remarques plus spéciales, on peut remarquer pareillement que les dif- férentes espèces d’un genre présentent souvent entre elles de semblables rapports. Il y a déjà long-temps, par exemple, que j'ai démontré ce fait quant aux caractères de pelage pour les Chats et pour les Cerfs, et fait voir com- ment dans ces genres les espèces dont la coloration paraît anomale ne diffèrent réellement des autres que par la per- sistance chez elles de caractères qui chez leurs congénères n'existent que pendant leur jeune âge {.
Enfin une application de même ordre, mais plus curieuse encore , peut être faite aux races humaines elles-mêmes, ainsi que je l'ai démontré dans des leçons faites à l’Athénée, en décembre 1831, sur l’histoire naturelle de l’homme. Je crois avoir établi, en effet, par la comparaison des carac- tères de coloration , de la peau, des dents, des poils, de di- verses autres parties de l’organisation, et surtout de l’en- céphale, du crâne et de la face, que le type 2? caucasique réalise d’une manière permanente des conditions physiques. qui existent transitoirement dans le type éthiopien 5, et
Voyez mes Considerations genérales sur Le marñmiferes , ou l’article Mammifères du Dictionnaire classique d'histoire naturelle. f |
8 Je me sers de ce mot pour éviter l’emploi du mot variete, ou celui du mot es- pece, voulant éviter de préjuger ici une solution sur la grande question de l’unité ou de la pluralité spécifique du genre humain,
5 Ainsi (pour indiquer au moins les principaux faits de cette proposition qui, au premier aspect, pourrait ne paraître qu’un paradoxe), tout le monde sait que la peau du règre est d'abord de même couleur que celle du blanc ; puis, au bout de quelques jours, elle acquiert la coloration noire. De même, il est un moment où le jeune nègre à l’encéphale et Je crâne aussi développés, et la face aussi courte que
l'homme de la race caucasique, et où son angle facial est trés ouvert, La compa-
raison des dents donne également des résultats analogues,
ELIR Po.
que ce qui caractérise le premier, c’est précisément l’arrèt de son développement physique au point marqué par le volume plus considérable et les conditions plus parfaites de son encéphale. Le type malai étant d’ailleurs intermé- diaire entre eux, il résulte de ces remarques que le type caucasique est précisément au type malai, et celui-ci au type éthiopien, ce qu'est un Semnopithèque à une Gue- non , et celle-ci à un Macaque, ou bien ce qu'est un Saï- miri à un Sajou, et celui-ci à un Atèle.
IL. Espèces du genre Hurleur.
Le nombre des espèces de Hurleurs déjà connues ou du moins indiquées par les auteurs est assez considérable. Mon père et M. de Humboldt en admettaient six; et depuis la publication de leurs travaux quelques autres ont été publiées par d’autres auteurs, et surtout par Kukl et Spix. Mais il est au moins très probable, pour ne pas dire cer- tain , que plusieurs de ces espèces reposent sur de simples différences d’âäge ou de sexe; et le nombre en sera sans doute beaucoup réduit, lorsque les grandes collections d'Europe mettront sous les yeux des zoologistes une série d'individus de tout âge et de tout sexe, ou que du moins de bonnes observations, recueillies par de savants voya- geurs,suppléeront à cette possession.Ces secours sont telle- ment nécessaires pour une détermination exacte des Hur- leurs, que pour moi, après l’examen le plus attentif de vingt crânes , de presque autant d'os hyoïdes, et de près de cin- quante peaux, je nai pu parvenir à saisir des caractères bien positifs, outre l'espèce nouvelle dont la figure accom- pagne cette notice, que pour trois des espèces ancienne- ment connues. Ces trois espèces sont les suivantes :.
1 On peut consulter pour leur description l’article Sapajous du Dictionnaire clas- sique d'histoire naturelle, article que je crois pouvoir présenter comme une mono- graphie des singes à queue prenante. M. Lesson m’a fait l'honneur de reprendre
ce morceau, et de l’insérer en entier dans son complément de Buffon, t. IV, pa- Les 159-225.
Grove \Pr.59.
11 Fo ca Buff. t. XV, sémia seniculus, Lin. ; stentor seniculus, Geoff. S.-H. Cette espèce, qui habite la Guyane, se distingue assez facilement par la nudité presque com- plète de sa face et par l’éclat de sa belle couleur dorée , et a été distinguée assez nettement par tous les auteurs.
2° L’Ovrson, simia ursina, Humb. ; stentor ursinus , Geoff. S.-H. Il se distingue du précédent par son pelage composé de poils plus longs et plus abondants, d’un roux doré à peu près uniforme, par sa taille un peu moindre, et surtout par sa face beaucoup plus velue : il n’y a guère que le tour de la bouche et le tour des yeux qui soient entièrement nus. Îl habite le Brésil et la Terre-Ferme.
3° Le HurLEur Noir, stentor niger, Geoff. S.-H., qui habite le Brésil, et est très probablement le Caraya d’Azara. Les mâles adultes sont généralement noirs, avec quelques poils jaunes: les femelles et les jeunes sont d’un jaune de paille à la face inférieure du corps, sur les flancs, sur les mem- bres (à l'exception des mains), et sur la tête; mais le dos est couvert de poils noirs avec la pointe jaune , et paraît dans son ensemble d’un fauve cen&ré. La taille de cette espèce n’est que d’un peu plus d’un pied et demi, non com- pris la queue. Enfin le crâne m'a présenté aussi plusieurs différences.
Les autres espèces que je n’ai pu déterminer avec pré— cision et sur lesquelles je reste dans le doute, et celles qui me paraissent former de doubles és sont les suivantes :
“4° Le HurLEUR BRUN, stentor fuscus, Geof S.-IL., auquel se rapportent l Dé de Buffon etle simia beelzebul de Gmelin. Cette espèce habite le Brésil comme l’ourson , et présente comme lui plusieurs variétés que l’on peut attri- buer, au moins en partie, à des différences d’âge, et dont plusieurs semblent former le passage du stentor ursinus au stentor fuscus.
9° Le HüorLEUR AUX MAINS ROUSSES, myceies rufimanus ,
Creil. Brie.
Kubhl|; stentor rufimanus, Desmarest, Cette espèce, noire avec la dernière moitié de la queue et les mains rousses, ne m'a également offert aucun caractère bien tranché.
6° Le Hurceur piscorore, mycetes discolor, Spix, est très semblable au précédent, et paraît, quelque détermi- nation qu'on donne de celui-ci, devoir lui être réuni.
7° Le HurLEUR 4 QUEUE NOIRE ET JAUNE, simia flavicauda, Humb. ; stentor flavicaudalus , Geoff, S -I.
8° Le HurLeur BARBU, mycetes barbatus , Spix.
9° L’ARABATE , stentor stramineus, Geoff. S.-H.
Ces trois dernières espèces ne m’ont présenté aucun ca- ractère qui les distingue nettement du Hurleur noir, dont elles ne constituent probablement, les deux dernières sur- tout, que des variétés d’âge ou de sexe.
Je passe maintenant à la description de l'espèce nouvelle dont la figure.est jointe à cette notice, espèce dont les ca- ractères sont heureusement beaucoup mieux tranchés, et dont la détermination ne saurait compliquer de nouvelles difficultés l’histoire spécifique, déjà si embrouillée , des Hurleurs.
Le HURLEUR À QUEUE DORÉE. Stentor 1 chrysurus. - Is. Geoff.. (PI. 5.)
Cette espèce, si elle a déjà été vue parles voyageurs, paraît avoir été confondue avec le hurleur ordinaire ou l’alouate de la Guyane (simia où stentor seniculus des auteurs). Ce dernier lui ressemble en effet par la nuance de ses couleurs, inais en diffère constamment et d’une manière remarqua- ble par leur disposition et par plusieurs autres caractères, ainsi que le montrera la description suivante.
1 Le genre hurleur avait d’abord été établi par M. Cuvier et par mon père sous le nom de Ccbus ; mais l’usage ayant donné à ce mot une autre signification, mon père lui a substitué celui de Stentor, qui rappelle d'une manière heureuse le carac- - tére le plus remarquable des hurleurs, et que nous préférons à ioas égards aux «
mots Myceles et Alouata, proposés l’un par Illiger, l’autre par Lacépède.
»
Cris 4: PL.
Ï. Description et détermination.
La dernière moitié de la queue et le dessus du corps, depuis l’origine de la queue jusqu’en arrière des épaules, est d’un fauve doré très brillant; le reste de la queue est d’un marron assez clair, et le reste du corps, la tête tout entière et les membres, sont d’un marron très foncé, prin- cipalement sur les membres où il prend une teinte viola- cée. Il est presque impossible d'exprimer par des paroles la nuance de ces couleurs : mais la figure suppléera à ce que je ne puis dire ici. La face est en grande partie nue, mais moins cependant que chez l'alouate. |
Le hurleur à queue dorée sera distingué très facilement, au moyen des remarques suivantes , de cette dernière es- pèce , la seule aveclaquelle il serait possible de le confon- dre. Chez le stentor chrysurus, la tête et les membres sont d’une seule couleur, et la queue et le dessus du corps de deux couleurs; chez le stentor seniculus, C'est l'inverse qui a lieu : la tête et les membres sont de deux couleurs, et la queue et le dessus du corps d’une seule. Le premier est aussi sensiblement plus petit, et présente quelques diffé- rences de proportion : la queue forme seulement chez lui la
moitié de la longueur totale ; elle forme au contraire ma-
nifestement plus de la moitié chez le stentor seniculus. La callosité est au contraire sensiblement plus étendue dans notre nouvelle espèce.
Le hurleur à queue dorée m'est connu par l’examen de trois individus, savoir,deux adultes entièrement semblables entre eux, et un jeune différant seulement par la nuance un peu moins claire de sa queue. Il est probable que les très jeunes individus sont même, comme dans les es- pèces voisines, généralement bruns.
C’est d’après l’examen de leurs pelleteries que j'ai d’a- bord déterminé ces individus comme se rapportant à une
Exx: Pa >,
espèce non encore décrite. Depuis, la comparaison de leurs crânes avec ceux de leurs congénères a pleinement confirmé ce résultat de mes premières observations. J’ai constaté en effet l’existence de plusieurs différences ostéologiques dont les plus remarquables sont les suivantes.
La partie antérieure de la tête a moins de largeur que chez le stentor seniculus, et se détache ainsi davantage de la partie moyenne. Par suite de cette modification , le palais devient plus étroit; mais en revanche il s'étend davantage en arrière, d’où il suit que les arrière -narines sont plus couvertes, et que leurs orifices sont placés dans un plan presque vertical, au lieu de l'être dans un plan très obli- que. Les rangées des dents, plus étendues en longueur que dans les autres espèces, sont parallèles entre elles, principalement à la mâchoire inférieure. La symphyse de cette mâchoire est aussi remarquable par sa direction très oblique en arrière, et son bord inférieur est tellement si- nueux,qu'il ne peut soutenir la tête sur un plan horizontal, tandis que chez le stentor seniculus la mâchoire inférieure, en posant sur sa symphyse et son bord inférieur, fournit à la tête une base de sustentation très solide. Enfin, je puis ajouter que chez le stentor chrysurus les apophyses zygoma- tiques sont plus larges que chez aucun autre hurleur.
IT, Patrie et habitudes.
Je n'ai malheureusement presque aucuns détails sur les mœurs de cette espèce, et j’ai même long-temps ignoré quelle partie du continent américain est habitée par elle. Les individus qui ont servi de type à ma description font partie des riches collections faites dans le continent de l’'A- mérique et aux Antilles par M. Plée, et il paraît que ce savant et laborieux naturaliste avait recueilli sur tous les objets dont il devait la possession à ses recherches, des
CH ENS.
renseignements qui en eussent doublé la valeur scienti- fique : mais une mort prématurée est venue surprendre ce voyageur, comme tant d’autres de ses honorables prédé- cesseurs, au milieu de ses utiles travaux , et nous avons le regret, pour la plupart des animaux envoyés par lui, di- gnorer même à quelle région de l'Amérique ils appar- tiennent. É
Tel est en particulier le cas de notre nouveau Hurleur. Une note attachée à un individu nous apprenait seulement que l’espèce est connue dans sa patrie sous le nom d’Ara- guato ; nom que l’on donne aussi à d’autres Hurleurs et même à des Singes de genres différents, mais portant éga- lement une barbe.
J'ignorerais donc jusqu’à la patrie du Hurleur à queue dorée si M. le docteur Roulin, qui a fait en Amérique un séjour de plusieurs années, n’eût reconnu ce singe pour une espèce colombienne, et ne m’eüt donné sur lui les renseignements suivants.
Le Hurleur à queue dorée est surtout commun dans la vallée de la Madeleine, où il porte en effet, comme l’indi- que la note de M. Plée, le nom d’Araguato. Comme pres- que tous les autres Singes, il vit en troupes. M. Roulin, qui a eu occasion de l’observer plusieurs fois, a remarqué que lorsqu'une troupe doit passer d’un arbre à l’autre, tous les individus qui la composent agissent d’une manière toute semblable, sautent successivement aux mêmes points, et posent leurs pieds aux mêmes places, comme si chacun d’eux était obligé d’imiter celui qui le précède.
Isid. GEorrroÿ Sarnt-HiLarRE.
Crasse 1. Pr. 8. GENETTE. GENETTA. Cuv.
L’analogie qui existe entre les Viverra et les Felis de Linné n’a échappé à aucun des zoologistes qui ont traité de la classification ou des rapports naturels des carnas- siers. Cette analogie, facile à démontrer par des considé- rations déduites de l’ensemble de l’organisation, se mani- feste même jusque par une conformité très marquée dü système de coloration que présentent Îa plupart des es- pèces de l’un et de l’autre de ces groupes. Ainsi les Ge- nettes, pour me borner au sous-genre dont j'ai spéciale- ment à m'occuper dans cet article, sont remarquables , au premier aspect, par un grand nombre de taches foncées répandues sur un fond clair ; et c’est ce que l’on voit aussi chez les Felis, soit constamment et pendant toute la durée de la vie, comme chez le tigre, la panthère, l’ocelot et tant d’autres; soit seulement dans le premier âge, comme chez le lion et le couguar. Æ
On pourrait objecter, il est vrai, que les taches de la plupart des Ghats et celles des Genettes présentent de grandes différences. Les premières sont en effet des taches annulaires, ou, selon la dénomination assez impropre qu’on leur applique ordinairement, des taches en rose ; les secondes, des taches pleines. Mais il n’y a rien de bien général à cet égard ; car un grand nombre de chats, par exemple le guépard , beaucoup de petites espèces, et, je puis ajouter , le tigre lui-même, ont des taches pleines, D'un autre côté, me voici aujourd'hui en mesure de mon- trer qu’il peut exister des taches annulaires dans le genre Genette ; et tel est en effet le caractère de l'espèce très re- marquable que je vais décrire, et à laquelle je donne, pour cette raison même, le nom de Genetta où Wiverra pardina.
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Gui. FPrers. G. PANTHÉRINE. G. pardina. Is. Geoff.
J'ai eu l'avantage de pouvoir observer vivante cette es- pèce très remarquable, qui habite, d’après les renseigne- ments que j'ai pu recueillir sur elle, l'intérieur du Sénégal; elle appartient donc, comme tous ses congénères et même comme tous les animaux des genres voisins, à l’ancien continent. |
Sa taille, ses formes, ses proportions sont à peu près celles de notre Genette. Voici les dimensions de l'individu que j'ai observé, et qui-était une femelle :
Longueur totale du corps. 2 CLR: LM piediGiponees — dela queue Let UC Ge tt 2 I Hauteur du train de devant (prise entre les épaules). . sy D ae bebe 0) 6 Hanienrdu tram) de derriere. PM ts, 7E
La Genette panthérine ressemble également à la plu- part de ses congénères par le fond de son pelage, qui est d'un gris légèrement lavé de fauve ; les poils, d’un blanc grisâtre sur presque toute leur longueur , ont, en effet, un ‘anneau roux près de leur pointe, qui est noirâtre. Mais elle se distingue, au premier aspect, de tous ses congénères par les taches annulaires, et non pleines, qu’elle présente sur son dos, ses lombes et sa croupe. Chacune de ces ta- ches semble résulter de la juxtà-position de plusieurs ta- ches noires, presque toujours intimement confondues à leur extrémité, et disposées de manière à former par leur ensemble un anneau, non pas circulaire, mais oblong ou même irrégulièrement quadrangulaire. L'espace circon- scrit par cet anneau, presque partout de forme très irré- gulière, est toujours d’un roux tiqueté de noir, par consé- quent d’une couleur différente de celle du fond du pelage.
Hi PE:.S.
Cette différence résulte de ce que la zone rousse et la zone noire qui terminent les poils compris dans les taches an- _ nulaires, sont assez étendues, l’origine de ces poils étant d’ailleurs d’un gris noirâtre. -
J'ai maintenant à indiquer la disposition des taches dont je viens d'indiquer la forme et la couleur, et des taches pleines et lignes noires qui existent aussi sur diverses par- ties du corps et sur les membres. Il existe sur chaque côté du corps quatre séries longitudinales de taches, les deux supérieures composées de véritables taches annulaires ; les deux inférieures, de taches presque entièrement noires, mais où l’on remarque encore quelques poils roux irrégu- lièrement épars : ce ne sont donc point encore des taches absolument pleines. Au contraire, de telles taches se re- marquent sur les membres et sous le ventre. Celles des cuisses sont très grandes ; celles des épaules, plus petites ; celles du ventre et des pattes antérieures, moindres encore : plusieurs de ces dernières ne sont même guère plus que des points noirs. Îl est à ajouter que plusieurs des taches de l'épaule sont liées entre elles , en sorte qu’il résulte de leur ensemble une grande tache très irrégulière, de forme alongée, dirigée de bas en haut, et se continuant supérieu- rement d’une manière plus ou moins distincte jusque près de l’oreille. Enfin, une bande longitudinale noire, assez large en arrière , et composée de poils un peu plus longs que ceux du reste du corps, occupe la ligne médiane du dos, et va en s’atténuant toujours depuis l’origine de la queue jusqu’à la partie antérieure de la poitrine. Quant à la queue, elle présente une série de six ou sept anneaux blancs tous très petits, et de six ou sept anneaux noirs, dont les postérieurs surtout sont extrêmement étendus.
