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HISTOIRE NATURELLE DES
PERROQUETS.
Les figures de cet ouvrage ont été dessinées d’apres nature, gravées et imprimées en couleur sous la direction de Bouquet, Professeur
de dessin au Prytanée de Paris.
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HISTOIRE NATURELLE
DES PERROQUETS,
PAR
FRANCOIS LEVAILLANT.
TOME SECOND.
A PARIS, Cuzz LEVRAULT, SCHOELL ET C^, rue DE SEINE S. G.
STRASBOURG, DE L’IMPRIMERIE DE LEVRAULT.
"aN XIII (1805).
HISTOIRE NATURELLE
DES
PERROQUETS.
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DES PERRUCHES
A QUEUE EN FLECHE.
Nous appelons : ainsi les Perruches dont les deux pennes interme- diaires de la queue se portent si fort au-dela des autres, qu'elles forment, en effet, 1 une sorte de fléche. Buffon a désigné ce caractere par queue inégalement étagée, comme il avoit déjà signalé par queue également étagée | les Perruches que nous avons cru devoir caractériser par queue fer de lance. Nous croyons les dénominations que nous avons préférées moins vagues et par là plus conformes à l'idée qu'on doit se faire des objets; car il n'est pas exactement vrai que les Per- ruches de ces deux divisions aient, les unes plus que les autres, la queue également étagée. Pour qu'on put dire qu'un oiseau a la queue également étagée, il faudroit, je pense, que chez lui la plume la plus latérale de cette partie füt à la seconde comme celle-ci seroit à la troisieme, la troisiéme à la quatriéme, ainsi de suite : or c'est ce qui n'a jamais lieu, non-seulement chez les Perruches, mais pas méme dans aucun oiseau à queue étagée.
Ce que nous disons à cet égard des oiseaux à queue en flèche ou fer de lance, il faut aussi l'entendre de ceux à queue fourchue ; l'éta- gement inverse de la queue de ces derniers est toujours proportionné
à la longueur de la penne : observons seulement qu'on n'a point
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2 HISTOIRE NATURELLE
encore trouvé de Perroquet a queue fourchue. Il n'est donc pas de `
Perruche, pas même d'oiseau, qui, à la rigueur, ait la queue égale- ment ètagée. Buffon n'a pas, sans doute, voulu désigner par là des queues dont les pennes correspondantes seroient également étagées ; car alors sa désignation de Perruches à queue inégalement étagée donneroit une idée fausse, puisqu'il n'est pas une Perruche, pas un oiseau quelconque, dont les pennes correspondantes de la queue, même des ailes, ne soient exactement égales entr'elles, et conformées de la même manière, du moins dans l'état naturel et lorsque les plumes ont acquis toute leur croissance : je dis du moins dans l'etat naturel, parce que, dans la mue, un oiseau offre à cet égard diffé- rentes variations, qu'aura causées le retard de la crue d'une plume, d'un côté, tandis que, de l'autre, sa correspondante aura acquis toute sa longueur. L'état de domesticité cause aussi, sous ce rapport, beaucoup de variations : j'ai vu des Perruches, dans cet état, avoir réellement la queue inégalement étagée, si inégalement même qu'au- cune des plumes n'avoit la même dimension que celle qui lui cor- respondoit. Il arrive, enfin, quelquefois, que des plumes latérales sont beaucoup plus longues que d'autres, plus voisines du milieu, que celles du milieu même de la queue. Mais combien de fois tous ces jeux de la nature, ou, pour mieux dire, ces monstruosités produites par un dérangement physique, si commun chez les animaux tenus en cage, n'ont-ils pas occasioné de meprises , en faisant illusion aux naturalistes de cabinets! Nous avons déjà vu que Buffon avoit décrit la Perruche à collier rose parmi ses Perruches à queue inégalement étagée, parce qu'il n'en avoit vu que des individus pris dans l'état de domesticité, oü toutes les Perruches deviennent, en effet, assez souvent, et dans toute la force du terme, des Perruches à queue très - inégalement étagée. Nous verrons ailleurs que le manque des deux pennes inter- médiaires de la queue d'une de nos Perruches à queue en flèche a fait commettre à ce grand naturaliste l'erreur contraire, c'est-à-dire, qu'il a fait de cette Perruche une Perruche à queue également étagée : il n'est cependant pas bien difficile de s'assurer si le nombre des pennes de la queue, même des ailes, d'un oiseau est complet ; sans même en savoir le nombre, on s'aperçoit d'abord s'il en manque une ou plu- sieurs. Ces vérifications, pour être faciles à faire, n'en sont pas moins
d , R ] > , . \ . . dune nécessité absolue lorsqu on veut décrire une espéce; mais encore
faut-il regarder quelque individu de cette espéce, et attacher quelque mérite à être exact, mérite assez rare jusqu'à ce jour.
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DES PERROQUETS. 3
Nous disons que les Perruches 4 queue en fléche different des Per- ruches 4 queue fer de lance par le prolongement considérable des deux pennes intermédiaires de leur queue, deux ou trois fois plus longues dans quelques espéces que la plus grande latérale : leur queue, trés-élancée, comme l'on voit, préte beaucoup de grace à ces Perruches. Il est aussi à remarquer que, sans ces deux pennes intermédiaires, la queue seroit ordinairement trés-courte chez elles, et que, dans la mue, pendant laquelle ces deux longues pennes se détachent souvent les premiéres, ces oiseaux paroissent absolument différens de ce qu'ils sont, leur queue étant alors beaucoup plus courte que leur corps. Entre ces deux familles de Perruches, au reste, il n'y a aucune autre différence bien sensible. Cependant les espéces ne sont pas autant multipliées dans celles à queue en fléche que dans celles à queue fer de lance: toutes les espéces méme que nous connoissons des pre-
mieres appartiennent à l'ancien continent.
4 HISTOIRE NATURELLE
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LA PERRUCHE A NUQUE ET JOUES ROUGES.
PLANCHE LXXII.
Grande taille; corps svelte; queue fort longue par l'extension de ses deux pennes intermédiaires; nuque et joues rose violacé; moustaches noires; plumage vert lustré, plus foncé sur les ailes et le dessus du corps; du bleu à la naissance des pennes alaires et sur les pennes du milieu de la queue; mandibule supé- rieure rouge, inférieure brun jaunátre; pieds gris.
La grande Perruche à longs brins, 3.° espèce à queue longue et inégale ; Burr. Pl. enl. n.” 887, sous le nom de Perruche de Malac.
Crrre Perruche, dont la longueur totale est de seize à dix-huit pouces, mesurée du bout du bec à l'extrémité des deux pennes inter- médiaires de la queue, lesquelles ont trois fois la dimension des deux
plus grandes latérales, se distingue par la légéreté et l'élégance de sa .
taille et par la beauté de ses couleurs. Elle a la tête couverte d'une calotte d'un beau vert luisant, et qui occupe cet espace compris entre les narines, l'occiput et les yeux. A ce beau vert succède une jolie couleur rose tendre, violacé, qui couvre le haut du derrière du cou, et s'étend sur la face et les joues, oü elle est terminée par une large moustache noire, qui, partant du coin de la bouche, se dessine cir- culairement jusqu'aux oreilles. La gorge, le devant et le derrière du cou, le haut du dos et la poitrine, sont d'un vert gai tres-brillant, qui jaunit un peu sur les flancs, le bas-ventre, le croupion et les couver- tures du dessus de la queue. Toutes les couvertures du dessus des ailes sont d'un vert plein. Les grandes pennes alaires sont bleuâtres à leur naissance , et d'un vert foncé partout ailleurs, jusqu'à leur pointe, qui est noirâtre. La queue, qui est d'un vert gai sur ses bords latéraux, est d'un beau bleu violacé dans son milieu et dans toute la longueur de ses deux pennes intermédiaires, dont cependant le bout est vert. Le revers des pennes alaires est d'un noir glacé; celui des pennes de la queue est d'un jaune glacé de vert sur les latérales. Les couvertures
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DES PERROQUETS. 5
du dessous des ailes sont vert gai. La mandibule supérieure, enfin, est d'un rouge vermillon ; l'inférieure, d'un brun jaunätre. Les pieds sont gris, et les yeux rougeátres.