La tête est généralement d’un fauve roussâtre, qui passe au brun roussâtre sur le museau. On remarque, au con-_
Cnil Lu pe.
traire , au-dessus et au-dessous de l'œil, des taches blan- châtres, et cette dernière couleur se retrouve sur la lèvre supérieure , sur l'inférieure, à la gorge et sous le col. Les moustaches sont noires à leur origine, blanches dans le reste de leur longueur. Les oreilles sont grises.
Enfin, je dois dire, pour compléter cette description, que les doigts et la face interne des pattes sont noirâtres, le talon étant même tout-à-fait noir,
Telle est la Genette panthérine , espèce dont la colora- tion est, comme on le voit, aussi difficile à décrire que re- marquable. Heureusement il suffira, pour en exprimer les caractères essentiels, de mentionner l’existence de taches annulaires rangées en séries sur les flancs, et de taches pleines sur les membres.
Je ne puis malheureusement ajouter à la description que je viens de donner dela Genette panthérine, aucuns détails sur ses mœurs dans l’état de nature. Mais je dirai qu'à l’époque où je vis pour la première fois l'individu type de l'espèce, il était d’une douceur telle qu’on le laissait habi- tuellement libre. Une personne même qui ne lui était nullement connue pouvait impunément le toucher, le sou- lever, le prendre dans ses bras : seulement il cherchait aussitôt à s’en échapper, pour venir se percher sur l’épaule. Il était, en un mot, aussi complètement apprivoisé que peut l’être un chat domestique. Au contraire, donnée au Muséum par lespersonnes qui l'avaient amenée du Sénégal, cette Genette fut à peine privée de sa liberté, que son na- turel devint aussi féroce qu’il avait été doux : elle cher- chait à mordre dès qu’on s’approchait d’elle, et ne se lais- sait pas même toucher par ses gardiens. Toutefois elle ne cessa jamais de reconnaitre les personnes qui l’avaient élevée, et de leur témoigner une affection que nul autre ne
partageait avec elles. Ïs. Grorrrov-SarNT-HiLAIRE. 3 août 1832.
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Crasse I. Pr. 9 et ro.
LIÈVRE. Lerus. Linn.
JL. Remarques sur les principaux caractères des espèces du genre Lièvre, considérés dans leurs rapports avec les cir- constances locales.
Le genre Lièvre, dès long-temps établi par Linné, et déjà indiqué avant ce grand législateur de l’histoire naturelle par tous les zoologistes, est à la fois l’un des grou- pes les plus naturels : que nous puissions citer, et l’un de ceux qui se trouvent le plus nettement circonscrits par l’ensemble de leurs caractères. IL se distingue à la fois par des formes et des proportions communes à toutes
les espèces, et qu'aucun autre groupe ne présente à l’obser- vation; par des modifications remarquables et multipliées de l’organisation intérieure; et surtout par un système dentaire tellement spécial, que ses conditions forment une grave exception aux caractères les plus généraux des Rongeurs. Mais autant la distinction d’une espèce du genre Lepus est facile à établir à l’égard d’animaux ap- partenant à d’autres genres, autant elle offre de difi- cultés à l'égard des espèces congénères, unies toutes en- tre elles par les liens les plus intimes.
Cette conformité générale d’organisation interne et ex- terne de tous les Lièvres est d’autant plus digne d’atten- tion, que ce genre, composé d’un très grand nombre d'espèces, se trouve répandu sur presque toute la surface du globe, depuis les régions polaires , le Groënland , par exemple, jusque sous l'équateur. C’est par conséquent
‘ Il en est ainsi du moins depuis que la section des Lepores ecaudati, distinguée d’abord par Pallas, auquel nous en devons une si parfaite histoire, a été élevée par M. Cuvier au rang d’un genre particulier sous le nom de Lagomrys.
17
Cr. Pr. 9 et 10.
l’un des exemples les plus propres à démontrer cette teri- dance à la conservation des conditions du type originel, ou , si l’on veut, à la persistance du type spécifique, qui lutte si énergiquement contre l’influence modificatrice des circonstances locales (r) : tendance qui peut seule ex- pliquer comment les genres cosmopolites , malgré l’action continue d’une foule de causes de changements, conser- vent cependant l’unité générique, et comment d'énormes différences de climat et de circonstances locales peuvent n’avoir d’autre effet qu’une très légère altération du type commun , en d'autres termes , que la production dans le genre d’un certain nombre d’espèces distinctes seulement par des caractères sans importance.
-_ Tel est en effet précisément le cas du senre Lièvre, dont
les espèces ne se distinguent guère que par des modifica—
tions légères, rentrant dans l’un des quatre ordres sui- vants de considérations :
1° Taille. Elle n'offre, depuis la plus grande jusqu’à la plus petite espèce, que des variations peu étendues. Les plus petites espèces, en même temps que leur taille les rapproche des Lagomys, prennent aussi quelque chose de la physionomie de ces derniers par leur tête un peu plus arrondie, par leurs membres postérieurs moins déve- loppés, et surtout par leurs oreilles plus, courtes.
ENS ME es Proportions des, membres et des oreilles, C'est d'après. les différences que les Lièvre es présentent entre eux, sous ce double point de vue, qu ’ils ont été distin- gués par les auteurs en Lièvres proprement dits et Lapins. Cette distinction n’a absolument aucune importance. Je
signalerai au contraire comme très curieux et digne de
fixer l’attention des zoologistes, ce fait général, que tous les
* Voyez sur cette question importante, que je ne puis qu'indiquer ici en peu de mots, mon Histoire générale et particulière des LEE dé l'organisation, t. 1,
\
pP: 243 et suivantes.
Gel Pr 9.et 19:
Lièvres d'Afrique, principalement ceux qui vivent sur les lisières des déserts, se font remarquer par l’excessive lon- gueur de leurs oreilles. Considéré en lui-même, ce rapport: peut ne paraître que d’un faible intérêt; mais il en sera tout autrement si l’on ajoute que, bien loin de se rapporter à une circonstance isolée de Fhistoire d’un genre, cette remarque peut être étendue à plusieurs autres mammi- fères vivant aussi dans. les déserts de l'Afrique ou sur leurs lisières, mais appartenant à des familles très diffé- rentes : par exemple, au genre Canis. Il y a plus: elle se- rait applicable à l’espèce humaine elle-même, d’après de précieux renseignements que je dois à la bienveillance de. l'un de nos. plus honorables consuls généraux en Afrique. Sans entrer ici dans le développement -des consé- quences physiologiques qui se déduisent pour ainsi dire d’elles-mêmes de cette concordance très générale entre le développement de l’organe auditif et l'habitation dans les déserts. ou sur les limites des déserts, je crois pouvoir du moins faire observer, sans sortir des limites du sujet. spécial de cet article, qu’elle serait une preuve des plus remarquables de cette influence des circonstances lo- cales sur l’organisation, qui est encore si fortement con- testée par plusieurs zoologistes éminents : influence qui se révèle ici, on peut dire avec évidence, par des effets ana- logues produits sur des êtres très différents, mais placés. depuis un grand nombre de siècles dans des circonstances locales analogues, et soumis par conséquent à l’action
lente, mais continue , des mêmes causes. 4° Nature et couleurs du pelage. Des influences de même ordre que celles que je viens de signaler, inais trop con- nues pour que j'insiste sur elles, se montrent encore ici, les espèces des régions froides ayant, ainsi que dans tous les #enres cosmopolites, les poils beaucoup plus longs, plus abondants, plus fins et plus moelleux que les espèces
Ci. Ï. PL. get 16.
des contrées chaudes, et quelques-unes d’entre elles de venant même blanches en hiver ou conservant leur couleur blanche toute l’année. Toutes les espèces des climats tem- pérés ont, au contraire, des couleurs très peu différentes de celles du lièvre et du lapin ordinaires ; et il en est encore de même de toutes celles des pays chauds, en exceptant toutefois les lèvres des grands déserts de l'Afrique ‘. Ces derniers, comme l’indique le nom de Zepus isabellinus que porte une espèce récemment découverte par M. Rüp- pel et par d’autres savants voyageurs, sont fauves, et semblent revêtir la couleur des sables sur lesquels ils vivent : remarque qui peut, comme celle que j'ai faite plus haut sur lexcessif développement des organes au— ditifs chez les Liëvres du désert, être étendue à un grand nombre de mammifères appartenant à d’autres genres, mais vivant dans les mêmes lieux, tels que plusieurs es- pèces des genres Gerboise, Gerbille, Chat, Chien, etc., et même, ce qui est plus remarquable encore, à plu- sieurs oiseaux; par exemple, à quelques espèces des genres Alouette, Momeau, etc.
Voilà donc une double influence exercée par l’ha- bitation dans le désert sur lorganisation d'êtres fort différents, et qui, signalée à notre observation par l’é- tude d’un genre de mammifères, se trouve confirmée par l'examen d’un grand nombre d’autres, et peut être pres- que généralisée. C’est là un de ces cas si rares dans l’his- toire des êtres vivants, où il nous est possible de remonter par une voie directe et assurée de l’observation des effets à la connaissance des causes, et d’apercevoir avec quelque
1 Je n'indique ici aucune exception pour le lapin de couleur noire, dont MM. Garnot et Lesson ont fait avec doute une espèce sous le nom de lepus ma- gellanicus, et qui n’est très probablement , ainsi que l'ont soupçonné ces savants voyageurs, qu'ua individu issu de lapins domestiques transportès aux Malouines par les anciens navigateurs. Ce serait donc une simple variété mélanienne, et non ne espèce distincte. |
Cash di ct 19
+
netteté les relations qui existent entre l’orgauisation des êtres vivants et l'influence des agents extérieurs.
IL. Description de trois espèces du genre Lièvre.
Les trois espèces de Lièvres dont la description va suivre appartiennent à l’ancien Continent, savoir : la première et la dernière à l'Afrique australe, la seconde à l’Inde. va voir que, maloré les rapports très intimes qui les unissent à la plupart de leurs congénères, elles offrent des caractères bien tranchés, et que deux d’entre elles se distinguent même par des circonstances de coloration qui permettent de les reconnaître entre toutes les autres dès le premier coup d’œil.
1° L. A QUEUE ÉPAISSE: L. crassicaudatus. Is. Geoff. Planche 09.
Cette espèce, ayant les oreilles seulement aussi longues que la tête et arrondies à leur extrémité, peut être consi— dérée comme intermédiaire entre les Lièvres proprement dits et les Lapins, entre lesquels elle se place également par sa taille un peu plus considérable que celle de notre lapin ordinaire, mais moindre que celle de notre lièvre.
Les parties supérieures du corps et les flancs n’offrent aucune modification spéciale ; elles sont couvertes de deux sortes de poils, les uns laineux, cendrés sur la plus grande partie de leur longueur, et roussâtres à leur extrémité, très moelleux, assez courts et cachés sous les poils soyeux ; ceux-ci annelés de noir et de fauve, en sorte que la cou- leur générale est un gris fauve tiqueté de noir. Le ventre et la poitrine sont d’un blanc roussâtre, le dessous du cou
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Cr: I. Pr. get 10:
et la partie la plus inférieure des flancs sont d’un gris- fauve clair, qui fait le passage du blanc-roussâtre du
ventre au gris fauve foncé des parties supérieures. Enfin, le dessus du cou est d’un-fauve brunâtre.
La tête est supérieurement d’un roux tiqueté de noir, latéralement d’un gris cendré, et inférieurement d’un blanc assez pur. Les oreilles, blanchâtres sur leurs bords, sont partout ailleurs nues ou recouvertes de petits poils d’un cendré noirâtre.
Les membres sont d’un roux foncé très vif; il faut seulement excepter la portion palmaire ou plantaire des
quatre pieds, qui est couverte de poils frisés d’un fauve
sale. Enfin, la queue, de mème longueur qu’à l'ordinaire , mais de forme arrondie, est entièrement couverte de longs
poils frisés, très doux, et dont la couleur varie, suivant les’
individus, du roux brunâtre au brun foncé. Cette espèce remarquable n’a donc rien de la disposition toute spéciale que présente ordinairement la queue chez les lièvres, et offre dans cet organe un caractère des plus tranchés et des plus faciles à saisir.
Le lièvre à grosse queue habite l’Afrique australe, prig- cipalement les environs de Port-Natal, où il vit dans les lieux montueux et rocailleux. Les individus qui ont servi de type à ma description faisaient partie des belles collections zoologiqués recueillies au cap de Bonne-Es- rance par MM. Verreaux, dignes successeurs de leur célèbre et savant oncle, le voyageur Delalande.
2° L. À QUEUE ROUSSE. L. ruficaudatus. Is. Geoff.
Cette espèce se distingue, comme la précédente, par une exception aux caractères que présente ordinaire- ment la queue dans le genre Lièvre; exception qui d’ail- leurs est beaucoup moins remarquable en ce qu’elle porte
Cz. I. Pc. 9 et 10:
seulement sur la couleur des poils, et point du tout sur leur nature et leur disposition. La queue, un peu plus longue, mais de même forme que chez le Lièvre ordinaire, est en-dessus rousse, et non pas noire, comme chez celui- ci,et comme chez presque tous ses congénères. Du reste, le Lièvre à queue rousse ressemble presque à notre Lièvre ordinaire, dont il a les proportions et les couleurs. Il est en effet, comme lui, généralement d’un fauve roussâtre en-dessus, avec du roux sur le cou, et blanc en-dessous : les nuances que présentent l’un et l’au- tre sont sensiblement les mêmes. Aux caractères heureu- sement très tranchés que j'ai indiqués plus haut, on peut toutefois ajouter les suivants, tous d’une bien moindre importance. La tache oculaire est moins prononcée chez le Lièvre à queue rousse, et ses joues sont d’un roux très mélangé de noir ; enfin , sa taille est un peu moindre, et son poil est beaucoup plus rude, différence qui se trouve parfaitement en rapport avec les circonstances lo- cales au milieu desquelles vivent les deux espèces. Cette espèce ne m'est connue que par un seul individu assez mal conservé; les oreilles sont surtout en mauvais état, et jai seulement pu reconnaître que la tache noire de leur extrémité est assez étendue. C'est à M. Duvaucel qu'est due la découverte de cette espèce, habitante de l'Inde, et spécialement du Bengale. Ses habitudes me sont entièrement inconnues.
L
3° L. pes SABLES. L. arenarius. Is. Geoff. 1 Planche 10.
Ce lapin, l’une des espèces les plus petites du genre, est en-dessus d’un gris cendré tiqueté , avec les membres, la
1 J'avais déja indiqué (mais non figuré) cette espèce , ainsi que la précédente,
dans le Dictionnaire classique d’Histoire naturelle , art. LiÈvRE.
Cr. KE Pr 9 et 10.
gorge, les flancs, le tour des yeux et le bout du museau roux. La tache du dessus du cou est grise et fort petite ; le dessous de la tête est d’un blanc roussâtre ; et le dessus du corps est blanc. La queue, pareillement blanche en- dessous,est, comme dans presque tous les Lepus , noir en- dessus; les oreilles sont de même couleur que chiez le lapin, seulement avec une tache noire plus étendue à l'extrémité.
Cette espèce, d’un quart plus petite que notre lapin - d'Europe, ressemble beaucoup, par les couleurs de son pelage, au lepus saxatilis de M. Frédéric Cuvier, et sur- tout au Zepus Capensis ; mais elle en diffère considérable- ment par ses formes et ses proportions, qui la placent même presque à l'autre extrémité de la série des espèces du genre Lièvre. R
Le lepus arenarius vit dans les sables du pays des Hot- tentots, où il a été découvert par M. Delalande. MM. Ver- reaux et plusieurs autres voyageurs l'ont depuis retrouvé dans les mêmes lieux.
#
Is. GEeorrroy Saint-HiLarrE.
—
Czasse 11. Pl,
er
* EUDROMIE. EupromiA. Zsid. Geof.
A
Le nouveau genre de Gallinacés, auquel je donne le nom d’Eudromie, est une preuve de plus en faveur de cette vérité, universellement admise en théorie, maïs trop souvent négligée dans l'application, que la détermination des rapports naturels des êtres, et de leur rañg dans la classification , doit être basée sur une appréciation exacte de l’ensemble de leurs conditions organiques, et non sur l'observation d’un seul caractère, quelque remarquable qu'il puisse paraître. Ainsi il n’y a nul doute que, suivant les méthodes ornithologiques les plus estimées, l'Eudromie ne doive constituer , si lon s’en tient à la lettre des classi-
fications, un sous-genre dans le groupe, selon moi tout-à- fait arüficiel, des Tridactyles. Au contraire, par l’ensemble -deses rapports, c’est des Tinamous, et notamment des sous-genres Pezus et Rhynchotus de CO que ce nouveau Gallinacé doit être surtout ms oché. Au reste, ces deux groupes ayant été classés l’un à la suite de l’autre par la
_ plupart des classificateurs, le genre Eudromie se placera très naturellement entre eux, et par conséquent, loin de modifier la méthode ornithologique, il ne fera qu'y com- bler une lacune, et établira un nouveau lien ‘entre des genres déjà considérés comme voisins. à
L’Eudromie formera , dans cette division des Gallinacés
qui correspond aux T " de Linné , un genre très remar- quable et distinct au premier abord. D’une part, en effet, ses pieds, terminés seulement par trois doigts, ne permet- tent pas de la confondre avec les Tinamous ; et, d’une au- tre part, elle n’offre pas des différences moins tranchées à l'égard des Turnix, par son bec, qui, loin d’être com- primé, est aussi large que haut, par ses tarses et ses doigts gros et courts, par ses ongles longs et forts, et par les pénnes de ses ailes terminées par une pointe aiguë.
Gr: Ho Pres
Examiné avec soin, le bec de l’'Eudromie présente une grande analogie avec celui de plusieurs Tinamous : les na- rines, placées latéralement près de l’origine du bec, et irrégulièrement ovoïdes, occupent le centre d’un énfonce- ment qui se continue en avant avec un sillon, et qui est borné inférieurement par le bord de la mandibule supé- rieure; bord qui est à peu près horizontal, et par lequel le bec se-trouve ainsi élargi, principalement vers sa base. Dans son ensemble, le bec, moins long que la tête, est sros, fort, courbé de haut en bas dans sa seconde moitié, et arrondi à son extrémité.
Les ailes se terminent en arrière à peu près au niveau de Vorigine de la queue, et sont par conséquent courtes. Les _rémiges, étagées entre elles, et pourvues de barbes assez fortes et résistantes, se terminent en pointe : leur bord in- - terne est légèrement échancré. La queue est comme chezles Tinamous, presque nulle ; mais les plumes de la partie posté- rieure du dos sont très prolongées, et simulent une queue très développée, comme chez la plupart des Tinamous.
La jambe est forte, entièrement revêtue de plumes. Le tarse, assez court, robuste, et à peu près carré, est réticulé sur ses faces latérale et postérieure : sa face antérieure est au contraire couverte d’écussons, de même que le des- sus des doigts. Ceux-ci sont courts, gros, et bordés d’un repli membraneux très étroit. Les ongles sont longs, très convexes supérieurement, et assez pointus à leur extrémité, quand ils ne sont pas trop usés. Il n’existe à l'extérieur aucune trace de pouce. Le doigt médian est beaucoup plus long que les doigts latéraux, et parmi ceux-ci l’interne est un peu plus court que l’externe. |
Ces derniers caractères, joints à la longueur du col, suf- fisent pour signaler au premier aspect dans l’Eudromie un genre nouveau et très remarquable, qui sera à quelques égards le représentant des Turnix en Amérique. :
C’est aux recherches de M. Bessalines d'Orbigny que la
ARTE
ARLES Lie
Cort Pret.
zoologie doit cette intéressante acquisition. La description que je viens de donner a été faite en effet sur des individus envoyés de Patagonie par ce zélé et savant voyageur. L’es- pèce à laquelle appartenait ces individus, et que M. d’Or- bigny et moi désignons sous le nom: spécifique d’Elegans, est jusqu’à présent la seule que je connaisse dans le genre.
E. ÉLÉGANTE. Æ. elegans. D'Orb. et Is. Geoff.
LA
Cet oiseau, dont le système de coloration rappelle su- périeurement le plumage des Peintades et inférieurement celui de plusieurs Perdrix, est une de ces espèces dont la description ne saurait donner qu’une idée bien inexacte: aussi renverrai-je à la planche, en ajoutant cependant quelques détails. |
4. Description.
Le fond du plumage est généralement, excepté sur la gorge, le ventre , les ailes et les cuisses, d’un gris cendré; mais il est varié par une multitude de lignes noires et de
taches en ÿéux noires et blanches. Ainsi les plumes de la tête et du col sont toutes mar- quées sur leur milieu d’une ligne noire, dirigée longitu- _ dinalement. En outre, au bas du col, et sur la poitrine, de petites lignes, également noires, mais transversales, viennent s’ajouter à celles-ci. Sur les plumes du dos et des ailesil existe plusieurs petites taches noires et blanchâtres ou fauves, la plupart très irrégulières quant à leur forme et leur disposition. Mais au milieu d’elles se distinguent _des taches fauves entourées de noir, et imitant des yeux, qui ornent et rendent très Dai tS le plumage de oiseau.
Cz. II. PRE
Les pennes des ailes présentent, dans leur portion in- terne, un grand nombre de raies blanches transversales sur un fond noir, et dans leur portion externe, une série de petites taches quadrangulaires tour à tour noires et blanches. |
Le ventre, le croupion et les cuisses présentent, sur un fond fauve, un grand nombre de raies transversales noires. °
La gorge est blanche, et deux lignes de même couleur existent, l’une entre l’œil et le bec (celle-ci n’est pas tou- jours très distincte), l’autre immédiatement au-dessus de l'œil : celle-ci se prolonge ordinairement en arrière à quel- que distance au-dessous de l'œil.
Le bec est brun; les pieds sont bleuâtres, et les yeux d’un gris bleu. Les ongles sont noirs.
Enfin à tous ces caractères de couleur il faut ajouter l'existence d’une huppe, située sur la partie postérieure de la tête, et composée de plumes très étroites et comme lancéolées, noires sur leur ligne médiane, et cendrées la- Re dont quelques-unes, très ie ne sont pas tout-à-fait does , Mais se recourbent un peu en avant.
Les dimensions 2 l'adulte sont comme il suit : hauteur totale, 1 pied (c'est à peu près la hauteur du Tinamou isabelle) : longueur du bec, 11 lignes; du tarse, 1 pouce 8 lignes; du doigt médian (y compris l’ongle), r pouce 3 lignes; des longues plumes de la huppe, 2 penses et demi. :
Dans cette espèce, les jeunes ressemblent aux Malte, à cette différence près que leurs teintes sont plus pâles , et. leurs taches ocellées moins nettes et moins tranchées,
2, Patrie et habitudes. :
Nous devons au zèle de M. d’Orbigny, et au talent d'observation dont il a déjà donné tant de preuves, l’a-
.
Cao Pic 23
vantage de pouvoir ‘compléter ces details descriptifs sur l'Eudromie pax l'exposédes habitudes de cetoiseau.On verra que c’est à une circonstance de ses mœurs que se rapporte le nom générique sous lequel je lai désigné 1.
+ L'Eudromie ? se trouve dans tous les terrains sablonneux et arides qui entourent le grand bassin des Pampas, mais non dans ce bassin lui-même. On la rencontre depuis le 38: degré de latitude jusqu’au 46°, et, très probablement aussi, depuis la mer jusqu'aux Cordilières. Elle ne com- mence à être commune que dans les terrains déserts qui se trouvent au sud du Rio-Nesro, en Patagonie.
Cet oiseau semble fuir non-seulement les lieux habi- tés, mais même les lieux habitables : la localité où M. d’Or- bigny l’a-vu répandu le plus abondamment était un terrain
sec, aride, presque sans végétaux, et éloigné de plus de . dix lieues des points où l’on rencontre de l’eau douce. En
un mot, il fuit les lieux humides, et recherche les terrains sablonneux les plus déserts et les plus arides. ” Dans la saison des amours, les Eudromies, qui ordinai-
_rement vivent par petites troupes, se divisent par couples.
Elles construisent, dans une touffe d’herbes ou au pied d’un buisson, un nid composé de tiges de graminées, et y dé- posent une douzaine d'œufs d’un vert tendre. Les jeunes suivent la mère pendant assez long-temps. :
La nourriture de ces oiseaux consiste en petits fruits et surtouten graines. Ils courent avec une extrèmeagilité: leur
. vol est au contraire assez lourd et bruyant: ils ne volent ja-
mais très loin, et il est rare qu’ils s'élèvent à plus de 10 mè- tres au-dessus du sol. Lorsqu'ils courent ou s’envolent,
… et aussi lorsqu'on les surprend, ils font entendre un siffle-
1 D’év » bien, et de dpdues, course.
2 Tous ces détails sont extraits presque exiuellement de notes que m'aadres- sées M. d'Orbigny. On pourra juger par elles de limportance des travaux de ce.
_ savant et infatigable voyageur, tout à la fois zélé collecteur, observateur habile et
naturaliste plein de savoir,
Gr. ME Pre:
ve ment aigu. Îls paraissent en général très craintifs, et évitent toutes les autres espèces. *
La chair des Eudromies est très délicateis aussi leur donne-t-on la chasse. On les élève quelquefois aussi en captivité; mais, quelque apprivoisées qu’elles soient , elles s’échappent dès qu’elles le peuvent. Outre l’homme, elles ont pour ennemis les renards, divers oiseaux de proie ; et surtout les caracaras qui en détruisent un grand nombre.
L’Eudromie élégante est appelée par les Espagnols Per- diz de Copeta et aussi Martinete; par les Araucanos du’ sud, Vuari, et par les Patagons, Cunio. On la nomme aussi Fulmis dans quelques localités.
2
Is. GEorrroy Sairnt-HiraiRE.
æ 1 LL
Czasse II, PL, 2
PHENICOPTÈRE. PHOENICOPTERUS. Lin.
Le genre Phénicoptère ou Flammant, l'un des plus re- marquables de l’ordre des Échassiers, dans lequel il com- pose à lui seul une famille des plus tranchées, ne com-
prend encore que trois espèces, dont l’une n’est même
bien connue que depuis un an environ. Ces trois espèces
. Sont :
1° Le PHÉnicoPrÈRE pes ANGIENS !, Geoff. St.—Hil., Bull. soc. phil., tom. 11, p. 97; Phœnicopterus antiquorum, Tem., pl. <ol., 71° livr.; Phœnicopterus ruber de Linné et de la plupart des auteurs. C’est cette espèce qui, chaque an- née, vient visiter par troupes nombreuses nos côtes du HUE
2° Le PHÉNICOPTÈRE ROUGE, Phœnicopterus ruber, Wilson, tom. vu, p. 45, pl. 66; Temm. pl. col. 71° livr.; Phœnicop- terus Bahamensis, Gatesb., tom. 1, p. 73. Cette espèce, long-
temps confondue avec la précédente, est le Flammant
d'Amérique de quelques auteurs modernes. Quant au Phœnicopterus Chilensis de Molina, la descrip-
tion qu’en donne cet auteur est trop incomplète et trop
inexacte pour qu'il soit possible d'en donner une déter- mination précise.
1 Cette espéce était en effet trés bien connue des anciens, qui plaçaient même
sa langue, à’ cause de la graisse abondante qu’elle renferme, au nombre des mets
- les plus délicats. Les historiens rapportent que l’empereur Héliogabale entretenait
constamment des troupes chargées de lui procurer en abondance des langues de Flammants. Aujourd'hui même, il paraît que ces langues sont encore en plusieurs lieux recherchées avec le même empressement, quoique dans un autre but. Ainsi mon père a souvent vu en Esypte le lac Menzaleh (à l’ouest de Damiette) couvert d’ane multitude de barques destinées à la chasse des Flammants, et qui en revien- nent quelquefois remplies. On arrache les langues de ces oiseaux et on en extrait par la pression une substance graisseuse que l’on emploie en maniere de beurre.
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Cul: 4Ps%32
3 Le Perrr PHÉNICOPTÈRE, Phœnicopterus minor, Geoff. St.-Hil., Bull. soc. phil., tom. IE, p.97; Vieill. Gal. du Mus. Le Flammant Geoffroy, Lacépède. Le Flammant pygmée, Phœnicopterus nunor, Temm., pl. col. Aro. Cette espèce, dont l'adulte n’est connu que depuis très peu de temps, habite le Sénégal et le cap.de Bonne-Espérance, et non pas l'Amérique, comme le ferait croire une faute typogra- phique qui s’est glissée dans la te édition du Règne : animal. * |
À ces trois espèces il faut ajouter une espèce nouvelle qui habite, comme le Phénicoptère rouge, l'Amérique méridionale , et qui n’est pas moins remarquable que ses congénères par Véclat de ses couleurs. M. d’Orbighy et moi lui avons donné le nom de Phaænicopterus igripallia- tus 1, à cause de ses ailes dont la couleur est à peu près celle d’un charbon ardent. On va voir qu'un grand nom= bre de modifications importantes s'accordent pour carac- tériser cette espèce de la manière la plus précise.
P.A MANTEAU DE FEU. P. ignipalliatus. Is. Geoff. et Dess. d'Orb.
4. Description et détermination de l'espèce.
Dans cette espèce, liée par les rapports les plus intimes avec ses congénères, quoique parfaitement distincte, nous trouvons un système de coloration très analogue à celui des autres Phénicoptères, et qui cependant suffi- rait lui seul pour le caractériser. La tête , le col, la queue, le dos et les parties inférieures sont généralement, chez
+ Voyez le tome XVIT des Annales des Sciences naturelles. Depuis la note que j'ai publiée en nom commun avec M. d'Orbigny, j'ai eu occasion de voir un assez grand nombre d'individus de différents âges et de différents pays ; et M. d'Orbigny lui-même n’a envoyé sur le Flammant à manteau de feu PIHsteur renseignements
nouveaux, que l’on trouvera dans cet article, ?
dE STE:
- dite:
Cr. QE: Pc. 2 2% CEE Ca
les adultes, d’un rose pâle; quelques-unes des plumes du dos sont a un rose plus foncé : sans doute dans les vieux
individus le dos devient rouge comme les aïles; ce qui a
lieu, âinsi que l’ont remarqué plusieurs ornithologistes, chez les vieux individus de l'espèce commune. Les ailes,
à l'exception des rémigés qui sont noires , sont d’un rouge vermillon éclatant, très différent par la nuance du rouge rosé qui orne le plumage du Flammant ordinaire, et se rapprochant de là couleur d’un charbon ardent. Les jam- bes sont d’un rouge brun dans la plus grande partie de leur longueur, mais d’un rouge vif dans le voisinage des.
‘articulations. Les doigts sont en entier de cette dernière
couleur. Le bec est coloré de rouge et de noir, comme chez le Flammant ordinaire; mais le noir s’étend depuis la pointe jusqu’au-delà de la courbure, et jusque tout près dés narines, et occupe ainsi plus de la moitié du bec: caractère qui suffirait seul pour distinguer le P. rgnipallia-
tus adulte de tous ses congénères.
Les jeunes ont le plumage d’un gris-blanchâtre, parsemé
de mèches brunes, avec quelques plumes roses aux cou-
vértures des ailes. Le bec est noir à son extrémité, bleuâtre dans la plus grande partie de sa longueur. Les pieds sont entièrement brunâtres.
Les caractères que nous venons d'indiquer suffraient seuls à la distinction de l'espèce; mais d’autres d’une beaucoup plus grande importance restent à signaler. Le corps est presque de même volume que chez le Flam- mant ordinaire, et le cou est de même longueur; mais les jambes sont beaucoup plus courtes, comme le mon- treront les mesures suivantes. La jambe proprement dite, depuis le point où s'arrêtent les plumes, a 5 pouces, et le tarse 9, tandis que chez un Flammant ordinaire, de même volume, la jambe, depuis le point où s’arrêtent les plumes, a o pouces, et le tarse 1 pied. Le bec est aussi sensiblement plus court dans notre espèce nouvelle, prin-
Gr Ti Be
cipalement dans la portion comprise entre sa base et sa courbure. Du reste, la mandibule inférieure est de même forme que chez le Flammant ordinaire et le Flammant rouge. Enfin, une dernière différence, qui ne doit pas être oubliée, c’est que l’ongle du pouce est très petit. Les on- . gles des autres doigts sont au contraire aussi larges qu’à l'ordinaire, et peut-être même davantage.
Les dimensions de nos individus sont les suivantes : Longueur totale, depuis le bout de la queue jusqu’à l’ex- trémité du bec, 4 pieds 1 pAUuÉE, Longueur du bec me- suré en ligne droite, 4 pouces <.
9. Patrie et habitudes.
Cette nouvelle et remarquable espèce de Flammant est l’une des acquisitions dont la science est redevable aux re- cherches de M. d’Orbigny. Les premiers individus que ce zélé et habile voyageur adressa il y a trois ans au Muséum d'histoire neturelle, venaient de la province de Buénos- Ayres et de Corrientes. Depuis, M. d'Orbigny a retrouvé cette espèce sur quelques autres points du continent amé- ricain, et notamment en Patagonie. Enfin elle existe aussi aux Antilles et au Chili, ainsi que je l’ai constaté depuis peu par l'examen de collections envoyées au Muséum de Saint-Ilago de Cuba, par M. Ricord, et de SRE du Chili, par M. Gay. à
D'après les renseignements qu’a bien value commu piquerM.d'Orbigny, les Phénicoptèresà manteaude feu, ra- res à Corrientes, sont communs dans la province de Buénos- Ayres, et principalement dans tous les terrains saumâtres des bords du Rio-Néoro en Patagonie, et dans les salines. On les trouve surtout en grandes troupes dans cette der- nière localité à l’époque des pontes; et leurs nids s’y trou- vent même alors accumulés en nombre considérable, ainsi qu’il résulte des détails suivants que M. d’Orbigny a bien voulu extraire de son Journal pour me les communiquer.
Ci. IT. Pr. 2.