Les principaux traits de cette description ont été pris sur un indi- vidu de l'espéce que j'ai vu vivant dans la ménagerie de M. Ameshof, à Amsterdam : j'en ai vu plusieurs autres dans différens cabinets , chez MM. Temminck , Raye, de Breukelervaert , Boers d'Asserswoude, et Holthuysen, aussi d'Amsterdam, et à Paris, chez MM. Gigot d'Orci, Mauduit et l'abbé Aubry. La seule différence que j'aie remarquée dans tous ces individus, c'est que chez quelques-uns les moustaches, au lieu d'être entièrement noires, étoient parsemées de plumes vertes : jobserverai méme que, comme ces individus à moustaches entre- mêlées de plumes vertes et de plumes noires présentoient quelques caractères d'oiseaux encore jeunes, je soupçonne beaucoup que, dans le premier âge, tous ceux de l'espèce ont les moustaches entièrement vertes.
Cette espèce ne se trouvant pas seulement à Malac, et n'étant pas la seule qu'on y trouve, puisqu'elle habite une grande partie des Indes, et qu'on trouve à Malac beaucoup d'autres Perruches, j'ai cru devoir supprimer le surnom que Buffon lui donne dans ses planches enlu- minées, oü elle est, au reste, figurée d'une manière reconnoissable, quoiqu'on lui ait fait un dos bleu qu'elle n’a pas. Je pense donc que le nom de Perruche à nuque et à joues rouges, caractérisant beaucoup mieux que celui de Perruche de Malac l'espèce dont il est ici question, doit aussi lui être préféré.
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6 HISTOIRE NATURELLE
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LA PERRUCHE A ÉPAULETTES ROUGES.
PLANCHE LXXIII.
Grande taille; corps fourni; pennes intermédiaires dela queue plus longues à peu prés du triple que les latérales qui les précédent immédiatement; plumage supérieur vert plein, inférieur moins foncé, et tirant plus au jaune; épaulettes et bec rouges.
La grande Perruche aux ailes rougeâtres, 4.° espèce à queue longue et inégale; Burr. Pl. enl. n.? 239, sous le nom de Perruche de Gengi. Perruche de Gengi; Briss. Ornith. t. 4, p. 343.
Crrre Perruche est, à peu prés, de la méme longueur que l'espéce précédente ; mais elle a le corps plus gros, plus fourni, et la queue plus élancée dans ses deux pennes intermédiaires , trois fois aussi longues que les deux latérales qui les précédent immédiatement. Elle n'a rien de distingué que ses épaulettes rouges, lesquelles font partie des couvertures des ailes qui avoisinent et longent les scapulaires.
Le reste du plumage est d'un vert plein sur la tete, sur le derrière
du cou, le dos, le croupion, les couvertures du dessus de la queue,
les pennes intermédiaires de celle-ci, les couvertures des ailes, les . scapulaires et les pennes alaires : le rouge vif des épaulettes tranche
sur cette couleur. La gorge, la poitrine, les flancs, le ventre, les
couvertures du dessous de la queue, tout le dessous du corps enfin,
sont d’un vert jaunâtre. Le revers de la queue est couleur d'olive. Le
bec et les pieds sont d’un beau rouge. |
Cette espéce est fort rare dans nos cabinets, car je n'y en ai vu en- |
core que deux individus, dont l'un est en ma possession ; individu que ! EH jacquis à Paris, à la vente qui y fut faite du cabinet de feu l'abbé Aubry qui le tenoit de M. Poivre; ce dernier l'avoit apporté de Gengi. C'est | d’après ce méme individu que Brisson a fait la description détaillée et i exacte qu'il a donnée de l'espéce; exacte à ceci prés cependant, qu'il
donne un rouge obscur aux épaulettes : mais le rouge en cet endroit
sétoit en effet éteint dans l'individu vieilli dans le cabinet de l'abbé : Aubry, ou dailleurs les continuelles fumigations de soufre qu’on fai-
soit subir aux oiseaux pour les préserver de la destruction, détério-
roient toujours les couleurs de leur plumage. Le second individu que
jai vu de l'espéce et qui étoit parfaitement conservé, faisoit partie du
cabinet de M. Holthuysen d'Amsterdam. On pense bien que j'ai pré-
féré de donner ma description d'après celui de ces individus dont les +
couleurs n'étoient point altérées.
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LA PERRUCHE FRIDYTUTAH.
PLANCHE LXXI.
Taille moyenne; corps svelte; queue trés-élancée; les deux pennes intermé- diaires de celle-ci plus longues du double que les deux plus grandes latérales; front et face rouges, violets sur l'occiput et les joues; téte entourée d'un cordon noir; nuque et épaulettes des ailes vert aigue-marine; cou, poitrine, dessous du corps, vert tres-jaunâtre, ainsi que les scapulaires; ailes vert plein; plusieurs plumes du milieu de leur poignet rouges; dernières pennes intermédiaires de la queue d'un beau bleu violet, terminé par du blanc jaunátre; latérales vert tendre, terminé par du jaune; mandibule supérieure blanchátre, inférieure brune; pieds gris-noir.
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La petite Perruche à tête couleur de rose, a longs brins, 2.° espèce a queue longue et inégale ; Burr. pl. enl. n.” 888, sous le nom de Perruche de Mahé. La Perruche de Bengale; Briss. Ornithol. tom. 4, pag. 348.
Nous avons déja fait voir que c’etoit par erreur que Buffon et Brisson avoient rapporté cette Perruche à l'espèce qu’ Edwards a décrite dans ses Glanures sous le nom de Perruche à collier, à téte couleur de rose, et qu'il a figurée sous le n.° 233 de son ouvrage. Nous renvoyons donc le lecteur à l'article oà nous avons donné une figure exacte de cette espéce, sous le nom de Perruche à collier noir, n.° 45 de cet ouvrage. Quant à celle dont il est ici question et qui differe principalement de l'autre par la forme et la couleur de la queue, elle se trouve en effet au Bengale, d’où je l'ai reçue directement : c'est aussi celle que les naturels du pays nomment Fridytutah , nom que nous avons justement préféré à tout autre.
Les deux pennes intermédiaires de la queue de la Perruche Fridy- tutah sont du double plus longues que les deux grandes latérales. Ces deux mémes pennes sont d'un beau bleu changeant en violet, et ont leurs pointes blanc jaunâtre, tandis que toutes les autres plumes de la méme partie sont vertes et ont leurs pointes jaunes; ce qui distingue parfaitement l'oiseau de l'espèce de la Perruche à collier noir, à laquelle il ressemble d'ailleurs beaucoup : car ces deux Perruches ont la téte couleur de rose par devant et violacee par derrière; elles ont aussi toutes deux du rouge sur le poignet des ailes. Cependant, si le lecteur prend la peine de comparer les figures que nous avons données de ces deux oiseaux d'aprés des individus de la plus parfaite conservation, il lui sera facile de voir qu'ils différent assez l'un de l'autre pour former deux espèces bien distinctes, qu'il falloit par conséquent séparer.
8 HISTOIRE NATURELLE
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LA PERRUCHE A COLLIER JAUNE.
Taille moyenne; corps dégagé; queue plus longue que le corps; les deux pennes intermédiaires de la queue à peu prés du double seulement plus longues que les deux latérales suivantes; téte bleu tendre dans le mále, et gris dans la femelle; collier jaune; dessus du corps vert brillant, dessous vert trés-jaune; pennes intermédiaires de la queue bleues, terminées de blanc jaunátre; bec citron; pieds gris.
PL. LXXV, LE MALE. PL. LXXVI, LA FEMELLE..