.« Au milieu de la Salina de Andres Paz, dit M. d'Orbi- gny, j'aperçus, le 20 mars 1819, une éminence qui sem- blait une petite île de vase, et qui paraissait élevée d’un pied du-dessus du niveau du bassin de la saline. Je de- mandai ce que c'était au péon qui m’accompaghnait : il me dit que c'était une réunion de nids de Flammants. Je vou- lus voir ces nids, et je m’acheminai vers eux, en marchant sur le sel. Plus j'avançais, et plus j’admirais cette quan- tité immense de sel, qui couvrait plus de deux lieues carrées , cristallisée en croûte épaisse de 6 pouces sur
toute la superficie de ce lac salé. Enfin j'arrivai au but de
ma course : plus de trois mille nids étaient réunis de ma- nière à former une petite île au milieu du sel. Chaque nid est un cône élevé d’un pied et demi, et dont la par- tie supérieure est tronquée et concave comnie le fond d’un nid ordinaire, mais sans être tapissé de plantes. Chaque nid est distant d’un pied de ceux qui l'entourent. Rien de plus singulier que cette réunion de cônes tous absolument semblables et d’égale hauteur. Plusieurs œufs restaient encore dans les nids. Le péon qui me guidait, me dit que les Flammants viennent tous les ans par grandes trou- pes nicher dans ces lieux ; que la femelle se met à cheval sur son nid pour couver, et que tous les ans les personnes qui travaillent à tirer le sel, recueillent un grand nombre d'œufs pour les manger, et prennent aussi de jeunes in- dividus : la chair de ces derniers a, dit-on, un goût exquis. Je restai long-temps à observer ces nids, et à recueillir des œufs qui pourraient encore servir à l’ornement d’une col-
_lection : ces œufs sont verdâtres, tachetés de brun : leurs
diamètres sont de 11 et 6 centimètres.
Le Phœnicopterus ignipalliatus a reçu en Améri ique , sui- vant les localités, un grand nombre de noms différents, ainsi qu'il arrive à toutes les espèces sur lesquelles leur or- ganisatiorremarquable ou leurs mœurs singulières fixent particulièrement l'attention. Les Espagnols le nomment
CM. Pis:
Flamingo (Flammant ); les Guaranis de Corrientes, Na- hana ; les Indiens Buticud du Brésil, Ponchen; les Indiens -
Araucanos du sud et des Pampas, Colesom ; enfin les Pata- ‘ . sons, Pana 1.
1 On peut comparer le Phénicoptère à manteau de feu à ses congénères dans, les galeries du Muséum d'histoire naturelle , qui possède maintenan! l'adulte du Phænicopterus ruber, V’adulte et le jeune du Phænicopterus minor, et tous les âges
_ du Phœnicopterus antiquorum et du Phœnicopterus ignipalliatus.
: | Ciissé 1, Pc: 5.
* RHINOMIE. Renomya. /s. Geof.
Tous les ornithologistes savent que la classification des oiseaux, exposée par M. Cuvier dans son Tableau d'histoire naturelle, et depuis avec plus de détail dans son Règne ani- mal , diffère principalement de celle de Linné par la sup- pression de l’ordre des picæ, dans lequel l’illustre auteur du Systema naturæ plaçait, avec les genres aujourd’hui connus sous le nom de Grimpeurs ou Zygodactyles !, les passereaux ténuirostres et syndactyles de M. Guvier, et les genres Corbeau, Rollier, Paradis, etc. M. Cuvier a remarqué à l’égard de ces derniers qu'ils ne présentent pas même des caractères assez tranchiés parmi les passereaux pour former dans cet ordre une famille distincte, et il les range à la suite des conirostres ordinaires. Les rapports qu'ils présentent avec plusieurs de ces derniers sont en effet incontestables et se montrent même d’une manière si évidente que M. Temminck, M. Vieillot, et plusieurs au- tres ornithologistes, auteurs de classifications très diffé" rentes à tous égards de la méthode de M. Cuvier, et basées quelquefois sur des considérations d’un autre ordre, sont du moins d'accord entre eux sur les rapports qui lient les corvus, coracias et paradisæa de Linné à plusieurs des conirostres de M. Cuvier. Ges rapports sont donc aujour- d’hui universellement admis dans la science ; et on peut les regarder comme incontestables. Toutefois sont-ils assez ‘intimes pour justifier complètement le rappro- chement établi entre les passereaux conirostres ordinai- res et les corpus, coracias et paradisæa de Linné? En
1 De ces deux mots, le premier a été adopté par M. Cuvier, par tous les auteurs qui l'ont suivi et par M. de Blainville; le second, par M. Temminck, M. Vieillot et la plupart des oruithologistes allemands.
CL. IE. Pr. 3. d’autres termes, ces genres sont-ils plus voisins, par l’en- semble de leur organisation, des sturnus, icterus, fringilla, emberiza, parus et alauda, que des autres passereaux? En laissant de côté les Ténuirostres, liés avec les Corbeaux par les Craves et avec les Paradis par les Epimaques, et notamment par l’Epimaque ou Paradis à douze filets, j'appellerai surtout l’attention sur les rapports intimes qui me semblent exister entre les corvus et coracias et les pre- miers genres de Dentirostres, rapports que les découver- tes faites récemment par les voyageurs et les connaissan- ces de plus en plus exactes que l’on acquiert sur les espèces anciennement connues,rendent chaque jour plus évidents.
Ainsi , les Chocards ont l’organisation, le régime diété- tique, l’ensemble des habitudes et jusqu’à la coloration des corbeaux, dont ils ne diffèrent guère que par l’exis- tence d’une lésère échancrure à la mandibule supé- rieure. ,
Cette légère différence n’existe même plus à l’égard des Mainates, genre dans lequel se trouvent deux espèces ‘ voisines des Corbeaux par l’ensemble de leur organisation et l’une pourvue, l’autre dépourvue d’échancrure à la mandibule supérieure.
Parmi les myothera, les Brèves offrent aussi avec les Corbeaux une analogie assez marquée, comme l’mdique- rait au besoin le nom de corvus sous lequel les anciens or- nithologistes les confondent avec les Corbeaux.
Le groupe dont les Gobe-mouches offrent le type prin- cipal se lie également avec les Corbeaux par les Cépha- loptères et Coracines, et notamment par l'oiseau remar- quable que tous les ornithologistes connaissent sous le nom de Pie à gorge ensanglantée.
Mais c’est surtout avec les lanius que les Corbeaux me semblent présenter des rapports intimes , et tellement que les diverses conditions organiques qui, dans le premier de
ù
Cri. PL."3:
ces groupes, viennent modifier le fondsd’organisation com-
mun à toute la famille et caractérisent les nombreux sous- genres qui se groupent autour de nos Pies-grièches, se re- trouvent toutes, à une ou deux exceptions près, dans di- vers sous-genres de corbeaux. Il y a plus : analogie est quelquefois si complète qu’il devient extrêmement difficile, je dirai même presque impossible d'établir une ligne de démarcation exacte entre telle subdivision des corpus et tel sous-genre de lanius. Aïnsi les Cassicans sont certainement très voisins des Casse-noix et des Corbeaux, et il suffit d’une comparaison faite avec quelque attention pour établir qu'il y a même, si l’on excepte l’échancrure de la mandi- bule supérieure, plus de différence, notamment quant à la forme du bec, entre telle et telle espèce de Corbeaux qu'entre plusieurs espèces de ce dernier genre et les Cas- sicans. Les Calybés, que M. Cuvier a séparés tout récem- ment des Cassicans, se rapprochent en outre des Paradis, au moins par la nature de leur plumage et l’éclat de leurs couleurs. Les Béthyles offrent aussi quelques rapports avec les Pies; et c’est même sous le nom de pre pre-grièche (la- nius picatus) que l’espèce type du genre est le plus généra- lement connue. Les rapports des Choucaris avec les Cor- beaux sont encore plus marqués, et c’est sous les noms de corvus et de coracias que toutes les espèces anciennement connues ont été inscrites d’abord dans le Systema : les cor- ous melanops de Latham, corvus papuensis et novæ Guineæ de Gmelin, le rollier à masque noir de Levaillant, appar- tiennent par exemple à ce genre; c’est aussi parmi les Chou- caris qu'étaient placés les deux oiseaux quiontservi detype au nouveau genre établi récemment par M. Temminck sous le nom de prroll, et que tous les auteurs s'accordent à placer près des Corbeaux. Enfin, les Pies-grièches pro- prement dites se lient elles-mèmes de la manière la plus intime avec les corvus, et il a même été presque impossible
Gr: Pc.3:
jusqu’à présent de tracer une limite exacte entre les Pies- orièches proprement dites et les Geais. C’est en effet parmi les Pies-grièches que les ornithologistes modernes placent le Geai longup de Levaillant, oiseau qui a le bec, les pro- portions, le plumage, et jusqu’à la huppe des Geais ’, et qui me semble n'avoir de rapports avec les Pies-grièches que par l'existence à la mandibule supérieure d’une échan- crure assez inarquée , au-delà de laquelle le bec est ter- miné en une pointe un peu recourbée. Or, quoique la plupart des ornithologistes n’aient point noté ce fait, fort intéressant pour l'appréciation exacte des rap- ports naturels des corvus, ces caractères, loin d’apparte- nir en propre au Geai longup, et de l’éloigner des autres Geais, existent aussi chez ceux-ci , moins prononcés il est vrai ?
1 Des plumes dirigées en avant re recouvrent pas, il est vrai, d’une manière complète les narines du Geai longup; mais il en est de même de plusieurs Corbeaux
et Pies, notamment du Corbeau tris'e et de la Pie olive.
2 De tous les Geais, les deux espèces où ces caractères se trouvent le moins vi- sibles, sont notre Geai d'Europe et une espéce trés voisine nouvellement découverte au mont Liban par M. Botta, et qui s’en distingue, outre une différence dans la forme du bec, par sa tête noire en-dessus, d’où le nom d’atricapillus sous lequel je me propose de la faire figurer par Ja suite : dans toutes deux cependant on en apercoit au moins quelques vestiges, au point que Nilsson a cru devoir réunir dans son Ornithologie suédoise le Geai qu'il nomme /anius glandarius aux vraies Pies- griéches. J'ajouterai que j'ai retrouvé l’échancrure de la mandibule supérieure chez un grand nombre de Pies, chez quelques Corbeaux et même chez un oiseau de paradis, Le Sifilet. 1l en est donc de tous ces genres comme des Mainates où, d'aprés la remarque importante qu’en a faite M. Cuvier lui-même, l’échancrure mandibu- laire est lanlôt absente el tantôt existe, et n’a par conséquent aucune importance réelle. Je n’ai pas besoin de dire que cette remarque v’infirme en rien l’impor- tance de ce caractère dans quelques autres groupes : l'observation a en effet dés long-temps appris avx naturalistes que des caractères, constants et vraiment essentiels pour certaines familles, deviennent dans d’autres des modifications orga- niques dépourvues de toute influence, fugitives presque d’une espèce à l'autre, et
ne pouvant plus servir de base à aucune considération générale, … “UE,
FES
Gr. A. Pr:5
Ces remarques démontrent, ce me semble, d’une ma- nière positive, que les corvus, coracias et paradisæa of-
frent quelques rapports avec les passereaux conirostres,
comme l'ont admis les ornithologistes, et aussi avec les ténuirostres; mais qu’ils se trouvent surtout liés d’une ma- nière intime avec les dentirostres, et notamment avec les premiers genres, plusieurs Corvus étant même de vérita- bles dentirostres, c’est-à-dire présentant l’échancrure de la mandibule supérieure, qui au contraire manque dans un oiseau classé parmi les dentirostres, le mainate de Java, Eulabes Javanus de M. Cuvier.
J'ai dû présenter ces remarques générales, et chercher à faire apprécier les rapports naturels des genres corvus, coractas et paradisœa avec les Pies-srièches et les autres dentirostres omnivores ou insectivores, avant de passer à la description du genre Rhinomie que je n’eusse pu autre- ment faire connaître qu'imparfaitement. On va voir en effet que ce genre, appartenant essentiellement aux den- tirostres, offre cependant une très grande analogie avec les Geais et lesRolliers, et peut être considéré comme établis- sant, par un anneau de plus, une liaison intime entre les deux grandes familles que je viens de comparer.
Description et détermination du genre RHINOMYE
(Rhinomy a).
Comparé à un geai, et pour prendre un exemple plu spécial, au geai bleu de l'Amérique du nord, le genre Rhi- nomie présente en commun avec lui un grand nombre de caractères, que je vais indiquer en même temps que les différences qui distinguent notie nouveau genre des geais et le rapprochent de divers dentirostres. |
Le bec a la même forme générale que chez le geai bleu; il est triangulaire , conique et recouvert à sa base par des
Cr, Il. Pc. 3. plumes alongées. La mandibule supérieure, dont la largeur égale à peu près la hauteur, et dont l'arête est lésèrement convexe, dépasse un peu l’inférieure, et se termine parune pointe mousse et arrondie, que précède, de chaque côté, une échancrure peu marquée. La Rhinomie a d’ailleurs le bec un peu plus court et terminé supérieurement par une arête un peu plus vive que chez le geai. Chez tous deux la mandibule inférieure est de moitié moins haute que la supérieure.
Les narines sont, dans la Rhinomie comme dans le geai, placées de chaque côté à la base du bec; mais elles ont dans la première une disposition très curieuse et très ca- ractéristique. Les plumes dirigées en avant et effilées, que tout le monde connaît chez les corpus, manquent com- plètement-et sont remplacées de chaque côté par une grande écaille ovale qui recouvre et ferme presque entiè- rement les narines, et ne les laisse plus apercevoir à l’ex- térieur que sous la forme d’une fente longitudinale, très étroite , surtout en avant , et placée à peu de distance au- dessus de la commissure des mandibules !; C’est ce ca- ractère qui distingue essentiellement la Rhinomie des geais, et on peut ajouter même de tous les autres corvus et coracias : si en effet les narines des rolliers sont linéai- res, du moins elles ne sont pas fermées par une écaille, mais bien par une membrane recouverte de petites plumes. Parmi les autres oiseaux, quelques genres, les Accentors, par exemple, ont aussi, il est vrai, les narines fermées en partie par une écaille, mais cette écaille est généralement plus petite, moins distincte et disposée d’une manière assez différente.
Les membres inférieurs ne diffèrent de ceux des geais que par un tarse et des doigts sensiblement plus longs à
1 C’est à cette disposition trés curieuse des narines que se rapporte le nom de
rb'uomie, rhinomya, veuant des mots pives, narines, et p.Ütw, je ferme, je eligne.
M sd
Cr. IT. Pc, 3. it proportion : on peut ajouter que les ongles postérieurs sont moins recourbés. Au contraire, les caractères beau coup plus importants que l’on peut tirer de la proportion des doigts n’offrent rien de spécial pour la Rhinomie , qui a, de même que les geais, le doigt interne un peu plus court que l’externe, le médian étant d’ailleurs comme à l'ordinaire le plus long de tous. Le pouce ne présente rien de particulier.
La queue est, comme celle du geai bleu, assez longue, composée de douze pennes et un peu étagée.
C'est encore avec les ailes des geais que celles de la Rhi- nomie offrent le plus de rapport, la première rémige étant très courte, la seconde plus longue, la troisième plus longue encore , mais encore inférieure aux suivantes. Mais la Rhi— nomie a aussi des caractères qui lui sont propres dans la forme arrondie de l’extrémité de ses pennes alaires, etsur- tout dans l’extrèmebrièveté deses ailes qui se terminent au niveau de l’origine de sa queue, et semblent même ne pas l'atteindre, à cause des plumes qui cachent cette origine, et la font paraître plus reculée qu’elle ne l’est en effet. Ce ca- ractère, Joint à celui que nous a fourni la forme des na- rines, distingue au premier aspect le genre Rhinomie, non-seulement des geais, mais même de tous les autres oiseaux. ati
Enfin le plumage de la Rhinomie rappelle encore celui des geais par la mollesse et le moelleux de toutes les plumes du corps, et surtout par l'existence sur la tête d’une huppe dont je ferai connaître en particulier la dis- position et la couleur en donnant la description spécifique de la Rhinomie. Enfin quelques poils noirs sortant du milieu des plumes au-dessous de l'œil et autour de la base du bec, établissent un rapport de plus entre la Rhi- nomie et les geais. |
e
Cu: Il: PB 3.
Cette description ne saurait, ce me semble, laisser äu- cun doute sur les rapports intimes qui lient là Rhinomie aux geais. Cependant, dans l’état actuel de la méthode or- nithologique la plus généralement suivie en France, c'est à la famille des passereaux dentirostres qu’elle appartient essentiellement. Les zoologistes qui adoptent cette classi- fication devront placer notre nouveau genre entre les mainates et les martins, quoiqu'il ait aussi quelques rap- ports avec les accentors. Suivant la méthode de Temminck, il se placera très naturellement dans l’ordre des omnivores où se trouvent réunis tous les genres dont on peut le con- sidérer comme voisin à divers égards, et notamment les geais, les martins, les jaseurs, etc. On va voir, par l’histoire spécifique de la Rhinomie, que les observations faites sur ses mœurs confirment ces rapprochements, notre nouveau senre vivant également d'insectes et de graines.
C’est à M. Dessalines d’Orbigny que nous devons la connaissance de l’espèce d’après laquelle je viens d’établir le genre Rhinomie, et qui est jusqu'à présent la seule connue. Ce savant et zélé voyageur, en envoyant en France l'individu qui a servi de type à ma description, le signalait comme un objet très remarquable et précieux pour la zoologie. Aussi a-t-il pris soin de joindre à son envoi un grand nombre de renseignements que l’on trou= vera plus bas, et qui seront, sans doute, je me plais à le reconnaître moi-même, la partie la plus intéressante de cette notice.
RHINOMIE LANCÉOLÉE. Rhinomya lanceolata. Is. Geoff. et d'Orb.
i. Description.
Le nom spécifique que M. d’Orbigny et moi donnons à la Rhinomie se rapporte à celui des caractères de plumage
à à hé co dé
GE UE. PLi:3:
qui nous a paru le plus remarquable dans cet oiseau. Tout le dessus de la tête est couvert de plumes étroites, effilées,, dirigées d'avant en arrière, dont quelques-unes, insérées sur le sommet du crâne, sont très longues, ainsi qu’on pourra le voir sur la planche qui accompagne cette notice. Toutes ces plumes sont blanches sur toute la lonsueur de leur tige, d’un roux foncé sur leur bord, et ces deux cou- leurs sont séparées par un peu de noir. Les plumes du dessus du col sont de même blanches et rousses, mais elles n’ont pas du tout de noir, et n’offrent rien de remar- quable ni dans leur forme ni dans leur disposition. La sorge et le milieu de la poitrine sont d’un cendré clair. Les flancs sont d’un roux vif, le milieu du ventre étant au contraire blanc. Les épaules, les ailes, le croupion et le reste du corps sont olivâtres. Les jennes caudales sont aussi dans leur presque totalité de cette couleur, mais elles sont d’un noir brunâtre à leur extrémité, les premières
conservant cependant encore la couleur générale olivâtre
sur leur bord externe. Les pieds sont noirs et le bec est
corné. Les yeux sont bruns. | La taille de la Rhinomie lancéolée est à peu près celle
d’un merle. Sa longueur totale et les dimensions de ses
principales parties sont comme il suit : à
Longueur totale ( depuis la pointe du bec
jusqu’à l'extrémité de la queue). . . . . 7 pouces 9 lignes. Poncuene de iquene,. : .. . à. . , 3 » — DÉEMRES 0 e .'20 5 » — An Péansen UGS L17, 20 MERE 2 — du doigt médian ( y compris ele den. . 1 »
— des longues plumesde la huppe. 1 2
? CésFE PL: 3.
2. Patrie et habitudes.
L'individu d’après lequel je viens de décrire la Rhino- mie lancéolée a été envoyé au Muséum d'histoire natu- -relle par M. d’Orbigny, qui avait tué en Patagonie sur les bords du Rio-Néoro. C’est la seule localité où ce savant zoologiste ait rencontré l'espèce , et je ne sache pas qu’au- cun autre voyageur ait eu occasion de l’observer. Aussi est-ce à M. d’Orbigny que l’on doit tous les détails suivants, que je ne fais, pour ainsi dire, qu’extraire du précieux re- cueil des notes qu'il a bien voulu me communiquer.
La Rhinomie lancéolée se tient ordinairement dans les haies et les buissons les plus épais; lorsqu'elle en sort, elle s’en éloigne peu, et s’y réfugie au moindre bruit. Aussi ne l’aperçoit-on que très rarement, et est-il difii- cile de se la procurer, quoiqu’on l’entende souvent. Lors- qu’elle est sans crainte, elle fait entendre une ou deux fois par minute, tout en marchant ou en sautant dans les buissons, un petit cri modulé que rendent assez bien les syllabes clot, clot. Inquiétée, elle se tait aussitôt, s'enfuit et se cache. Lorsque la tranquillité est rétablie:et que’son inquiétude a cessé, on la voit avancer la tête entre les branches, regarder de tous côtés et sortir enfin en sautil- lant; sa huppe est alors redressée et sa queue dirigée presque verticalement; d’où le nom de Gallito ou petit coq qu’on lui donne quelquefois en Patagonie. Ses mouvements sont en général pleins de grâce et de vivacité, et les mou- vements de sa huppe varient et animent sa physionomie.
‘ La description que j'ai donnée de l'aile de la Rhinomie indique que cet oiseau vole peu et mal. C’est en effet ce qu'a observé M. d’Orbigny. Jamais la Rhinomie ne s'élève que de quelques pieds au-dessus du sol, et on ne la voit guère franchir par le vol une distance de plus de douze
Cr, II, Pr, 3.
ou quinze pas. Il est rare qu’on l’aperçoive sur les bran- ches un peu élevées des arbres, et c’est presque à terre qu’elle fait son nid. Au contraire, et nous aurions pu le conclure encore de l'examen de ses membres, la Rhi- nomie saute et court avec beaucoup d’agilité : souvent même on la voit, comme l’autruche, s’aider de ses ailes pour la marche, et s'enfuir rapidement avec une allure qui n’est exactement ni le vol ni la marche, mais qui tient de tous deux.
Enfin M. d'Orbigny a encore constaté que les Rhinomies vivent isolées, mais qu'il en existe en général dans la même contrée un assez grand nombre d'individus qui semblent s ‘appeler et se répondre presque à chaque in- stant. Leur nourriture consiste tantôt en petites graines, tantôt en petits animaux, et DEA E ns en insectes et en araignées.
Les mœurs particulières de cette espèce, son naturel très craintif et l'habitude qu’elle a de se tenir cachée dans les buissons, font qu’elle est peu connue dans les lieux mêmes où elle est le moins rare : aussi le nom de Gallito que j'ai cité plus haut, et qui est même peu usité, est-il le seul que M. d’Orbigny ait entendu donner à l’intéressant oiseau dont nous lui devons la connaissance.
Is, Georrroy SAINT-HiLAIRE.
30 mars 1532.
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MERLE. Turous,
M. iMPoRTUN pu CAP. Levaillant.
T. importunus. Vieillot. Mémoire lu à la Société d'Histoire naturelle de Paris, Le 4 mai 1832.
Cet oiseau n’est point une espèce nouvelle, puisqu'il est décrit et figuré, dans les oiseaux d'Afrique de Levaillant, sous le nom de Merle tmportun du Cap, et, d'après lui, par Vieillot (Dict. d’hist. nat.), sous le même nom, Turdus importunus. :
_ Levaillant lui donna ce nom parce que souvent, dans ses excursions aux environs du Cap, cet oiseau le suivait, volti- geant d’arbre en arbre et le fatiguant de ses cris continuels, au point (dit-il) de faire prendre la fuite quelquefois à des oiseaux précieux dont il cherchait à s’approcher pour les tirer. :
Le fils de M. Verreaux, naturaliste préparateur revenu depuis peu du Cap, où il a passé plusieurs années, a rap- porté quelques individus de cette espèce, et en a tué lui- même à une vingtaine de lieues du Gap. Il a remarqué effectivement que cet oiseau était très criard, qu’il se ré- fugiait presque toujours dans l’épaisseur des buissons, ou plutôt des grandes bruyères dont le canton qu'il habite est couvert, et d’ou il fait entendre ses cris très fréquents; mais il n’a point remarqué qu’il s’attachât à ses pas en le pour- suivant de ses cris répétés avec cette sorte d’acharnement dont parle Levaillant.
Notre oiseau me paraît tout-à-fait devoir appartenir à cette section du genre Merle que M. Cuvier distingue
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Or Il. 4Per A:
très judicieusement dans son Règne animal (dernière édi- tion), comme paraissant devoir tenir aux Pies-grièches pour les mœurs, sans que la forme de leur bec puisse les faire distinguer des autres Merles. Il est bien certain que les habitudes criardes de l’importun le rapprochent tout-à- fait des Pies-grièches. Sous ce rapport, M. Cuvier range dans ce petit groupe le Turdus zeilonius, Buff., enl. 272; le Tur- dus cafer, Gmel.,enl. 563, ou Merle à cul rouge, Vaill. 107; le Lanius jocosus, Gmel., qui est le Petit Merle huppé de la Chine, Buff., enl. 508; le Turdus capensis, Lath., qui est le Brunet du cap de Bonne-Espérance, Buff., et le Turdus chry- sorrhœus, qui est le Cul d’or, Vaill. 107. On doit y joindre, ce me semble, le Turdus bimaculatus , Horsf.,le même que le ZLanius- bimaculatus, Less., et l’importun de Levaillant, dont il est ici question. Ce groupe me paraît avoir été désigné par M. Horsfeld sous le nom de Pycnonotus, et par M. Temminck sous celui de turdoïde. Û Les caractères les plus marquants de ce groupe sont un bec plus court et un peu plus élevé que chez les merles : ordinaires, muni de chaque côté à sa base de quatre ou cinq poils forts et rigides (fig. a, 8). Ce caractère les rapproche, de même que la brièveté de leurs tarses et de leurs doigts, du genre Crinon criniger, Temm. Les tarses et les doigts sont beaucoup plus courts que chez les merles ordinaires. Levaillant, et, d’après lui, Vieillot ( article Merle du Dictionnaire d'Histoire naturelle de Déterville ), en décri- vantle Merle importun, n’ont nullement fait mention d’un caractère particulier à cette espèce , et qui, à la rigueur, pourrait l’éloigner non-seulement de la famille des mer- les, mais même de toute la division des dentirostres de M. Cuvier. Ce caractère consiste dans la forme de la mandi- bule supérieure (fig. c), qui est terminée par quatre petites échancrures au lieu d’une seule, comme chez tous les den
Ci. IT Pi. 4:
tirostres de Cuvier. Si un seul individu eût présenté ce caractère, on aurait pu penser que-cela était accidentel ou provenant du genre de nourriture particulier à cet oiseau, comme de baies assez dures pour avoir usé les bords des mandibules. Mais j'ai remarqué cette particularité sur quatre individus de cette espèce que j'ai été à même d’ob- server et qui ont été rapportés du Cap par M. Edouard Verreaux. D'ailleurs les quatre échancrures sont disposées de la même manière sur chaque individu, et avec une sy- métrie qui ne permet pas de supposer qu’elles soient ac- cidentelles.
Ce fait est d'autant plus remarquable que c’est, dans toute la famille des dentirostres de Cuvier, la seule espèce offrant un bec serriforme: comme, dans celle des coni- rostres , le seul genre Phytotome, composé aujourd'hui de deux ou trois espèces seulement; dans celle des ténuiros- tres, le genre Ramphodon, Less., Traité d’ornithologie, com- posé d’une seule espèce de colibri, le Colibri tacheté, Tro- chilus nævius,Temm. pl.col.120,f.3, etle genre Souimanga, Cinnyris, Ouv; dans les syndactyles de Cuvier, le seul genre Symé, Syma, Less., composé d’une seule espèce et démem- bré du genre Martin-Pêcheur , 4/cedo, et les genres Calao et Momot.
On voit par là que ce caractère de bec serriforme se ren- contre fort rarement dans les espèces composant la grande division des Passereaux de Linné, et qu’elle a presque toujours donné lieu à la formation de genres particuliers souvent composés d’une seule ou de très peu d’espèces. Pourquoi alors le Werle importun, Vaïll., Turdus importu- nus, Nieillot, qui seul présente ce caractère chez tous les dentirostres de Cuvier, ne deviendrait-il pas l'espèce type d’un genre ou sous-genre dans cette grande famille? Si des ornithologistes plus habiles que moi étaient de cette
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Cr: Il. Pre 4. < - opinion , je pense qu’on pourrait alors désigner ce groupe par le nom générique de Polyodon, Polyodon (La Fres- naye ) ; et l’importun de Levaillant deviendrait alors le Po- lyodon importun, Polyodon importunus (de La Fresnaye ).
Description.
L’importun est long de sept pouces environ ; tout son plumage en dessus est d’un vert olive sombre, un peu verdâtre sur les barbes extérieures des rémiges et des rec- trices : tout le dessous est d’un gris verdâtre sale. Le bec et les pieds sont d’un noir brun ; la mandibule supérieure est terminée par quatre petites échancrures, qui parais- sent terminer autant de petits sillons obliques dans l’inté- rieur de cette mandibule. L’aile en dessous est couleur de soufre pâle. — M. Verreaux l’a rencontré à une vingtaine de lieues du Cap, dans l’intérieur du pays.
Fr. DE LAFRESNAYE.
Casse 11, P£. 5,
PHYTOTOME. PavroromAa. Molina, Daudin, etc.
Mémoire lu à la Société d'Histoire naturelle de Paris, le 4 mai 1832.
L’acquisition que j'ai faite récemment d’un oiseau qui m'a paru, par la-conformation de son bec, devoir appar- tenir au. genre Phytotome, l'incertitude qui existe encore sur les caractères positifs de ce genre, jointe à l'obscurité des descriptions du petit nombre d’espèces qu'on y a rapportées, m'ont engagé, avant de décrire mon oiseau, à publier une notice sur l'établissement du genre et sur 16s
- espèces qu'on y a rangées !.
Le genre Phytotome, Phytotoma, a été créé par Molina dans son Histoire naturelle du Chili, et adopté depuis par la plupart des ornithologistes, quoique l’espèce type sur laquelle il le fonda, le Phytotoma rara, n’existe peut-être
- dans aucune collection, et qu’on n’en ait même pas de figure.
Cette dénomination, phytotoma, formée du grec, signifie coupeur de plantes. Molina (Æistoire naturelle du Chile, pag. 234) assigne à ce genre les caractères suivants : « Ros- » {rum conicum, rectum, serratum ; nares ovalæ ; lingua bre-
[» pis, oblusa. » Puis il décrit ainsi l'oiseau sur lequel il le forma : « Le rara des habitants du Chili est ainsi appelé à » cause de son cri rauque et interrompu, qui exprime à » peu près ce mot. Il est presque de la grosseur d’une
L'existence du genre et de l’espèce type du Phytotoma était encore siobscureet
si incertaine dans ces derniers temps , que Cuvier, dans son Régne animal ( der-
pire édition), n’en fait pas même mention, et que Temminck, en indiquant le genre, dit qu’il en a copié les caractères dans les auteurs, n’ayant jamais élé à
portée de voir aucun oiseau de ce genre.
Cr LE Be 5:
» caille : le bec est assez gros, conique, droit, un peu » pointu, éntaillé en scie d’un demi-pouce de long ; la lan- » gue très courte et obtuse; quatre doigts : le pouce un » peu plus court qne les autres doigts; queue médiocre et » arrondie ; gris obscur sur le dos, un peu plus clair sur » le ventre; les pennes des ailes et de la queue ont des » points noirs. Get oiseau se nourrit de plantes dont il » coupe d’abord les tiges près de terre ; souvent même » par caprice il en arrache une assez grande quantité sans » s’en nourrir, ce qui l’a rendu un objet d’aversion pour » tous les cultivateurs du Chili, qui le poursuivent à ou- » trance, détruisent ses nichées et ont mis sa tête à prix, Il » s’est réfugié dans les endroits couverts et ombragés, où » il niche sur les arbres les plus élevés; et l’espèce en est » considérablement diminuée, soit par suite de cette guerre » à mort que lui font les habitants , ou parce que l'espèce » est peu féconde d'elle-même. » Telle est la DE IRIIo donnée par Molina de son Phyiotoma rara.
Daudin (Ornithologie , tom. 2, pag. 364) adopte ce genre de Molina, et y réunit à son Phytotoma rara, le Guzfso balito, trouvé par Bruce en Abyssinie, et nommé par Gmelin Loxia tridactyla. « Get oiseau d’Abyssinie, dit-il, ne se » nourrit pas de jeunes plantes, comme celui du Chili; il » vit solitaire dans les bois, y brise des noyaux pour man- » ger l’amande qu’ils renferment. Il n’a que trois doigts, » deux seulement en avant et un en arrière; le bec est » brun , conique et dentelé; la tête, tout le devant du col » sont rouges ; le reste du plumage est noir avec le man- » teau d’un brun un peu verdâtre, et les grandes couver- » tures des ailes, en forme d’écailles, sont noires, bordées » de blanc olivâtre ; la queue est un peu fourchue. » Cet oiseau, que Daudin a figuré d’après un dessin qui lui avait été envoyé de Hollande, et qu’il désigne sous le nom de
Gen Pis,
Phytotome d’Abyssinie, forme la seconde espèce décrite.
Vieillot (Dictionnaire d'histoire naturelle, tom. 26, pag. 64, article Phytotome) forme dans ce genre deux subdivisions, l'une composée des espèces à quatre doigts, l'autre de l'espèce à trois doigts. Dans la première, il range le Phy- totoma rara, ou chilensis, de Molina, et y ajoute le Phyto- tome du Paraguay, Phytotoma rutila Vieillot, qui est le Dentato d’Azara.Ce dernier, dans son Histoire du Paraguay, tom. 3, pag. 226, décrit ainsi son Dentato : « Bec pointu ,un » peu courbé, robuste ; la mandibule inférieure beaucoup . » plus large et un peu moins longue que la supérieure, » dont les bords ont, surtout à l’intérieur, des dents fines, » qu'on ne distingue bien qu’en ouvrant le bec; la man- » dibule inférieure est également garnie de dents moins » apparentes ; front, gorge, haut du col par-devant, et bas- » ventre, d’un roux vif; une longue tache de la même » couleur sur les côtés de la poitrine; le reste de cette » partie et du devant du col couverts de plumes à barbes » presque blanches et à tiges d’une teinte un peu moins » claire; la tête, le dessus du col et du corps d’un brun » lavé de vert; les scapulaires noirâtres dans leur milieu ; » les couvertures et les pennes des ailes de cette teinte, les » premières bordées et tachetées de blanc, les pennes » frangées de verdâtre; les deux plumes du milieu de la » queue noirâtres. Longueur, 7 pouces ; queue, 3 pouces ; » longueur du bec, 5 Hg. :/,; hauteur du bec, 3 lig.:}.. » Vieillot ajoute : Sonnini regarde cet oiseau comme une espèce très voisine du Phyiotoma rara, si ce n’est pas lui- même. Vieillot range ensuite dans a seconde section le Pope d’Abyssinie, où Ge balito de Bruce, la seule espèce à trois doigts connue juqu'à ce jour.