I s'agit ici d'une nouvelle espéce de Perruche à queue en fleche et que nous désignons par son collier jaune. Le mâle a toute la tête d'un beau bleu tendre qui, sur le front, les joues et la gorge, se fond dans une teinte brunâtre. Son collier, d'un jaune citron, termine absolument le bleu de la téte et entoure entiérement le cou: le reste du derriére de cette derniére partie, le dos, les scapulaires , toutes les couvertures des ailes, le croupion et les couvertures du dessus de la queue sont d’un vert gai chatoyant en jaunâtre. Les couvertures du bord des ailes et leurs grandes pennes sont d'un vert plus decide que le dessus du corps, et portent chacune extérieurement un liséré jaune citron et brunissant vers les bords intérieurs. Tout le dessous du corps, c'est-à-dire, le devant
- du cou, la poitrine, les flancs, le ventre, les plumes des jambes et les cou-
vertures du dessous de la queue, sont d'un vert fondu dans beaucoup de jaune. Les quatre pennes intermédiaires de la queue sont bleues, et chacune d'elles se termine par une palette d'un blanc jaunátre : les laté- rales sont du vert du dessus du corps et ont leurs pointes jaunes. Les plumes latérales du revers de la queue sont toutes jaune-citron , et les intermédiaires jaune blafard à leurs pointes et d'un brun jaunátre par- tout ailleurs. Les grandes couvertures du dessous des ailes sont d'un vert aigue-marine; les plus petites en sont jaunátres, et le revers des pennes alaires est d'un gris glacé. La mandibule supérieure est d'un jaune-citron, et l'inférieure , d'un brun jaunátre. Les ongles et les pieds sont grisaille. La description que nous venons de donner est celle du mále ; que nous avons figuré de grandeur naturelle, n.° 75. La femelle de la Perruche à collier jaune est un peu plus petite que le mâle, et differe encore de lui en ce qu'elle a la téte grise. Voyez n.? 76. J'ai recu de Chandernagor les deux individus, mále et femelle, de l'es- pèce : ils font Pun et l'autre partie de mes collections. J'ai vu encore une femelle de cette Perruche dans le beau cabinet de M. Gigot d'Orci à Paris.
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DES PERROQUETS. 9
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LA PERRUCHE LORI PAPOU.
PLANCHE LXXVII.
Taille petite et trés- dégagée; queue plus longue que le corps; plumes inter- médiaires de Ia queue trés-effilées et du double plus grandes que les latérales qui les précédent; ailes fort longues; plumage en général rouge sur le cou et tout le dessous du corps; du bleu sur la nuque, le croupion et le ventre; du jaune jonquille sur les cótés de la poitrine, ainsi que sur les flancs, et du jaune rougeátre au bout des plumes de la queue; ailes et milieu de la queue gros vert; bec rouge; pieds brun rougeátre.
Le petit Lori Papou; Sonnenar, Voyage à la nouvelle Guinée, pl. III, pag. 175.
Sena est, je crois, le premier qui ait publié une figure ( mauvaise) de cette charmante Perruche, qu'il donne pour un oiseau de Paradis, par la raison que, cet oiseau habitant le méme pays que les oiseaux de Paradis, les insulaires l'y préparent de la méme manière que ces derniers , c'est-à-dire, qu'ils lui arrachent les pieds et les ailes, et qu'ils la font sécher sur un roseau; c'est du moins dans cet état que nous recevons ordinairement tous les oiseaux qui nous parviennent de ce méme pays : aussi est-il bien peu de cabinets ou l'on trouve la Per- ruche Lori Papou dans son état naturel et parfait; presque dans tous on a substitué aux pieds et aux ailes qu'on lui avoit arrachés, des pieds et des ailes d'autres Perruches; ce qui la dénature et la rend méconnoissable. Qui sait encore combien de fois cette Perruche aura été décrite sous ses différens. travestissemens ! Chercher à la recon- noitre dans tant de mauvaises descriptions d'oiseaux encore plus mal vus, seroit une táche aussi inutile que fatigante. Je me bornerai donc tout simplement à la faire connoitre de maniére à ce qu'il ne reste plus aucun doute sur son existence comme espéce particuliére. Tant de gens attachent un si grand mérite à fouiller dans des descriptions énigraatiques pour y deviner des espèces, que je leur abandonne cette gloire pour ne m'attacher qu'à décrire exactement ce que je connois bien.
élégante Perruche dont il est ici question habite la terre des Papoux, oü elle est trés-recherchée des naturels, qui font servir ses belles plumes à leur parure. J'ai vu plus de cent individus de l'espéce
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10 HISTOIRE NATURELLE
arriver en Hollande dans les mémes caisses que les oiseaux de Para- dis, mais tous mutilés et préparés comme je l'ai dit plus haut. En revanche j'en ai vu trois autres parfaits, dont lun est à Paris et fait partie de la belle collection de M. Dufresne; c'est celui d'après lequel nous donnons notre description, et que nous avons figuré de grandeur naturelle : les deux autres sont en Hollande, chez MM. Raye de Breukelervaert et Temminck. On reconnoitra facilement dans les cabinets les individus de la Perruche Lori Papou auxquels on auroit adapté des ailes d'autres Perruches; car celle-là doit les avoir fort longues , proportionnellement à sa taille : or il n'y a aucune petite Per- ruche connue qui les ait aussi longues qu'elle; celles donc qu'on auroit substituées aux siennes seroient toujours courtes, c'est-à-dire, qu'elles ne vont, pour l'ordinaire, que jusqu'au croupion, tandis qu'elles de- vroient presque atteindre le üers de la longueur de la queue, non compris le prolongement des deux pennes intermédiaires. Les ailes du Lori Papou doivent aussi étre d'un vert foncé, semblable à celui de sa queue. Ses riches couleurs sont, en outre, si réguliérement dis- tribuées, qu'on ne pourroit en avoir déplacé la moindre partie sans qu'on s'en apercüt au premier coup d’eil. Ces sortes de déplacemens ont souvent lieu par le fait de ceux qui se mélent, en Europe, de prépa- rer les oiseaux qu'on y recoit dégradés, ce qui de tout temps a trompé, et trompera toujours, les naturalistes inexpérimentés , qui n'ont besoin que de voir un individu quelconque pour déterminer une espéce ou méme un genre : heureux encore s'ils ont daigné voir cet individu! Ces différentes contrefactions, et les méprises qu'elles occasionnent , donnent peut-étre la raison de ces trois différentes variétés dont par- lent les nomenclateurs , et qu'a rapportées Virey dans la description quil a donnée de la Perruche Lori Papou, d'aprés Sonnerat et sous le nom de petit Lori Papou, nom que nous lui conservons, mais en la replacant dans sa tribu, qui est celle des Perruches et des Perruches à queue en fléche, comme il est facile de le voir par la belle figure que nous publions ici de cet oiseau. |
La Perruche Lori Papou a, sur le sommet de la tête, une large tache bleue, irrégulière, qui à certain jour paroit noire ; elle descend aussi un peu sur la nuque. A cette tache près, toute la tête, le derrière du cou, la gorge, la poitrine, les flancs et les couvertures du dessous de la queue, sont d’un rouge vif, sur lequel tranche, de chaque côté de la poitrine, vers le haut des ailes et le bas des flancs, un jaune jon- quille, qui forme comme deux taches sur le beau rouge du dessous
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DES PERROQUETS. 11
du corps. Le bas-ventre, précisément entre les cuisses, est d’un gros bleu violacé. Le manteau, les scapulaires, toutes les couvertures des ailes et les bords extérieurs de leurs grandes pennes, sont d'un gros vert : ces grandes pennes sont noirátres dans leurs barbes intérieures et à leur revers. Le croupion et les grandes couvertures du dessus de la queue sont d'un beau bleu violet. Cette derniére est du méme vert que les ailes dans sa partie élevée et sur les bords extérieurs de ses pennes latérales, toutes terminées par un jaune orangé ou rougeätre: ses deux pennes intermediaires sont vertes aussi, mais seulement jus- quà peu pres la moitié de leur longueur; chacune d'elles se termine ensuite en deux fléches trés-effilées et d'un rouge jaunátre. Le revers de la queue est jaune; le bec est rouge, et les pieds sont d'un brun rougeatre.
Si nous terminons ici l'histoire des Perroquets à queue pointue (histoire comprise dans nos quatre divisions, des Aras, des Perruches Aras, des Perruches a queue en fer de lance, et enfin des Perruches à queue en fleche), ce n'est pas que nous ne soyons trés- persuades qu'il existe beaucoup d'autres espéces de ces oiseaux, si surtout on consulte la nomenclature considérable qu'en ont faite plusieurs mé- thodistes : mais, comme nous ne connoissons pas par nous-mémes toutes ces espèces, nous attendrons pour en parler que nous les ayons vues, examinées et comparées. A cet effet, nous nous proposons de parcourir encore, lorsque cet ouvrage sera terminé, les principaux cabinets de l'Europe, pour y étudier à loisir les espéces nouvelles dont ils se seroient enrichis, et nous prenons l'engagement avec le Public de publier alors, sous la forme d'un supplément, toutes les connoissances que nous aurons acquises sur des Perroquets nouveaux; ce qui complètera, nous l'espérons, d'une manière satisfaisante l'his- toire d'une des plus belles et des plus riches familles des oiseaux.
Quil me soit permis, en attendant, de témoigner ici toute ma reconnoissance aux amateurs d'histoire naturelle qui ont bien voulu seconder mon zéle dans ce travail pénible par la communication libre qu'ils m'ont laissée de leurs cabinets, et la permission que j'ai eue de disposer à mon gré de toutes les espéces de leurs collections.
12 HISTOIRE NATURELLE
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LA PERRUCHE A LARGE QUEUE.
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Plumage rouge; moustaches bleues; queue bleue, longue et étagée, mais s'élargissant beaucoup ; tarses allongés; bec jaunâtre.
Tours les Perruches dont nous avons parlé jusqu'ici sont en géné- ral caractérisées par la forme pointue de leur queue, tandis que celle de cet article, que nous surnommons à large queue, en porte une qui, en s'élargissant à mesure qu'elle s'allonge, prend un caractére particulier et tout différent de celui de cette partie des Perruches que nous avons surnommées d queue en fer de lance ou à queue en flèche. La Perruche à large queue diffère encore des autres Perruches en ce qu'elle a les tarses plus longs qu'aucune de celles du nouveau conti- nent et même des Indes. Elle se rapproche donc, par la longueur de ses tarses, de l'espèce de Perruche que nous avons nommée Perruche ingambe et qui habite aussi les terres australes. Elle semble donc très - propre à lier les Perroquets au genre des Touracos, oiseaux d'Afrique auxquels j'ai toujours trouvé assez d'analogie avec les Per- roquets pour avoir pressenti que nous découvririons quelque jour un intermédiaire entr eux et ces derniers. Il est même plus que probable que la Perruche dont il est ici question n'est pas la seule qui soit caractérisée par la largeur de sa queue, et qu'avec le temps nous
découvrirons quelques autres espèces de Perruches à queue également
large, dont les naturalistes pourront former une nouvelle section sous le nom de Perruches à large queue : dans ce cas on pourra désigner celle de cet article sous le nom de Perruche à moustaches bleues ; car elle est caractérisée par là d'une manière qui la fait toujours reconnoitre, puisqu'elle conserve ses moustaches bleues à travers tous ses changemens de livrée, laquelle varie à chacun de ses âges.
Nous avons figuré trois individus de cette belle espèce, tous trois différens dans leurs couleurs principales. Nous en avons vu beaucoup
5 » , . . d’autres différant un peu de ceux-ci, mais pas assez pour que nous ayons cru nécessaire de les figurer aussi; car les trois que nous pu- blions représentent tous les passages du jeune áge à l'áge fait. Notre n.° 78 présente l'oiseau dans son état parfait et de grandeur naturelle.
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DES PERROQUETS. 15
Dans cet état, la téte, le cou, la poitrine, les flancs, le bas des jambes, le ventre, le croupion, les couvertures du dessus et du dessous de la queue, sont d’un beau rouge moelleux. Le manteau et les scapulaires sont noirâtres et bordés de rouge dans toutes leurs plumes. Une large moustache se dessine sur les joues, et occupe tout l'espace compris de chaque cóté entre le bec, les oreilles et les yeux. La queue, qui est de la longueur de l'oiseau, est d'un bleu clair sur ses bords latéraux, et d'un bleu foncé dans son milieu. Les couvertures des ailes sont d'un bleu tendre violacé, et en grande partie bordées de rouge. Les pennes alaires sont d'un gros bleu, mais bordées extérieurement de bleu tendre. Le bec est grisátre à sa base et jaune à sa pointe. Les pieds sont bruns, et les yeux brun-noir. Nous avons vu plus de vingt individus vivans de l'espéce, et plus de vingt autres dans différens cabinets. Cette Per- ruche est trop belle pour qu'on ne Peút pas envoyée en grand nombre en Europe : mais comme la plupart de ceux de ces individus que nous avons vus dans les cabinets avoient vécu dans l'état de domesticite , nous avons préféré d'en décrire et figurer un qui avoit été tué dans les bois, et que M. Beers, bailli d'Asserswoude, avoit recu directement de la Baie- Botanique, oü il avoit été tué. Nous avons vu un autre individu de l'espéce, apporté par Labillardiére, et qui étoit dans le méme cas que le précédent; ce qui nous a «mis à méme de comparer, et de remarquer que dans l'état de domesticité la queue de cette Perruche seflile et que par conséquent elle y devient moins large que dans l'état de nature. M. Dufréne, aide-naturaliste au cabinet d'histoire naturelle à Paris, qui connoit parfaitement bien les oiseaux, me dit, lorsque je lui fis part de mon observation, l'avoir faite lui-méme à Londres en voyant en cage et vivantes quelques - unes de ces mêmes Perruches qu'il avoit comparées à celles tuées dans les bois.
Notre n.? 79 présente un second individu de la Perruche à large queue, mais qui différe de celui du numéro précédent en ce que les deux pennes intermédiaires de la queue sont vertes chez lui, et que tout le dessous du corps, depuis les moustaches jusqu'à la queue, y est d'un vert olivátre, tandis que ces deux pennes sont bleues chez l'autre et que cette partie du dessous du corps y est rouge. Ce n.? 79 représente un oiseau jeune encore, parvenu cependant à l'époque de sa seconde mue, époque oü il a méme déjà pris en grande partie la livrée. de Page fait, puisqu'il n'a plus à refaire que ses plumes du dessous du corps et les deux pennes intermédiaires de sa queue. Cet individu fait partie de mon cabinet; j'en ai même un second, mais
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un peu plus avancé en âge, car il a déjà refait à peu prés moitié de ses plumes rouges du dessous du corps: jai pensé quil étoit inutile de le faire figurer.
Notre n.” 80 présente un troisième individu de la Perruche à large queue, bien reconnoissable par ses moustaches bleues: mais cet indi- vidu est plus jeune encore que celui du n.° 79, car il n'a refait que les plumes rouges du front; toutes les autres, qui doivent étre rouges aussi dans l'áge fait, ne sont encore chez lui que d'un jaune olivacé. Les six pennes intermédiaires de sa queue sont vert-olive. Le dos, les scapulaires et les grandes pennes alaires, sont d'un brun olivátre, nué de bleu; cependant le bleu vif se prononce déjà sur les épaules et une partie des couvertures des ailes. |
Toutes les différences qui se trouvent entre ces deux jeunes indi- vidus de la Perruche à large queue, m'ont convaincu que dans le premier áge, c'est-à-dire, àu sortir du nid, l'espéce de cette Perruche est entiérement d'un vert olivátre sur tout le dessus du corps, les ailes et la queue; qu'elle a les moustaches bleues; que tout le dessous du corps est d'un jaune plus ou moins olivátre, et que par conséquent la femelle adulte doit beaucoup se rapprocher de l'individu représenté n. 8o. Le temps nous apprendra si je me trompe dans mes con- jectures. L'individu figuré n. 80 fait partie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, où je l'ai fait dessiner.
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DES PERROQUETS. 15
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LE GRAND VAZA.
PLANCHE LXXXI.