M. Benjamin Leadbeater (Trans. lénn., tom. 16, 1" part., pag. 65), décrivant quelques espèces nouvelles d’oiseaux ,
LA
Gi Pe. 5.
rapporte au genre Phytotome, sous le nom de Phytotoma ferreo-rostre, Phytotome bec de fer, un oiseau dont il déter- mine ainsi les caractères : « Bec court, très gros, très large » à la base, remarquable par une dimension et une force » surpassant celles de tous les loxias, denté en scie irrégu- » lièrement; la mandibule supérieure armée à sa base » d’une forte dent; commissure anguleuse et déjetée en » bas; ailes courtes, arrondies ; les 3°, 4°, 5° et 6° rémiges » presque égales et les plus longues; queue médiocre, » arrondie;tarses médiocres, scutellés, etc. » Il décrit ainsi le plumage : « Brun ; la tête, la gorge et la queue en-dessus » rousses, le bec énorme et noir, les ailes brunes, les rémi- » ges en-dessus d’un brun noirâtre, en-dessous noirâtres ; » les deux rectrices du milieu dela queue rousses en-dessus, » toutes les autres ayant leurs barbes extérieures de cette » couleur et leurs barbes intérieures noirâtres ; tout le » dessous de la queue noirâtre. Longueur totale, 5 pouces » 4 lignes. » M. Leadbeater, après avoir rapporté son es- pèce nouvelle au genre Phytotome de Gmelin, ajoute que le bec est d’une dimension si extraordinaire, et que l’oi- seau présente dans son ensemble des caractères si parti- culiers, qu'il ne doute pas qu’il ne düt former un groupe distinct dans le genre Pliytotome, si des ornithologistes plus heureux que lui étaient à même de pouvoir comparer sa nouvelle espèce avec celles de ce genre déjà connues, avantage qu’il n’a pas-encore eu, n'ayant jamais vu aucun individu du vrai Phytotome. Il ajoute encore, quant aux proportions extraordinaires du bec de son espèce, que les branches de la mandibule supérieure s'étendent sur les côtés au-delà du bec lui-même, de sorte que l’espace entre elles est de 9/,, d’un pouce, tandis qu’entre celles de la mandibule inférieure il n’est que des /,.. Il n'indique - pas sa patrie et n’en donne pas la figure.
Car PL.
De ces quatre différentes espèces, on peut conclure, ce me semble, que deux d’entre elles, le Guifso balito de Bruce, cité par Buffon et Daudin , et le Phytotoma ferreo- rostre ( Leadbeater), présentent des caractères tout-à-fait particuliers à chacun d’eux, et qui les éloignent spécifique- ment des deux autres : ce sont , chez le premier, des pieds tridactyles; et chez le second, un bec à mandibule supé- rieure munie d’une forte dent à sa base, et si démesuré- ment volumineux que les branches de cette mandibule supérieure ont :/,, de pouce d’écartement chez un oiseau qui n’a en tout que à pouces :}, de longueur totale, ce qui est presque monstrueux. Quant aux deux autres espèces, le Phytotoma rara et ie Dentato d’Azara, ou Phytotoma ru - “la de Vieillot, ils pourraient ne former qu’une espèce, comme l’a pensé Sonnini, en supposant que l'individu dé - crit si imparfaitement par Molina, quant au plumage (gris obscur sur le dos, un peu plus clair sur le ventre), füt une femelle ou un jeune privé de la couleur rousse qu'Azara a remarquée sur la tête et sur le ventre de son Dentato. Toutes ces espèces, ainsi que celle que je vais décrire, présentent toutefois un caractère commun , le seul géné- rique, ce me semble, pour le genre Phytotome : c’est un bec voisin de celui des Pritylus (Cuvier), mais à mandibule
- supérieure finement dentée en scie.
L'espèce que j'ai en ma possession semble se rappro- cher, par son plumage surtout, du Dentato d'Azara, Phy- totoma rutila Vieillot. Tout le dessus est d’un olive sombre, un peu roussâtre, avec toutes les plumes noirâtres dans leur inilieu, le long de leur tige. Le dessus de la tête est d’un roux vif de cannelle; les plumes en sont un peu alon- gées et comme disposées à s'élever un peu en huppe. Cette mème nuance, quoique affaiblie, se remarque mêlée au roussètre qui borde les plumes de la nuque et du der-
OIL Bet. rière du col. Les ailes sont noirâtres, les pennes primaires, depuis la troisième et suivantes, sont finement bordées d'olive blanchâtre; les secondaires, surtout celles qui recou- vrent l’aile en-dessus, le sont largement de roussâtre, teinté
légèrement du roux cannelle de la tête; quelques-unes des petites couvertures de l’aile et toutes les moyennes sont blanches; les plus voisines du dos parmi celles-ci ont une tache noire sur leurs barbes intérieures ; les grandes couver- tures sont terminées de blanc et finement bordées de cette teinte cannelle, mais affaiblie, de la nuque. Ilrésulte de cette disposition de couleurs, que l’aile barrée en travers par deux bandes blanches, la première à l'épaule, moitié plus large et d’un blanc un peu plus net que la seconde, qui est vers le tiers de la longueur. La gorge et le devant du col sont d’un blanc mêlé de roux clair; la poitrine et tout le dessous sont de ce même roux-cannelle du dessus de la tête, mais un peumélangé de gris roussâtre,surtout vers les flancs et l'anus; les couvertures inférieures de la queue sont roux-cannelle; la queue est noirâtre; la penne extérieure est finement bordée de blanc ; toutes les suivantes, excepté les deux du milieu, sont noires sur leur côté extérieur, et roux-cannelle sur toutes leurs barbes intérieures, excepté à leur origine et à leur extrémité, sur le dernier quart de leur longueur, où elles offrent la même nuance noirâtre de leur bord ex- terne : on y remarque toutefois à leur fine pointe une pe- tite tache angulaire rousse; les deux pennes du milieu sont entièrement noirâtres dans toute leur longueur, mais plus pâles à leur base ; la queue, vue en-dessous, est d’un gris noirâtre à la base et à l'extrémité, et est traversée dans son milieu par une large bande rousse qui occupe plus du tiers de sa longueur ; le croupion et les couvertures su- périeures de la queue sont semblables au dos; les tarses et les doigts sont assez gros et alongés, les ongles longs et
Con Pr 5
arqués. Le bec étant fermé offre aussi le même ensemble de formes que celui du Dentato :il est gros, bombé en-des- sus , large à la base, arqué dans sa longueur, à peu près comme chez les Colious,à mandibule supérieure {f. A. a.) fi- nement dentée en scie sur ses bords, à mandibule inférieure (£. B. 8:) plus large à sa base et non dentée sur ses bords. En comparant cette description avec celle du Dentato, Phytotoma rutila Vieïillot, il est impossible de n’y pas re- . marquer les plus grands rapports, et je suis très porté à croire que c’est le même oiseau: la teinte rousse du dessus de la tête et du dessous du corps, mêlée de blanchâtre sur le devant du cou et de la poitrine, se retrouve chez les deux oiseaux, et serait, je n’en doute pas, d’un roux uni- . forme sans mélange de blanc, si mon oiseau était parfai- tement adulte. Tout le dessus du corps à plumes noirâtres dans leur milieu, les couvertures et les pennes des ailes éga- lement noirâtres, mais les premières bordées et tachetées de blanc, et les secondes frangées de verdâtre ; les deux plumes du milieu de la queue noirâtres : tous ces détails du Dentalo se retrouvent exactement chez notre oiseau. Azara donne au Dentalo 7 pouces de longueur; le nôtre n’en a que 6 tout au plus : celui-là était du Paraguay ; le nôtre a été rapporté du Pérou. Mais ces différences de taille et de localités ne suffisent pas, ce me semble, pour détruire l’identité très probable de ces deux oiseaux, d’après les rapports nombreux qui paraissent exister entre eux; et si le Dentato d’Azara, Phytotoma rutila Vieïllot, était effectivement (comme le pense Sonnini) le même oiseau que le Phytotoma rara , on pourrait regarder mon oiseau comme étant ce Phytoioma rara, qui habiterait non-seule- ment le Chili, mais aussi le Paraguay et même le Pérou. Je suis d’autant plus porté à le croire, que je viens d’avoir l’occasion de voir trois peaux arrivant de Valparaiso, tout-
Cr. IE Pr: 06:
à-fait semblables à notre oiseau quant aux formes et aux proportions : chez l’une, le dessus de la tête et tout le dessous du corps étaient uniformément roux; chez les deux autres, le dessus de la tête était semblable à tout le dessus du corps, et le dessous, au lieu d’avoir la teinte rousse du rutila et de mon oiseau, était à peu près de la couleur du dos, mais plus clair. Il n’y a pas de doute que ce ne soient un mâle et deux femelles de la même espèce, et il est bien probable que c’est une femelle aussi que Mo- lina aura décrite dans son PAytotoma rara.
Jusqu'ici je me suis contenté de décrire le-bec de mon oiseau dans son ensemble, lorsqu'il est fermé, et tel qu'il l’aura été sans doute par Molina et Azara, pour faire apercevoir plus facilement les rapports de leurs descrip- tions avec mon espèce; mais étant parvenu à l’ouvrir, j'ai remarqué, dans l’intérieur, des caractères si particuliers et si nouveaux en ornithologie,que je crois indispensable d’en donner ici une description détaillée.
J'ai déjà dit que ce bec avait la mandibule supérieure arquée d’une manière sensible dans sa longueur, dans le senre de celui des Colious ; elle est d’une teinte de corne ; l'inférieure est gris blanchâtre; elle entame les plumes du front angulairement, et dans cette partie elle semble s’é- lever un peu en forme d’arête arrondie, par suite de deux légères dépressions parallèles qui règnent de chaque côté entre cette arête et le bord supérieur de la fosse nasale. Ce bord se trouve par là un peu relevé en forme d’un petit bourrelet qui se prolonge, ainsi que la dépression , au- delà de la fosse nasale , jusqu’à moitié de la longueur du bec à peu près; au-dessous de cette fosse nasale, les bords de la mandibule, surtout vers la base, sont fortement rentrés en-dedans, ce qui forme encore une espèce de bourrelet régnant au bord de l’ouverture du bec. Cette
Ci: 11. PL. 5.
mandibule supérieure est bien distinctement dentée en . scie dans toute sa longueur. La mandibule inférieure, vue de profil (le bec étant toujours fermé ), présente peu d’é- lévation, comparativement à la supérieure ; ses bords sont également très rentrants en-dedans, mais non dentés en scie ; ils sont contigus à ceux de la mandibule supérieure, en sorte que l’une ne déborde pas l’autre, excepté à la base du bec, où cette mandibule inférieure est sufmontée, de chaque côté, d’une dent en forme de lame verticale arron- die en dessus et emboïtant, dans cette partie seulement, la base de la mandibule supérieure. Mais lorsque le bec est ouvert, il présente, le long des bords des deux man- dibules, une espèce de petit canal intérieur, puis un rebord denté ou strié, qui, dans la mandibule supérieure, ne des- cend pas aussi bas que le bord extérieur, mais qui, dans la mandibule inférieure, s’élève plus que ce même bord. Cette complication des bords des mandibules, qui sont comme doublés et composés d’un bord externe et d’un bord interne, séparés par un petit canal, rétrécit tellement la cavité intérieure du bec, qu’elle ne forme plus, surtout dans la mandibule inférieure , qu’une gouttière de la lar- seur à peu près du tiers de cette mandibule. Il doit ré- sulter de cette conformation singulière dans l’ensemble du bec que ces rebords internes denticulés s’engrenant les uns dans les autres de la manière la plus intime, par suite des petits canaux correspondants, l’oiseau doit avoir de puissants moyens de couper et broyer les plantes dont il se nourrit, au rapport de Molina, le seul auteur qui lait observé vivant dans son pays natal.
Si mon espèce ( comme je le présume fortement ) est la même que le Phytotoma rutila Vieïllot, le Dentato d’A- zara, et que celui-ci ne soit autre que le mâle du Phy- totoma rara de Molina , les caractères du genre Phytotoma
CRUE PE; 4 ’
seraient bien plus compliqués que cet auteur ne les a établis d’abord ; ou, s’il n’y a pas identité, mon oiseau, que je crois toutefois le Rutila de Vieillot, deviendrait, par la bizarre conformation de son bec, le type d’un genre nouveau des plus remarquables, puisque ce bec présente des caractères de forme inconnus jusqu'alors et qu'on peut définir ainsi :
« Bec gros, convexe, arqué dans sa longueur; mandi- » bules ayant leurs bords rentrants en-dedans, la supé- » rieure entamant les plumes du front angulairement et » ayant ses bords dentés en scie; fosses nasales surmon-— » tées d’un pli ou bourrelet arrondi, se prolongeant paral- » lèlement à l’arête du bec, dont il est séparé de chaque » côté par une légère dépression; mandibule inférieure » ayant ses bords unis et étant munie à sa base d’une dent » en forme de lame verticale arrondie en-dessus, et re- couvrant la base de la mandïbule supérieure. Ces deux mandibules ayant intérieurement un rebord dentelé et
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» strié parallèle au bord extérieur, dont il est séparé par un » canal ou gouttière de chaque côté; la cavité des mandi- » bules rétrécie par ce reboïd interne, et n’occupant plus » que le tiers de la largeur totale de ces mandibules :. »
Il serait intéressant de s’assurer s’il existe dans aucune collection quelque espèce du genre Phytotome différente de celle que je viens de décrire, et si ces espèces, ainsi que le Phytotoma ferreo-rostre de Leadbeater, qui est probable- ment en Angleterre, présentent la même conformation de bec que notre oiseau, ou si elles n’ont de remarquable que des mandibules dentées en scie, seul caractère marquant
1 On peut aisément se faire une idée de cette conformation, en voyant, au bas de la planche ci-Jointe , le dessin des deux mandibules sur leur face interne ; la mandibule supérieure a la lettre a; la mandibule inférieure a la lettre b.
Cz: II. PL. 5. assigné au genre par Molina , Gmelin, Daudin et Vieillot. Dans ce dernier cas, le genre Phytotome formerait deux groupes bien distincts, l’un remarquable par des mandi- bules simplement dentées en scie, tel que l’ont caracté- risé les auteurs, et l’autre par une conformation intérieure de bec telle que je viens de la décrire.
J'avais terminé mes recherches sur ce genré, et déjà même mon oiseau était figuré pour paraître dans le Maga- sin de zoologie ; j'avais même parcouru la plus grände par- tie des ouvrages d’ornithologie que renferme la riche bi- bliothèque de M. le duc de Rivoli, et dans laquelle on m'a permis si obligeamment de faire des recherches, lors- que j'y ai enfin trouvé, dans un ouvrage de William Jar- dine, la description et la figure d’un oiseau sous le nom de Phytotoma Bloxami, Bloxam’s plant-cuiter, que j'ai re- connu , à n'en pouvoir douter, pour être le même que le nôtre.
L'auteur, croyant nécessaire de revenir sur ce qui a été écrit sur le genre Phytotome, à cause de son obscurité, ainsi que je l'ai fait moi-même, cite les différentes es- _ pèces décrites ou figurées, et qui, d’après lui, se bornent à trois : le Phytotoma rara de Molina, le Guifso balito de Bruce, et le Phytotoma rutila de Vieillot ; mais il omet le Phytotema ferreo-rostre, publié par Leadbeater dans les Transactions linnéennes (décembre 1825). Il décrit ensuite, sous le nom de Phytotoma Bloxami , un oiseau rapporté du Chili par lord Byron, tué à Valparaiso, présenté au Bri- _tish-Muséum par les lords commissaires de l’amirauté, et nommé Phytotoma Bloxami en l'honneur du naturaliste qui avait accompagné lord Byron. Je suis étonné que l’au- teur, qui cite le Phytotoma rutila de Vieïllot, n’ait pas été frappé des rapports extraordinaires qui se trouvent dans sa description et dans son Phytotoma Bloxami, qui est aussi
es
Ge: Li Pig
notre oiseau; rapports tels, que je suis persuadé qu'il y a identité.
En résumé, je suis très porté à croire, surtout depuis que j'ai eu occasion de voir, parmi des peaux nouvellement envoyées de Valparaiso au Muséum, deux ou trois indi- vidus mâle et femelle de là mème espèce que le nôtre qui vient du Pérou, et d’après les rapports de plumage de la femelle avec la description de Molina, que le Phytotoma rara de-cet auteur n’était autre que la femelle du Dentato d’Azara, Phyiotoma rutila Vieïllot, que je regarde comme notre espèce décrite et figurée ici, et qui serait aussi le Phytotoma Blorami de William Jardine. Il résulterait de ce rapprochement, qui me paraît tout-à-fait vraisemblahle, que le Phytotoma rara habiterait non-seulement le Chili, où Moïina en aurait décrit le premier une femelle, mais aussi le Paraguay, où Azara en aurait décrit un mâle sous le nom du Dentato, et probablement aussi le Pérou, puisque “j'ai acheté cet oiseau dans un petit lot rapporté de ce pays.
/
Fr. DE LAFRESNAYE. Mai 1832.
Nota. Nous avons vu, dans la belle collection rapportée de San-lago par M. Gay, des individus mâles de cette espèce un peu plus grands que celui que nous figurons ici. Le dessous de leur corps est uniformément teini d’un rouge cannelle un peu plus intense. M. Gay a rapporté le nid et les œufs de cet oiseau: il est probable qu'il les fera connaître bientôt ; aussi nous abstiendrensnous d'anticiper ici sur sa publication à ce sujet. é
Guérin,
Casse II. Pr. G.
JACANA. ParraA 1. Lun.
La série ornithologique nous offre peu de genres aussi remarquables que celui des Jacanas. Leurs caractères ex-
-térieurs et leur organisation, leurs mœurs, leur distribution
géographique, méritent presque au même degré de fixer l'attention, et offrent également quelque chose d’anomal.