Grande taille; plumage noir, glacé de gris ou brun, suivant les incidences de la lumiére; queue large et de la longueur du corps, trés-peu étagée et arrondie à son extrémité; ailes ne s'étendant qu'au tiers de la longueur de la queue; bec blanchátre; yeux entourés d'une peau nue; pieds noirs.
Avant de passer à la description des Perroquets proprement dits, nous allons parler de deux espèces de Perroquets qui, différant de ceux-là par la longueur de leur queue et la légèreté de leur taille, doivent être considérés comme formant une petite famille à part, laquelle, se rapprochant de quelques espèces de Kakatous *, semble aussi avoir été destinée à lier les Perroquets proprement dits aux Kakatous qui en général ont la queue plus longue que les Perro- quets. L'une de ces espèces de Perroquets à grande queue est celle que nous nommons le grand Vaza pour la distinguer de l'espèce con- nue sous le nom de Vaza ou de Perroquet noir de Madagascar, dont plusieurs naturalistes ont parlé sous l'un ou l'autre de ces noms, et dont nous parlerons aussi sous celui de petit Vaza; car il est en effet bien moindre de taille que l'autre, le grand Vaza égalant presque sous ce rapport les grands Aras. Cependant le grand n'a pas la queue plus longue que le corps; il ne l'a pas non plus pointue, comme ces der- niers, mais large, au contraire, à son extrémité : ainsi cet oiseau n'est point un Ara ; ce qui le prouve encore, c'est qu'il n'y a chez lui qu'une partie du tour des yeux qui soit sans plumes, tandis que les Aras ont toutes les joues entiérement nues et blanches. Nous insistons sur ces caractéres, parce qu'il se pourroit bien que l'Ara obscur des nomen- clateurs ne füt autre chose que notre grand Vaza ; mais la description de cet Ara obscur est elle-méme si obscure qu'il sera toujours difficile de résoudre cette question. Quoi qu'il en soit, notre grand Ara a vingt- un pouces de longueur, mesuré du sommet de la téte au bout de la queue. Son bec est trés-gros, et en cela il differe encore du petit
1. Nous croyons devoir écrire Kakatou et non Kakatois ou Kakatoes, comme on la fait jusqu'ici ; nous en donnerons la raison en son lieu, c'est-à-dire, aux articles ou nous par- lerons de ces Perroquets.
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16 HISTOIRE NATURELLE
Vaza, qui est remarquable par la petitesse du sien. Son corps est de la force et de la grosseur, ă peu pres, de celui des grands Aras de l'Amérique ; de sorte que, sil avoit la queue aussi longue que ces derniers, il ne leur céderoit point en grandeur. La couleur de son plumage est des plus simples et des plus monotones. On ne retrouve plus ici ces riches nuances qui distinguent si particuliérement les Per- roquets en general : celui-ci semble étre en deuil; il est entierement noir, mais d’un noir qui prend un glacé grisaille ou brunátre, suivant les jours. Le bec est d'un blanc de corne, et les pieds sont noirs. La peau nue du tour des yeux étoit brunâtre dans les individus que j'ai vus, mais elle est peut-étre, sans doute méme, blanche lorsque l'oi- seau est vivant.
L'individu que j'ai figuré fait partie du beau cabinet de M. Raye de Breukelervaert à Amsterdam. J'en ai vu un second à Paris, chez M. de Richebourg, ci-devant administrateur des postes. On m'a assuré
que l'espéce du grand Vaza appartenoit aux terres de l'Afrique méri-
dionale : ce qu'il y a de certain, c'est que je ne l'ai point trouvée dans tout ce que j'ai parcouru de cette partie du monde.
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DES PERROQUETS. 17
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LE PETIT VAZA.
PL. LXXXII.
Taille moyenne; corps svelte; queue large, arrondie et à peu près de la lon- gueur du corps; bec petit et noir lavé; plumage noir-brun, glacé de gris; pennes des ailes et latérales de la queue bleuâtres sur les barbes extérieures; pieds brun avivé; yeux brun rougeâtre. |
Le Vaza ou Perroquet noir, 4.° espèce de Perroquet; Burr. pl. enl. n.° 500. Le Perroquet noir de Madagascar; Briss. tom. IV, p. 307, n.° 53. Psittacus brachyurus niger; Linn. Syst. nat. ed. X. Perroquet noir de Madagascar; Enwanps, tom. I, pag. 5, pl. 5.
Le petit Vaza différe beaucoup du grand par sa taille, puisqu'il n'a que quatorze pouces de longueur, y compris la queue, qui en a six. Il en differe encore en ce qu'il a le bec proportionnellement plus petit et moins robuste que lui. Quant aux formes générales du reste du corps, tout est à peu prés semblable dans les deux espéces, à ceci prés cepen- dant que le bout de la queue épanouie se trouve plus élargi chez la petite que chez la grande. La couleur du plumage est aussi à peu prés sem- blable dans les deux oiseaux, avec cette différence encore que la partie extérieure des pennes des ailes et des latérales de la queue du petit Vaza est bleuátre, couleur que Brisson donne pour verte, quoique, dans le fait, elle approche de la teinte d'une turquoise foible de ton;
„ce qui est plutót bleu que vert. La peau nue qui entoure les yeux, est
d'un blanc légérement rougeátre. Le bec est, pendant l'été, de cette derniére couleur; mais pendant l'hiver il est d'un noir lavé. Les yeux sont couleur de noisette foncé ou brun rougeátre. |
J'ai eu chez moi pendant l'espace de dix années un petit Vaza vivant, et c'est plus particuliérement par la différence que j'ai remarquée entre son naturel et celui des autres Perroquets auxquels je l'ai compare, que j'ai cru devoir séparer les Vazas des Perroquets proprement dits, qui tous, généralement, sont d'une gaucherie et d'une lourderie qui semblent leur étre propres. Le petit Vaza a, au contraire , les mouve- mens vifs et dégagés : toutes ses attitudes ont une gráce merveilleuse ; elles sont absolument celles du Touraco, oiseau d'Afrique aussi élé- gant que les Perroquets sont maussades. Il y a aussi une analogie frap-
pante entre le cri du petit Vaza et celui des Touracos. Rien enfin de
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18 HISTOIRE NATURELLE
si aimable, de si doux et de si caressant que le petit Vaza. Je ne l'ai jamais vu mordre personne. Timide d’abord avec les gens quil ne connoissoit pas, celui que jai eu finissoit par rendre toutes les ca- resses qu'on lui faisoit, et exprimoit le plaisir quil en ressentoit par une sorte de cri cadencé qui n’avoit rien de désagréable. Il apprenoit facilement à siffler, une partie de différens airs, mais jamais je n'ai pu lui apprendre à répéter des mots. Lorsque je sifflois un air, il écoutoit avec la plus grande attention et le répétoit seul jusqu'à ce qu'il l'eüt appris. Il étudioit aussi et finissoit par imiter parfaitement tous les sons qui frappoient son oreille. Il contrefaisoit si bien le chant de l'alouette qu'on s'y seroit mépris; c'est que sur une fenétre vis-à-vis de chez moi il y en avoit une dont les accens lui avoient plu. Enten- doit-il siffler dans la rue? à l'instant il siffloit de la méme manière ; ce qui n'étoit pas trés-amusant, car il avoit le sifllet trés-aigu. Il imitoit aussi l'aboiement des chiens, le miaulement des chats et jus- quau criaillement d'une porte qui tourne sur ses gonds desséchés. Quelquefois encore, lorsqu'un serrurier mon voisin limoit une barre de fer, ou que quelqu'un scioit du bois, il nous déchiroit les oreilles par la maniére précise avec laquelle il imitoit tous ces bruits désa- gréables. Il ne s'agiroit enfin, pour tirer tout le parti du naturel imi- tateur de ce charmant oiseau, que d'éloigner de lui tout ce qu'on ne
voudroit pas qu'il apprit, et de le mettre à portée de n'entendre que des chants agréables.
L'espéce du petit Vaza se trouve à Madagascar.
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DES PERROQUETS. 19
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LE PERROQUET
A BEC COULEUR DE SANG.
PL. LXXXIII.