Ainsi, pour ce qui concerne les caractères extérieurs, ces oiseaux ne sont pas seulement remarquables par les pro- portions de leurs doigts, tellement développés que la lon- gueur du pied est égale aux trois quarts de la longueur totale, et par l’éperon alongé et très aigu qui, dans une espèce, arme chacune des ailes; mais d’autres caractères non moins intéressants sont offerts par presque toutes les parties du corps. Les ongles des doigts antérieurs sont extrémement longs, parfaitement droits, pointus et irès comprimés ; et les ongles des pouces, plus comprimés en- core, plus aigus et deux fois plus longs, sont légèrement
- arqués, non pas en bas comme à l'ordinaire, mais en haut:
on ne saurait donner une idée plus exacte de ces derniers que par leur comparaison avec une lame de sabre. (fig. à).
Toutes les phalanges sont, comme les ongles, alongées et comprimées; elles sont bordées des deux côtés et sur toute leur étendue d’un prolongement membraneux fort étroit. Les aïles, de longueur moyenne, ont leurs quatre premières pennes toutes à peu près égales. Il: n’est pas
x Je me conforme à l'usage en adoptant comme génériques en français le nom de Jacana, en latin le nom de Parra, qui n’a aucun rapport avec le premier. De ces deux mots, le premier, déja employé par Marcgrave, a été consacré par lPautorité de Buffon, le second par celle de Linné et de tous les naturalistes Lin- néens. Ce n’est pas ici le lieu de montrer comment l’ornithologie, ayant été créée presque simultanément par Buffon et par Linpé, s’est trouvée dès son origine dotée ou, pour mieux dire, embarrassée de deux nomenclatures établies sur des bases totalement différentes : mais je signalerai du moins comme compliquant d'immenses difficultés l'étude de l’histoire uaturelle des Oiseaux, cette termino- logie éminemment vicieuse qui attribue si souvent deux noms au même objet, quand la série des mots strictement nécessaires dépasse presque déjà les facultés d’une
mémoire ordinaire.
i 14 L
Cr. IE. PL. G.
exact, comme on le dit dans un grand nombre d'ouvrages, même récents, que l'existence au poignet de l’aile d’un éperon corné, très aigu, soit un caractère générique poux les Jacanas. On ne retrouve, en effet, dans la plupart des espèces qu’un rudiment de cet éperon, rudiment qui con- siste dans une sorte de capsule cornée revêtant une petite tubérosité osseuse, et cachée sous les plumes tectrices du fouet de l’aile. C’est, comme on le voit, un petit ongle alaire, très analogue à celui qui termine les pouces rudimentaires d’un grand nombre de mammifères.
Le bec est grêle, aussi long-ou un peu plus long que le reste de la tête, un peu renflé vers son extrémité : la man— dibule inférieure est plus courte que la supérieure. Les narines, de forme ovalaire, sont ouvertes à peu près dans la portion moyenne du bec, qui se trouve en ce point percé d’outre en outre. Le dessus de Îa tête présente ordi- nairement chez les adultes une large nudité, se continuant en avant avec la racine du bec, et offrant à peu près la même étendue dans toutes les espèces. Enfin, la racine du bec et le dessus de la tête sont quelquefois surmontées d’une crête membraneuse très comprimée et verticale.
Les Jacanas sont des oiseaux très sauvages, vivant dans les marais et sur les bords des ruisseaux et des étangs, et y recherchant surtout les insectes aquatiques et les petits mollusques. Ils se serventavec beaucoup d’adresse de leurs longs doigts pour courir en quelque sorte à la surface des eaux en s'appuyant légèrement et rapidement sur les larges feuilles des plantes aquatiques. Ils construisent leur nid au milieu des roseaux, et souvent même pondent sur des feuilles, et presque sans avoir fait aucun apprèt, des œufs qu'ils ne couvent guère que la nuit, d’après les SU que M. d’Orbigny a faites récemment sur les espèces amé- ricaines, et qu'il a bien voulu me communiquer. Les es- pèces dont les ailes sont armées d’éperons, se servent de
es nf TE ot ec tn he
ED EI PE 6.
ces armes pour combattre entre eux, et ils se défendent même à coups d'ailes contre des oiseaux de proie d’une assez grande taille. | On ne connaît encore qu'un petit nombre de Jacanas 1, tous habitants des contrées chaudes et principalement de la zone intertropicale, et répandus également en Amérique et dans l’ancien monde : les deux continents possèdent même. des espèces extrèmement voisines à tous égards, et se ressemblant jusque par leurs couleurs. La distribution méthodique de ces oiseaux n’est donc point en harmonie avec leur distribution géographique, ainsi que cela a lieu très généralement pour les genres intertropicaux composés d’un petit nombre d'espèces. On connaissait déjà des Jacanas dans presque toutes les contrées chaudes de l’ancien monde, par exemple dans plusieurs parties de l'Afrique, dans l’Inde continentale et dans l’Archipel indien. Noûs devons à M. Goudot de savoir que le genre existe aussi à Madagascar, et s’y trouve repré- senté par une espèce distincte. Cette espèce est celle dont : la description va suivre.
J. À NUQUE BLANCHE. P. albinuca. Is. Geoffr.
Cette espèce ne nous présente aucune nuance de couleur qui ne se retrouve dans un ou plusieurs des Jacanas déjà connus ; mais ses couleurs sont distribuées non seulement d’une manière différente de celle que nous observons dans
- les autres espèces, mais même en sens précisément inverse.
Aïnsi, plusieurs Jacanas ont la gorge blanche et le derrière du col noir; notre nouvelle espèce a au contraire le col com- plètement noir en avant et complètement blanc par der- rière : disposition de couleurs qui forme pour elle un ex-
À
1 Les auteurs en comptent jusqu'à douze; mais plusieurs de leurs prétendues espèces résultent de doubles emplois, ou sont établies sur de jeunes sujets.
Ci HT PE 6;
cellent caractère spécifique. Du reste, le corps est tout en- tier roux-marron , et les ailes sont d’un noir profond. La queue, très courte, comme à l'ordinaire, est irrégulièrement variée de roux et de noir, et ses couvertures supérieures sont en grande partie blanches. Enfin, on remarque au bas du col quelques plumes d’un jaune doré qui, existant à la fois en avant et latéralement, sont disposées en demi-cercle, ou, si l’on veut, forment un demi-collier très peu apparent.
Quant aux proportions et aux formes du Jacana à nuque blanche, il me suffira de dire qu’elles sont les mêmes que dans les autres espèces. Ses dimensions sont les suivantes :
Hauteur totale. - .L'. : . © +. 4h. : + # 10 pouces. » Henes Longueur de l'aile. . . . .. . . . . .. .... 6 6
4 du:tarsesurs, 2-0 sten ste vais TS 8
— de la partie rue de la jambe. . . . . x 6
= la het: Mie nt ei à à 250 ie 2
A cette description, j'ajouterai qu’il n’existe aucune trace de crête membraneuse ni sur le bec ni sur le front, mais que la nudité de la tête est fort étendue, et couvre presque toute la face supérieure du crâne. Enfin, l’éperon alaire n’est représenté, comme dans la plupart des espèces, que par une petite tubérosité osseuse que revêt un petit ongle (fig. a).
Les mœurs de cette espèce ne nous sont pas connues d’une manière spéciale; mais nous pouvons espérer que cette lacune dans son histoire sera comblée par M. Goudot, qui est retourné à Madagascar pour continuer l'exploration de cette île jusqu’à présent si peu connue.
Isin.-GEorrroY-SaINT-HiLAIRE. 25 juillet 1832.
Grasse IT. Pr: -.
Sur l'importance de la forme des pieds comme caractère génc- rique chez les Passereaux , et en particulier chez les Picu- cules, les Sittines, les-Fourmiliers, etc.
M. Cuvier, dans son Règne animal, en établissant les caractères de l’ordre des Passereaux, y forme deux divi- sions d’après la forme des pieds. La première comprend les genres où le doigt externe est réuni à l’interne seule- ment par une ou par deux phalanges; et la seconde, autre- ment les Syndactyles, comprend ceux où le doigt externe, presque aussi long que celui du milieu, lui est uni jusqu’à l'avant - dernière articulation. 11 détermine ensuite les senres d’après la forme générale du bec. Ce mode de dé- termination des genres ne doit pas, ce me semble, être ri- soureusement admis pour tous, car dans certains genres (le genre Picucule, Dendrocolaptes, par exemple), le carac- tère générique tiré du bec devient nul, puisque la plupart des espèces différent entre elles par la forme du bec, qui offre toutes les nuances de longueur et de courbure ; depuis l'espèce nommée par M. Temminck le Grimpart promerops, Dendrocoläptes procurvus , col. 2°, qui rappelle téut-à-fait le bec du Proméréps, mais beaucoup plus long à propor- tion, bien plus arqué dans sa longueur, et comprimé en lame dès sa base, jusqu'au Grimpart fauvette, Dendroco- laptes sylviellus du mème auteur, dont le bec est celui d’un bec-fin. Entre ces deux espèces, placées comme les jalons les plus éloignés du genre, il s'en trouve à bec de Sittelle (le Talaprot, Buff.) ; à bec deux fois plus long que la tête, droit et arqué seulement au bout (/e Nasican, Vaill.); d’au- tres à bec de merle, ou plutôt de tyran (Dendrocolaptes tur- dinus, Lichtenstein); et enfin d’autres à bec se rapprochant plus ou'moins de celui des guépiers et des soui-mangas, les Picucules à gorge blanche (Wieillot) de Cayenne ; Dendroco- laptes platyrostris, falcirostris, tenuirostris (Spix et Lich- tenstéim). La nature, en variant ainsi à l'infini la forme du bec des Picucules , semble nous prouver la nullité du carac- tère générique, pris de la forme du bec dans ce genre, tandis qu’elle nous indique d’une manière évidente qu’ils doivent être réunis en un seul groupe, les autres parties du
18
CR IT
eerps, telles que les pieds, la queue, et les couleurs méme du plumage, offrant des caractères tout- à-fait particuliers à ce genre, et des rapports parfaits d'identité générique entre toutes ces espèces. Toutes effectivement se font remarquer par des pieds dont les deux doigts externes et intermé- diaires sont absolument de la même longueut (lun ne dé- passant pas l’autre à leur extrémité, {tandis que l’interne est fort court; tous trois sont armés d’ongles assez forts, com - primés, et absolument de même dimension : le pouce est court; l’ongle en est un peu moins recourbé que ceux des doigts antérieurs , et n’est que très léoèrement plus fort. Cette disposition donne aux pieds des Picucules une forme toute particulière qui ne se retrouve chez aucun oiseau. Tous ont les pennes de la queue raides, les baguettes dé- passant plus ou moins l’extrémité et formant des pointes ou droites ou contournées plus ou moins en spirale; tous encore ont les ailes et la queue de couleur brun-roux, le dos brun-olivâtre , et la plupart ont sur la tête, le cou et-la poitrine, des taches alongées en forme de flammettes de _ couleur claire. On ne peut douter, d’après cette forme de queue et de pieds commune à toutes les espèces, qu'ils ne soient grimpeurs comme notre Grimpereau d'Europe. Je suis étonné, d’après cela, que M. Cuvier, dans la dernière édition de son Règne animal, ait retranché de ce genre; si bien caractérisé, une des espèces (la Picucule à bec de fau- vette, Dendrocolaptes sylviellus, Temin.), pour le réuair aux Synnalaxes , dont les pieds sont conformés d’une manière toute différente, et dont la queue n’est terminée en petites pointes que chez quelques espèces, n’offrant point d’ailleurs cette raideur de pennes que l’on remarque chez les Picu- cules comme chez les Pics. M. Lesson, dans son Traité, dis- trait du genre, non-seulement ce Picucule fauvette dont il fait le genre Sylviette, Sittasomus (Swains.), mais il en re- tire aussi le Prcucule nasican dont il fait le genre Nasican, Nasica; le Picucule promerops, dont il fait le genre Falai- rostre ; et enfin les Pricucules tenutrostris et bivittatus, de Spix; pour en former son genre Grimpic, Picolaptes. Cette mul- tüiplicité de genres, démembrés d’un groupe qui offre dans toutes ses espèces plusieurs caractères communs et si faci- les à saisir, me paraît en opposition avec ce que la nature semble avoir indiqué elle-même. |
Crasse Il. PL. 7.
SITTINE. XENors. IlUlig., Vieill., T'emm., Pad).
Cette conformité remarquable dans les pieds de toutes les espèces du genre Picucule m’ayant fait examiner avec plus de soin la forme des pieds dans les autres genres d’oi- seaux, j'ai voulu reconnaître celle que M. Temminck assigne à son genre Sittine Xenops, dans son Analyse du système général, et daus ses planches coloriées. Au caractère tiré de la forme du bec, il réunit celui des pieds en ces termes : « Pieds médiocres, les doigts latéraux à peu près égaux, » l’externe uni jusqu'à la seconde articulation, l’interne jus- » qu'à la première.» M. Vieillot, qui, plusieurs années au- paravant, avait également adopté ce genre d'Illiger, en dé- finit ainsile caractère tiré des pieds. (Dict., vol. 51, pag. 357): « Doigt intermédiaire uni à l’externe jusqu'au-delà du nm- » lieu, et à l’interne par la base. » J’ai reconnu parfaitement ce caractère chez la Sittine Hoffinansegg, Xenops genibarbis Allig., col. 15o-1), et chez la Sittine bibande, Xenops rutilus (Licht. Catal., page 17, et col. 52-2); mais je ne l’ai reconnu
'
que chez ces deux espèces, et point chez la Sittine anaba-
toïide (Temm., Col. 150-2), qui a les pieds conformés d’une manière toute différente, Les doigts latéraux étant tous deux séparés de l'intermédiaire dès la base, et à la même distance de chaque côté, comme chez les Anabates, et le pouce étant armé d’un ongle très puissant, comme chez les Sittelles. Vieillot , qui, comme je l'ai dit plus haut, avait adopté ce genre Sittine, n’y avait point rangé cette espèce, qu'il dé- crit au contraire comme une Sittelle (Dict., vol. 31, p. 331) - sous le nom de Sittelle brune, Srtta fusca, nom spécifique qu'on aurait dû lui conserver, puisque cet auteur l'avait dé- crite.et nommée le premier (1). D'après sa description, 1l est
(1) Je suis étonne que l’on ne consulte pas davantage, pour la détermination des espèces.. les nombreuses descriptions d'oiseaux données par Vieillot dans le D:c- tionnaire d'histoire naturelle de Déterville, S'il s’est contenté quelquefois de citer littéralement celles un peu trop succincies de Buffon, souvent aussi il a fait con- #aître avec des détails circonstanciés les caractères de forme et de plumage, et les mœurs même d’un grand nombre d’espéces américaines qu'il avait observées par lui-même pendant son séjour en Amérique. Parmi celles-ci se retrouvent quelque- lois des espèces que l’on a décrites depuis comme nouvelles, telles que la Sittine auabalaïde de Temminck, présentée comme nouvelle par cet auteur dans ses plan-
»
Le
"GL:UFE, ag 5!
mmpossible de ne pas reconnaître la Sittine anabatoïde de Temminck ; il ajoute même que « cette Sittelle brune, Sit- » a fusca, qui se trouve au Brésil, ayant le bec glabre à sa » base et plus pointu que les autres &ttelles doit faire une » section de ce genre dans laquelle on pourrait encore clas- » ser quelques individus apportés de la même contrée, et. » quisont au Muséum d'histoire naturelle. » Cette section, que Vieillot avait en vue en 1810, est, il n’y.a pas à en douter, le genre Anabate que Temminck a formé depuis. Il est facile de se convaincre dès-lors que la Sittine ana- batoïde de Temminck, qui est la Sittelle brune de Vieillot, a bien un bec de Sittine, ce qui avait déterminé Femminck à la placer dans ce genre ; mais qu’elle n’en a nullement les pieds, tels qu'il les décrit lui-même dans les caractères du genre, et que ces pieds ont au contraire un rapport très marqué avee ceux des Anabates, dont ils ne diffèrent que par ùn pouce un peu plus long, armé aussi d’un ongie plus fort. | Comme je possède une seconde espèce que je vais dé- erire, et qui, comme la Sittine anabatoïde de Temminck, réunit à un bec de Sittine des pieds d’Anabate, ayant seu- lement le pouce et l’ongle du pouce plus forts à proportion, 1 serait assez naturel, ce me semble, de faire de ces deux espèces une subdivision des vraies Sittines, sous le nom de Sittines anabatoïdes, nom qui exprime bien leur double rap- port avec les deux genres, faisant ainsi du nom spécifique de Temminck le nom de la subdivision nouvelle, et don- nant à l’espèce type sa Sittine anabatoïde le nom de Sittine brune, Xenops fuscus,que Vieïllot lui avait imposé plusieurs années auparavant en 1819. Je crois donc pouvoir adjoindre
U
ches colorices, décrite en 1823 dans le Catalogue des daubles de Berlin, page 41, sous Île nom de Sphenura albicollis, par le professeur Lichtenstein, et que Vieillot avait décrite plusieurs années auparavant , de manière à ne pas s’y méprendre, sous le nom de Sittelle brune, Sitta fusca, dans le volume 31 du Dietionnaire publié en 1819. Telle est encore une espéce des plus intéressantes, puisqu'elle se trouve- la seconde connue du genie Rhynchée, Rhynchæa, Cuvier, qu’elle est particu- lière au Nouveau-Monde , tandis que l'autre, Rhynchæa capensis, Guel., est de ; l'ancien. Cette espéee, nommée Rhynchée de Saint-Hilaire Rhÿnchæa Hilarea, Valenc. (Bulletin des sciences de Férussac, 2° cahier), et citée sous ce nom par M.Cuvier, R. an. p. 524, avait été décrite d'une manière aussi détaillée qu’exatte | par Vicillot (Diet. t. 6, p. 402, publié en 1816) sous le nom de Chevalier à demi- colber, Totanus semi-collaris. Al le regardait comme le Chorlito gola obscura y bianca de Azara, ce qui en ferait remonter la description encore plus loin.M. Vieillot ne l'avait pas rangé, à la vérité, dans le gere qui lui convenait (genre quin’est basé towelois que sur une légére courbure de f’extrémité des mandibules, et sur une
CP. Fa. A
à cette espèce (dans cette nouvelle subdivision des Srtuines anabatoides) une espèce nouvelle dont je vais donner la des- cription.
: S. À SOURCZLS ROUX. À. rufosuperciliatus. Delafresn'ye.
Gette espèce a tout-à-fait, mais en plus petit, l’ensemble des formes de la Sittine anabatoïde de Temminck (notre Sittine brune); elle est moins forte qu’élle d’un quart en- viron: Le bec, d’une dimension moins forte, offre aussi une mandibule supérieure dont larête est presque rectiligne; cette mandibule est en entier d’une couleur de corne noi- râtre ; linférieure, qui est très bombée en dessous et par conséquent retroussée à la pointe, est également couleur de corne sur ses bords et sur le tiers de sa longueur vers la pointe; mais le dessous, vers la base et jusqu’aux'deux tiers, est d’un blanc jaunâtre. Les pieds sont couleur de plomb; le pouce est alongé, muni d’un ongle fort : tous les ongles sont blanchâtres. Quant au plumage, tout le dessus de la tête et du corps est d’un brun olivâtre uniforme : de chaque narine part une bande d’un roux vif, passant sur l'œil en forme de sourcils , et se prolongeant assez loin en arrière
vers la nuque, où elle prend une teinte un peu plus claire. L’œil est bordé en dessous de petites plumes en forme de cils de cette même couleur rousse ; les plumes décompo- sées qui recouvrent le méat auditif sont de la couleur du dessus du corps, mais leur disque est d’un roussâtre clair.
prolongation des sillons des narines jusqu'à l'extrémité du bec) ; maisil avait très bien décrit et avant lui d'Azara. Il serait donc naturel, tout en faisant de cet oiseau un Rhynchée , de lui laisser le nom spécifique donné antérieurement par Vieillot, et-de le nommer alors Rhynchée à demi-collier, Rhynchæa semi-collaris. Je puis encore citer le Fourmilier à long bec, Myothera longirostriis (Cuv. Gal. du Mus.) que Vieillot a décrit (Dict.t. 3, p.310, publié en 181 6) sous le nom de Batarà agripenue, Thamnophilus caudacuius, nom spécifique qui lui convient d’au- tant mieux qu’il exprime un caractère particulier à cette espèce, et unique dans toute la famille des Fourmiliers : une queue dont les pennes ont leurs baguettes raides et piquantes à l'extrémité comme chez les picucules. Je crois reconnaître cet oiseau dans le Myothera umbretta, Licht., Catal. Il n’y a que le caractére de la queue qui y soit omis : la description du reste est parfaitement conforme à mon oi- seau, Cette espèce estencore une de celles dont la place est des plus embarrassantes à fixer, et je compte revenir incessamment sur sa description dans ua article parti- eulier.
*
Ca, We Dur. Les pettes plumes des coins de l'ouverture du bec sont aussi &’un blanc roussâtre bordées de noirâtre en forme d’écailles. La gorge , le devant du cou et ses côtés, sont d’un blane lavé de roussâtre, mais les plumes de ces parties ont leur fine pointe lésèrement bordée de brun d’une manière plus ou moins apparente, suivant l’âge ou le sexe. La poitrine et iout le dessous sont d’une teinte semblable au dos, mais moins fencce et plus olivâtre, et sont couverts de flammet- tes d’un blanc jaunâtre le long de la tige des plumes. Les ailes sont d’un roux-brun, les rémiges ayant leurs barbes
-internes noirâtres : le pli de l’aile est d’un roux vif, sem-
blable aux sourcils. La queue, qui est étagée, est alongée et étoffée, toutes les rectrices étant fort élargies sur leur côté intérieur : elles sont toutes terminées en pointe insensible- ment acuminée, mais sans raideur, et sans que les tiges en dépassent l'extrémité ; ce sont les barbes elles-mêmes qui diminuent insensiblement de longueur, au point de ne plus présenter que l'épaisseur d’un fil à l'extrémité de chaque penne, caractère quise retrouve absolument semblable chez, les Synallaxe albane, Temm., et S. à queue rousse, Vieill. (Dict.); Sphenura mentalis, Lichtenstein (Cat.). Cette queue est d’un roux cannelle vif, comme celle de la Sittine ana- batoïde de Temminck.
Elle a 6 pouces 1/2 de longueur. Elle vient du Brésil. Un second individu, que je crois plus jeune, a le bec un peu plus court et mains retroussé, et des taches brunes plus prononcées sur la gorge et le devant du cou. Les sourcils roux sont moins prononcés entre l'œil et les narines. Dans ce genre comme dans celui Anabate, les jeunes ont presque toujours (comme Îe remarque M. Lichtenstein) le bec plus court et plus obtus que les adultes; d’où il résulte que chez les Sittines par exemple, il ne prend sa forme bien recti- ligne en dessus et retroussée en dessous que chezles vieux individus où parfaitement adultes. | °
Nota. A la planche qui représente cette espèce sont joints les dessins d'une patte de Siltine proprement dite, fig. a, et d'une patte de Sittine anabatoïde, 6g. &.
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CALITT Pr ÿE j
Ïl est impossible de ne pas reconnaître entre les Sittines proprement dites, les Sittines anabatoïdes et les Anabates, les plus grands rapports de forme et de plumage, et je conçois fort bien que M. Lesson ait rangé dans sou Traité, sous un même nom générique, celui de Sittine, les Sittines américaines et les Anabates. Il est certain que, maluré les caractères tirés du bec et des pattes pour le genre Sittine, il semble passer à celui d’Anabate par les Sittines anaba- toïdes, qui, conservant le caractère du bec des Sittines, n’en ont plus les pieds. Tous ces oiseaux américains ont d’ail- leurs une conformité de couleur dans leur plumage vrai- went remarquable : une couleur rousse plus ou moins olivâtre, et la queue toujours d’un roux vif. Cette queue est toujours longue, étagée, et souvent usée du bout; ce qui prouve que les Anabates s’en servent pour grimper, comme les Sittines et les Sittelles.
On pourrait, ce me semble, établir le caractère des sub- divisions de la famille des Sittelles ainsi qu’il suit.
1. LES SITTELLES. Süta L.
Bec droit, alongé , prismatique; queue courte, coupée carrément à son extrémité; doigts irès longs, le pouce surtout, qui est armé d’un ongle puissant ; plamage en général gris bleuätre et noir en dessus, avec la queue de même couleur.
La Sittelle d'Europe, Sitta europæa. Buft. Enl. 623. 1. — Ta Sit- telle à tête noire, Sitta melanocephala. V'iciliot. Gal. 191. — Ea pe- üte Sittelle à tête brune, Si£ta pusilla. Lat.—La Sittelle voilée, Sitta veluta. Tem.Col. 72-3.—La Sittelle azur, Sétta azurea. Less. Tr. 316.
L
2, LES SITTINES. Xenops (Illiger), Vieillot, Temm., Cuv., Less.
Queue alongée, très étagée, toujours de couleur rousse, plumage en général bran-roux, plus ou moins olivätre en dessus, souvent flammé de nuances plus claires en dessous.
Ü
&. LES SITTINES PROPREMENT Dites. Illie. Vicillot.
Bec très comprimé, élevé; la mandibule supérieure rectiligne en dessus, l’inférieure trés convexe en dessous et comme retroussée à la
Cr. IT. Pe 5.
pointe; pieds ayant le doigt intermédiaire uni à l’interne à sa base ct à l’externe jusqu'à moitié de sa longueur.
La Sittine Hoffmansegg, Xenops genibarbis. Ilig. Temm., Col. 150-1; la Sittine à queue rousse, Vieillot. Gal., pl. 170. — Ea Sit- üine bibande, Xenops rutilans, Temm. Col. 52-2; Xenops rutilus, Licht., Cat. 17. |
b. LES siTTines ANABAïoïDbEs. Delafresnaye.
Bec irès comprimé, comme dans les Sittines proprement diles, mais la mandibule supérieure un peu moins rectiligne à son extrémué. Pieds ayant le doigt intermédiaire uni à l’interne et à l’externe par la base seulement, et de manière que leur point d’insertion est vis-à - vis l’un de l’autre ; doigts robustes et munis d'ongles puissants, le pouce particulièrement.
La Sittine brune, Xenops fuscus, Nob. Sitta fusca, Vieillot. Diet. ; la Sittine anabatoïde, Xenops anabaioïdes , Tenim. Col. 150-2.—Ea Sittine à sourcils roux, Xenops rufo-superciliatus (Nob.).
e
C. LES ANABATES. Ænabates. Temm.
Bec ayant l'arête supérieure un peu courhée dans sa longüeur, va. riant beaucoup en longueur et en grosseur. La mandibule iuférieure plus courte que la supérieure. Pieds conformés comme ceux des Sit- unes anabatoïdes, mais ayant le pouce moins alongé, et l’ongle du pouce moins fort. 14
$phenura superciliaris. Ticht. 41: Philydor superciliaris. Spix, 73-1. Le même que le Grimpar Canivet. Lesson, Centurie, pl. 16. —Sphenura sulphurascens. Licht. Catal. 41; Philydor albo-gularis. Spix, pl. 74. J'et Ÿ. — Sphenura polyocephala. Ticht. 41; Phily- dor ruficollis. Spix, 79. — Sphenura striolata. Lich. 42; qui est l’Anabate mouchete. Temm. Col. 238-1.—T’Anabate oreillon brun. Anabates amaurotis. Temm. Col. 238-2.—Sphenura frontalis. Licht. 42.— Anabates rufifrons. Spis, 85-1.— Anabates aradoïdes (Nob.), À nabate à bec d’Arada. \ #
Y i
E. DELArRESNAYE.
‘
Chasse IF. Pr,8,
ANABATE. bi a md T'emni.
«
Si le genre Anabate, qui se groupe si naturellement avéc les Sittines par mes Sittines anabatoïdes, ne nous offre pas,
_chezles différentes espèces dont il se compose, cette variété
incroyable dans la forme du bec que nous remarquons chez les Picucules, on y observe toutefois des différences très mar- quéés selon les espèces, tandis que chez tous, les pieds sont absolument conformés de même. Îls sont même chez tous, comme chez les Sittines anabatoïdes, d’une teinte bleuâtre couleur de plomb, avec les ongles d’un blanc jaunâtre. Nous voyons au contraire, quant à la forme du bec, que chez certaines espèces il est alongé, tendu, droit, comme chez les Pics; chez d’autres, il se rapproche de la forme d’un bec de merle, d’un bec de fauvette; enfin, chez l’es- pèce que nousallons décrire, il rappelle entièrement le bec du Fourmilier arada, Turdus cantans L., et du genre Méru- laxe de M. Lesson, Tr. 397.
L4
À. À BEC D'ARADA. 4. aradoïdes. Delafresnaye.
Un trait bien marquant distingue cette espèce de ses con- génères; c'est un bec droit, longicône, et s’élevant en petite carène au-dessus des nârines, comme chez le fourmilier arada, ou comme chez le nouveau genre Mérulaxe de M. Lesson. Cette carène se prolonge assez avant entre les plumes du front, et diminue insensiblement de hauteur à l'insertion du bec dans le crâne. Un second trait marquant peut encore faire distinguer notre oiseau, c’est la grandeur
de sa queue. Le dessus de la tête, du cou et du dos, ainsi _ F . 19
Cr; IF: Puss.
que les côtés du cou, de la poitrine et les flancs sont d’une teinte uniforme, olivâtre un peu roux; le front, jusqu’à la ligne des yeux, la gorge, le devant du cou et le haut de la poitrine sont d’un roux vif plus foncé sur le front, plus clair sur le cou et la poitrine. Les petites plumes qui recouvrent les narines et le capistrum sont alongées, redressées comme chez l’anabate rufifrons de Spix. L’olivâtre des flancs prend une teinte un peu plus rousse sur la ligne médiane de lab- domen. La queue, qui est d’un roux cannelle comme chez tous les Anabates, est remarquable par sa grande dimension en longueur comme en largeur: elle est très étagée, puisque la dernière plume latérale n’a que 15 lignes de long, tandis que les deux intermédiaires ont trois pouces 9 lignes de longueur totale. Les ailes, qui sont très courtes à propor-
tion de l’oiseau, ont leurs pennes d’un roux terne à l’exté- rieur, noirâtres à l’intérieur et à l'extrémité. Les pieds sont couleur de plomb avec les ongles blanchâtres, comme chez. tous les Anabates. she ch
Du Brésil.
F. DELAFRESNAYE.
CLasse IT. PL. 9.
ECHENILLEUR. CerLepyris 1. Cuÿ,
E. À ÉPAULETTES ROUGES. C. phœænicopterus, Is. Geoff.
S'il est utile dans l’état présent de nos connaissances d'enrichir, par la description exacte et précise d’êtres nouveaux , le catalogue déjà si vaste des productions de la nature, c’est peut-être concourir d’une manière plus directe encore aux progrès de la zoologie que de rectifier des er- reurs, et, on peut le dire, de simplifier la science par la suppression de quelques-unes de ces espèces nominales que l’on trouve en si grand nombre dans toutes ses bran= ches. L'établissement de ces espèces nominales, effet et, à son tour, cause fréquente d'erreurs plus ou moins graves, doit être imputé dans la plupart des cas à l’inexactitude ét à la précipitation des auteurs; mais souvent aussi on ne doit en accuser que l’imperfection de nos connaissances, et quelquefois celui qui plus tard vient faire d’utiles rectifi- cations doit les résultats auxquels il arrive bien moins à la précision plus grande de ses observations qu’à l’'avan- tage d’avoir pu étendre son examen à un plus grand nombre d'individus, fruit des acquisitions récentes de la science.
C'est une rectification de ve genre que je me pro pose de faire dans cet article, en démontrant l'identité spécifique de deux oiseaux qui, chose remarquable, se _ trouvent classés dans deux genres très différents, savoir, le
1 Ce genre, établi d’abord par Levaillant, sous le nom qu’il porte en français, a été adopté par Cuvier sous le nom latin de Ceblepyris, par Vieillot sous celui de Campephaga. Je me conforme à l’usage en employant le premier de ces noms, que l’on trouve en effet admis ( mais presque toujours avec une légére altération
que j'ai ici rectifiée) dans les ouvrages ornithologiques les plus estimés.
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Turdoïde à épaulettes rouges, de M. Temminck, et V'Eche- nilleur jaune, de Levaillant, qui n’est autre chose que le jeune âge du premier. Il suffit, pour convaincre de cette identité toutes les personnes versées dans l'étude de lor- nithologie, d'appeler leur attention sur l'oiseau représenté dans la planche jointe à cette notice, et qui, ayant été tué avant-d’avoir complètement revêtu son plumage parfait, offre le mélange très remarquable des caractères de l’état adulte et du jeune âge, ou, en d’autres termes, du Turdoïde à épaulettes rouges et de l'Échenilleur jaune. Cet oiseau, venu du Sénégal, et semblable aux échenilleurs par les formes de son bec et par la nature des plumes de la portion inférieure du dos, a le plumage bigarré de noir, de gris'et de jaune, avec une tache d’un rouge mêlé de brunâtre au fouet de l'aile. Ce dernier caractère, la couleur noire qui forme le fond du plumage, les formes du bec et des pattes, ne permettent pas de méconnaître en lui un jeune âge du Turdoïde à épaulettes rouges (Turdus phœ- nicopterus, Temm.), qui habite aussi le Sénégal. L'oiseau figuré dans notre planche ‘est en même temps, par les por- tions jaunes et grises de son plumage, et spécialement par sa queue, entièrement semblable à l'Echenilleur jaune, dont il ne diffère d’ailleurs en aucune façon par la formé de son bec et de ses pattes r. Cette double ressemblance, d’abord remarquée par M. Florent Prévot, auquel j'ai dû la communication de l'oiseau que je viens de décrire, prouve que le Turdoïde _1 J'avais déjà appelé l’attention sur cet oiseau dans une note lue à la Société - d'histoire naturelle , à l'époque à laquelle j’eus occasion de l'observer pour la pre- miére fois. Cette note, citée déjà dans plusieurs ouvrages, mais d’une maniére assez inexacte, se trouve imprimée en entier dans le Bulletin des Sciences naturelles, t. 104 mais l'oiseau n’ayaLt pas été représenté, j'ai cru utile de lui consacrer une
figure que ne saurait complétement suppléer la description même la plus précise et la plus minutieuse.
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à épaulettes rouges, ou (comme on devra le nommer, s'il reste dans le genre Ceblepyris) que l'Echenilleur à épau- lettes rouges, généralement noir, avec une tache rouge au fouet de l'aile dans l’état adulte, est dans le premier âge entièrement jaune et gris, et que l’Echenilleur jaune n’est autre que cette même espèce, avant qu'elle ait commencé à revêtir les plumes noires et rouges de l’état parfait. |
.Ce rapprochement que donne la simple observation, et qui à également frappé toutes les personnes qui ont pu réunir sous leurs yeux l'adulte, le jeune et l’âge intermé- diaire; peut être confirmé par quelques autres remarques. . Ilest d’abord à noter que l'Echenilleur jaune figuré par Levaillant dans. son ouvrage sur les oiseaux de <