Forte taille; corps gros, massif; queue un peu plus courte que le corps, mais large et étagée; bec robuste et dun rouge vif; plumage vert trés-lustré; dos bleu d'aigue-marine ; ailes bleuätres; couvertures de celles-ci noires en grande partie et bordées de jaune d'or.
Le Perroquet à bec couleur de sang; Burr. pl. enl. n.° 713.
Burron est le premier qui ait décrit ce beau Perroquet, et la descrip- tion qu'il en a faite est exacte; mais la planche qui chez cet auteur est destinée à représenter l'oiseau, est des plus mauvaises, parce que l'in- dividu qu'il y avoit alors au cabinet du roi, et qu'il avoit fait servir à cette planche, étoit absolument déformé par la maniére dont il avoit été préparé. Il y a aujourd'hui dans ce méme cabinet un superbe in- dividu de l'espéce, lequel est de la plus parfaite conservation, et sur lequel nous avons établi la figure et la description que nous publions ici du Perroquet à bec couleur de sang. |
On peut voir par les formes de ce bel oiseau qu'il diffère aussi, à quelques égards, des Perroquets proprement dits, qui n’ont pas la queue aussi longue ni autant étagée que lui. Cette espéce paroitroit donc devoir remplir l'intervalle qui se trouve entre les grandes Per- ruches et les Perroquets ; car celles-là ont la queue plus longue et plus étagée qu'elle. Nous observerons aussi que la petitesse de notre cadre ne nous a pas permis de représenter cette espéce de grandeur naturelle, et qu'on doit se la figurer d'un tiers plus grande et plus forte qu'elle ne paroit ici.
Le Perroquet à bec couleur de sang a été ainsi nommé par Buffon, et nous lui conservons cette dénomination , quoiqu'il y ait bien d'autres Perroquets à bec aussi rouge que le sien; raison pour laquelle il auroit peut-étre encore mieux valu le nommer Perroquet à gros bec, puisque de tous les Perroquets connus il est celui qui a le bec le plus fort,
Só HISTOIRE NATURELLE
proportionnellement á sa taille du moins. Les plumes de la téte, du cou et de la queue de cet oiseau, sont d'un vert éclatant, rehaussé de bleu sur le manteau et les ailes. Les grandes pennes de celles-ci, d'un riche bleu et lisérées de vert aigue-marine, se terminent toutes par du brun foncé; celles de leurs couvertures qui avoisinent le dos, sont noires et bordées de vert; les moyennes et quelques-unes des grandes sont, sur le méme fond noir velouté, bordées de jaune d’or un peu orangé. La gorge, le devant du cou, la poitrine, les flancs, les jambes, les couvertures du dessous de la queue et tout son re- vers, sont d'un vert jaunâtre. Le bec est d'un rouge vif, et les pieds sont bruns. Cette espéce est trés-rare dans les cabinets : elle habite la nouvelle Guinée.
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DES PERROQUETS ` 21
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LES PERROQUETS PROPREMENT DITS.
Curs Perroquets different des Aras et des Perruches , principalement par la forme de leur queue, qui est non-seulement toujours courte, mais encore composee de pennes a peu de chose pres égales entr’elles en longueur ; on pourroit méme dire égales, car en effet la petite difference qu’on y remarque plus particulierement aux deux les plus laterales , et qui sont aussi les plus courtes, ne provient que de ce quétant implantées un peu plus haut que celles du milieu, elles ne sont qu’en apparence un peu moins longues que celles-ci, puisque, lorsqu’on les detache du croupion, elles leur sont presque toujours égales. Je dis presque toujours, parce quil y a quelques Perroquets chez lesquels les pennes de la queue sont un peu plus étagées que chez d’autres, mais qui n’en different pas moins, par la forme, de cette partie des Perruches proprement dites; car ces derniéres ont toutes la queue effilée. Les Perroquets dont nous allons nous occuper dif- férent donc des Aras, des Perruches à queue fer de lance et de celles à queue en flèche, en ce qu'ils n'ont pas comme ces derniers la queue pointue. Ils different des Perruches à large queue, ainsi que du grand et du petit Vaza, et du Perroquet à bec couleur de sang de notre n.° 85, en ce qu'ils ont la queue beaucoup plus courte qu'eux. Nous verrons qu'ils different des Kakatous en ce qu'ils n'ont pas de huppe.
Nous avons donc été fondés à diviser le genre entier des Perroquets en :
plusieurs familles, et en cela nous n'avons fait que suivre les indications que la main de la nature a tracées dans les formes caractéristiques et constamment propres de chacune d'elles. Ce mode me semble en tout préférable à l'ordre établi par Buffon, qui a fait ses divisions des mémes oiseaux d’apres les climats qu'ils habitent et d'aprés leurs cou- leurs. La distinction, par exemple, que fait ce naturaliste des Perro- quets Amazones d'avec ceux qu'il nomme Cricks, à cause du rouge que les premiers ont aux fouets des ailes, est d'autant plus extraor- dinaire qu'il décrit parmi ses Amazones des espéces qui n'ont pas ce
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HISTOIRE NATURELLE
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rouge. Voyez Amazone à tete blanche; Buffon, 3.° espèce de Per-
roquet Amazone; voyez surtout ses pl. enl. n.” 549, où ce Perroquet .
est nommé Perroquet de la Martinique, tandis qu'il se trouve encore figuré n.° 555, sous le nom de Perroquet à front blanc du Sénégal. Il est bien vrai que ce naturaliste répare cette erreur. Mais par quelle fatalité se fait-il que ce méme oiseau se retrouve dans une autre divi- sion de Buffon, dans celle des Papegais (nom hollandois des Perro- quets en général, et que Buffon applique à une famille seulement), sous le nom de Papegai à ventre pourpre, pl. enl. n.° 548? Ce n'est pas tout : la méme espéce figure encore sous le nom de Papegai a bandeau rouge, pl. enl. n.° 792, sous la dénomination de Perroquet de Saint- Domingue; car ce Perroquet à bandeau rouge n'est autre que la femelle des premiers. Nous ferons encore remarquer d’autres Perroquets dont le mâle se trouve dans une division et la femelle dans une autre. On peut juger d’apres cela des divisions que Buffon a établies et du fond qu'on peut y faire. Je pardonne à un ignorant qui croit tout savoir, d'avoir la présomption d'écrire sur une partie quil ne connoit absolument pas: mais Buffon, lui dont on admire avec raison le génie et le savoir, je ne concois pas comment, sachant certainement qu'il ne connoissoit pas les oiseaux, il a pu se décider à écrire leur histoire. Les grands hommes ont donc aussi leur foi- blesse; et certes je pense que c'en a été une grande de la part de celui-ci. Il s'en faut bien cependant que je veuille porter quelque atteinte à sa réputation ou que je cherche à détruire la haute consi- dération qu'il s'est si justement acquise; je déclare, pour la dixiéme fois peut-étre, que je suis un des plus grands admirateurs de Buffon: mais je persiste aussi à espérer que ceux qui lisent mes critiques me sauront quelque gré d'avoir osé étre exact et dire la vérité au milieu de quelques personnes intéressées à ce que cela ne füt pas.
Les Perroquets proprement dits ont les mémes formes de bec et de pieds que tous les autres Perroquets en général. Ils ont le corps massif; ils sont lourds, gauches et trés-bruyans ; ils marchent de mau- vaise gráce, mais ils apprennent à parler mieux que les Perruches; ils prononcent surtout plus distinctement. Ils nichent dans de grands trous d'arbres, et vivent en bandes considérables.
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== DES PERROQUET S. 23
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LE PERROQUET AMAZONE.
. t . " X Forte taille; corps épais; bandeau bleu sur le front, jaune autour des yeux, sur les joues, la gorge et prés du talon; du rouge sur le poignet des ailes, le milieu de leurs pennes intermédiaires et les barbes intérieures de celles de la queue,
qui est courte et étagée, mais seulement dans ses pennes les plus latérales ; plu- mage vert brillant; bec noir.
PLANCHE LXXXIF, LE MALE.
Ir n'est point de Perroquet dont l'espéce et les variétés nous aient donné autant que celui-ci de peine à reconnoitre et à bien distin- guer. J'avoue méme que, malgré toutes mes recherches à cet égard, je suis encore loin de penser avoir absolument résolu la question de savoir si l'on doit considérer la plupart des Perroquets que nous donnons sous le nom de Perroquets Amazones comme autant. d'es- péces différentes ou seulement comme n'étant que de simples variétés accidentelles d'une méme espéce, lesquelles, se propageant ainsi, for- meroient autant de races séparées; question sur laquelle il n'y aura . jamais qu'un ornithologiste expérimenté et instruit par lui-méme sur „les lieux qu'habitent ces oiseaux, qui puisse lever tous les doutes. Ce quil y a de certain, c'est que, parmi les nombreux individus des Perroquets dits Amazones qui vivent dans l'état de domesticite, il n'est guére possible d'en trouver deux qui se ressemblent parfaite- ment; il est aussi malheureusement trop vrai que, dans les envois d'oiseaux qu'on fait journellement en Europe des pays qu'habitent ces Perroquets , nous n'en recevons que bien rarement et bien peu qui aient été tués dans les bois. Depuis plus de trente ans que je m'occupe à étudier les oiseaux et que je suis tous les envois qui s'en font, je n'ai vu que cinq Perroquets Amazones qui eussent été tués dans l'état sauvage : j'en ai recu moi-même deux directement, et qui m'étoient adressés, l'un comme mále, l'autre comme femelle ; ce sont ces deux mémes individus qui figurent ici, qui m'ont servi de type pour l'espèce, et qui, par la comparaison que j'en ai faite avec tous les autres individus que j'ai vus de l'espéce, tant en cage que dans les collections, m'ont mis à méme de donner un apercu de l'identité
24 HISTOIRE NA TE RE LL E
probable d’espece de tous ces oiseaux, ă chacun desquels nous don- nons cependant un surnom diflerent, d’aprés les attributs qui lui sont particuliers, mais qui ne toucheroient pas à l'espéce. C'est ce dont le lec- teur pourra juger lui-méme sil veut comparer l'oiseau mále et femelle, n.* 84 et 85, avec ceux des numéros suivans jusquau n.” go, et saider des rapports que nous établirons, d'aprés les observations les plus exactes, entre tous ces oiseaux, à mesure qu'ils se présenteront.
Nous observerons d'abord, que les individus Amazones tués dans les bois, que nous avons vus, étoient tous parfaitement semblables entr eux tandis que ceux qui sont ou qui ont vécu dans l'état de domesticite, different plus ou moins les uns des autres, tellement méme qu'il nous eüt été possible de décrire et figurer comme autant d'espèces différentes au moins vingt Perroquets Amazones. Ceci établi sans que personne puisse le contester, puisque chacun a la facilité de voir dans un méme jour, à Paris surtout, peut- étre plus de cent Amazones, tous différens les uns des autres, il est clair que ces Perro- quets, de méme au reste que tous les Perroquets en général, varient beaucoup dans l'état de domesticite. En comparant ces faits avec ce que nous avons déjà dit des variations de tant d'autres Perroquets, il ne sera donc pas difficile d'établir l'échelle que formeroient les individus figures n." 86, 87, 88, 89 et méme go, de nos planches, ainsi que nous le ferons voir lorsque nous aurons décrit l'espéce dans toute son intégrité, c'est-à-dire, telle qu'elle existe dans l'état de na- ture. Dans cet état, et à en juger par six individus tués dans les bois, le Perroquet Amazone mále a le front ceint d'un bandeau bleu qui traverse d'un ceil à l'autre. Immédiatement aprés ce bandeau on re- marque quelques plumes blanches sur le milieu du sinciput, et qui adhérent à des plumes d'un jaune foncé, qui couronnent les yeux ; ce méme jaune colore les joues et la gorge , en descendant en pointe sur le milieu du cou. Le sommet de la téte, aprés la tache blanche dont nous avons parlé, les plumes de l'occiput et du derrière du cou, sont d'un beau vert et bordées de noir. Les plumes voisines de celles qui sont jaunes, la poitrine, le ventre, tout le dessous du corps et le manteau, sont d'un riche vert brillant, relevé de bleu et jaunissant sur le bas-ventre, les flancs, les couvertures du dessous de la queue et la partie des jambes prés du talon, ou le jaune pur forme une sorte de jarretiére intérieure. Les petites couvertures du poignet des ailes sont d'un beau rouge vif; les moyennes et les grandes, ainsi que les scapulaires et les derniéres pennes alaires prés du dos, sont gros vert.
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DES PERROQUETS. 25
Les premiéres grandes pennes alaires sont extérieurement d’un bleu foncé, tirant au violet; les moyennes sont de cette méme couleur à leurs pointes, mais rouges sur leurs bords extérieurs. Ce rouge forme ainsi une longue bande dans le milieu des ailes; mais souvent on ne l'apercoit pas lorsque les ailes se trouvent appliquées au corps de l'oi- seau. La queue, qui est gros vert des ailes en dessus, et jaunátre en dessous, a aussi du rouge au haut de chacune de ses pennes, mais qui ne s'apercoit dans ce dernier sens que quand elle est resserrée. Le bec est noir-brun et les pieds sont d'un gris blanchátre dans l'oiseau vivant. Dans tous les individus que j'ai vus vivans les yeux étoient d'un jaune plus ou moins foncé. Le mále que j'ai figuré avoit quatorze pouces de longueur totale, y compris la queue, qui n'en avoit que cinq, et qui est composée de douze plumes.
Le Perroquet Amazone se trouve dans une grande partie de l'Amé- rique méridionale; il abonde à la Guiane, mais surtout à Surinam, ou il cause de grands degäts dans les plantations. Il niche au milieu des foréts impénétrables. La femelle pond quatre ceufs blancs dans un grand trou d'arbre. Les petits naissent absolument nus, et se cou- vrent ensuite d'un duvet gris-blanc, qui est remplacé peu à peu par des plumes. Au sortir du nid, le mâle et la femelle se ressemblent, et n'ont, ni l'un ni l'autre, de rouge au poignet des ailes; ils n'ont de méme qu'une petite tache jaune sur le front. Enfin, dans cet état, ils ont absolument les couleurs de la femelle adulte, avec cette dif- férence seulement, que le vert du dessous du corps est plus jaunátre, et que celui du dessus est comme saupoudré d'une poussiére blan- châtre ; ce qui fait souvent confondre l'espéce du Perroquet Meunier avec l'Amazone dans son jeune age, parce qu'aucun naturaliste n'a indiqué les caractéres distinctifs des uns et des autres : inconvénient auquel nous obvions en donnant la description du Perroquet Meu-
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26 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET AMAZONE. PLANCHE LXXXV, LA FEMELLE.
Lia femelle Amazone diffère du mâle principalement en ce quelle n'a qu’une tache jaune sur la téte, entre le front et le sinciput; elle n'a pas
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non plus de rouge sur le poignet des ailes, mais elle porte aussi une barre de cette derniére couleur sur leurs pennes intermédiaires. Chez elle le vert du dessus du corps, celui du cou et de la téte, sont relevés par un bleu clair, comme saupoudré. La gorge et le devant du cou sont vert jaunátre, et tout le dessous du corps, savoir, le ventre, les
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flancs, les couvertures du dessous de la queue et les plumes des jambes, Qun vert terne, approchant de la couleur d'olive. Le dessus de la queue est d'un gros vert, jaunissant un peu sur les bords et a la pointe. Le
dessous en est d'un jaune verdâtre; on aperçoit cependant entre les barbes un peu de rouge foible, mais seulement lorsqu'elle est tout-à- fait étalée. Le bout des grandes pennes alaires est bleu. Le bec est d'un gris blafard , et les pieds sont gris-brun. Telle étoit du moins la femelle Amazone dont la dépouille m'avoit été adressée directement de Cayenne avec le mále que nous avons figuré n.° 84. Je dis la femelle, d'aprés - Pinspection seule de la dépouille de l'oiseau, parce qu'ayant disséqué moi-méme et reconnu pour femelles trois autres individus de l'espéce, il s'est trouvé qu'il n'y avoit entr'eux et celui-ci que quelques différences purement accidentelles et trop légères pour ne pas les regarder comme appartenant à une même espèce et à un même sexe. En effet, ces dif-
férences ne consistoient qu'en ce que le jaune s'étendoit sur la tête plus chez les uns que chez les autres, et que quelquefois il embrassoit les joues et une partie de la gorge : ainsi il paroit constant que les femelles
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du Perroquet Amazone n’ont point de rouge au poignet des ailes, ni
de bleu au front. Un autre individu femelle de l'espéce, que j'ai vu dans les collections de M. Raye de Breukelervaert , ressembloit absolu- ment à celui dont il est ici question, et que j'ai figuré n.° 85; il avoit
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cependant le rouge de la queue mieux prononce que ce dernier, et une partie des premières pennes de ses ailes étoit entiérement jaune. Mais
cet individu et les trois dont j'ai parlé plus haut, avoient vécu quelque temps en cage. Les différences qu'il y avoit entr'eux tous et celui de cet article, n'étoient donc que des effets de l'état de domesticite oü ils avoient vécu; effets ordinaires de cet état sur tous les Perroquets et
Perruches à plumage vert.
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DES PERROQUETS. 25
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LE PERROQUET AMAZONE
A TÊTE JAUNE.
PREMIERE VARIÉTÉ.
PLANCHE LXXXVI.
L'Amazone à tete jaune ; BUFFON, première espèce.
(Ox reconnoit encore dans cet individu varié, tous les caractéres du Perroquet Amazone ; il a, comme celui-ci, du rouge au poignet et au milieu des ailes, ainsi que dans les barbes intérieures des pennes de la queue; il a aussi du jaune autour des puse prés du talon :
mais le bleu du front a disparu chez lui, et s'y trouve remplacé par le jaune qui couvre le sinciput et s'étend sur les joues. Le vert de cet individu est aussi plus terne que celui de l'Amazone. Il a le bec, les pieds et les ongles jaunátres. Ce méme individu a vécu trois ans en cage chez moi. Quand je l'acquis, on remarquoit encore sur son front quelques légéres traces de bleu mélé avec le jaune de cette par- tie, qui ne couvroit alors que le dessus de la téte; son bec et ses pieds étoient bruns. Il mua réguliérement une fois par an, et à chaque mue le jaune s'étendoit davantage sur les joues et le bleu du front s'effacoit entierement. A sa mort je le disséquai, et je reconnus qu'il etoit male. Je pense donc que celui-ci et plus de trente autres indi- vidus variés de la méme espéce, que j'ai examinés, et chez quelques- uns desquels le jaune embrassoit toute la téte et méme tout le cou, ne peuvent étre regardés comme formant autant d'espéces séparées, quoique les naturalistes en général, notamment Brisson, qui sans doute ne connoissoit pas l'Amazone dans son état naturel et sauvage, aient fait de plusieurs de ces variétés autant d'espéces distinctes ; on voit méme que celle de ces variétés dont il est question dans cet article, a été donnée par Buffon comme le type de l'espéce du Per-
roquet Amazone.
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28 HISTOIRE NATURELLE
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L'AMAZONE A CALOTTE BLEUE.
SECONDE VARIETE.
Mêmes caractères que les précédens ; dessus de la tête bleu.
PLANCHE LXXXVII.
Cer oiseau, que nous regardons comme une seconde variété de l'Amazone, et qu'aucun naturaliste n'a indiqué, ressemble plus par la téte à l'individu de notre n.° 84 que la variété représentée n.° 86; car, au lieu de n'y former qu'un bandeau sur le front, comme dans l'individu du n.° 84, le bleu occupe chez lui tout le dessus de la téte. Ses joues et ses yeux sont entourés de jaune, et ce jaune se porte ici jusqu'au milieu du cou, à peu prés comme dans l'autre variété. Mais ces deux oiseaux, semblables d'ailleurs entr'eux à quel- ques légéres teintes prés, et ayant l'un et l'autre du rouge au poignet et au milieu des pennes des ailes, il ne peut pas étre douteux que
l'Amazone à tête jaune et celui à calotte bleue n'appartiennent à Pes- `
péce de l'Amazone proprement dit. Il suffira au lecteur d'examiner avec quelque attention les figures exactes que nous donnons de ces deux variétés et de l'espéce dans toute son intégrité, pour saisir les rapports qu'elles ont entr'elles.
L'individu qui a servi à la gravure que nous donnons de l'Ama- zone à calotte bleue, et que nous croyons fermement n'étre qu'une seconde variété de l'espéce de l'Amazone, fait partie du cabinet de M. Dufresne, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle à Paris. Nous avons vu plusieurs autres individus Amazones, variés à peu prés comme celui-ci, et ayant tous le dessus de la téte bleu, mais diffé- rant entr'eux par plus ou moins de jaune sur les joues et la gorge.
Tous ces individus, ainsi que celui de cet article, avoient vécu dans l'état de domesticite.
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DES PERROQUETS - 29
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L'AMAZONE TAPIRE DE ROUGE.
TROISIEME VARIETE.
PLANCHE LXXXVIII.
Lh sagit dans cet article d'une troisiéme variété de l'Amazone, mais qui n'offrira rien de bien extraordinaire d'aprés ce que nous avons dit des causes qui produisent les variations des Perroquets et de la maniére dont elles s'opérent. Ici le rouge, au lieu de se porter sur les parties du corps qu'il colore dans l'espéce, se trouve répandu sur plusieurs autres parties, dont il tache trés-irréguliérement toutes les plumes; le bleu du front a disparu, ainsi que le jaune de la téte: mais à toutes ses formes il est impossible de ne pas reconnoitre l'es- péce de l'Amazone proprement de `=
L’individu que je fais servir à cette description , fait partie du cabinet de M. Raye de Breukelervaert, d'Amsterdam, et a vécu dans 'état de domesticité. J'ai vu plusieurs autres individus de l'Amazone tapiré, qui étoient dans le méme cas, et chez lesquels il restoit encore un peu de rouge au poignet des ailes et au milieu de leurs pennes intermédiaires, ainsi que sous la queue: individus que jé regarde tous comme appartenant à l'espéce de l'Amazone, tout aussi bien que. ceux de nos articles précédens.
Le Perroquet Tarabé du Brésil, décrit par Marcgrave, et dont Buffon parle d'aprés cet auteur sous le nom d'Amazone à téte rouge (seconde espèce), pourroit bien. n'être qu'une variété chez laquelle le rouge auroit abondé sur la tête et la poitrine seulement. Au reste, la description de ce Tarabé est si incomplète qu'il n'est pas permis
de rien établir à son sujet.
30 HISTOIRE NATURELLE
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WAMAZONE TAPIRE DE JAUNE.
QUATRIEME VARIETE.
PLANCHE LXXXIX.
Pin la manière dont la variation s'est opérée ici, ce nest plus le rouge qui s'est porté sur les différentes parties du corps de l'oiseau, c'est une partie du jaune qui, s'étant détournée, s'est répandue sur le dos , les ailes, la poitrine et les flancs. Mais l'oiseau a conservé le bleu de la téte, qui méme, ayant dominé chez lui, s'est porté sur la partie comprise entre les yeux et le bec. Il a aussi conservé le rouge du poignet des ailes, celui du milieu de leurs. pennes intermédiaires, et méme celui du dessous de la queue. Cet oiseau présente donc une quatriéme variété dans l'espèce de Amazone , variété dont on voit, n." 120 des planches enluminées de Buffon, un autre individu aussi tapiré de jaune; mais ce naturaliste, n'en ayant pas reconnu l'espéce, se contente de dire, aprés avoir indiqué la maniére dont on a fort mal à propos prétendu que les sauvages tapirent les Perroquets et surtout les Criks, que ce Perroquet tapiré devoit étre rapporté à un Perroquet publié par Klein et par Frisch, et que ces auteurs avoient
pris pour un اک Le naturel. Voyez dans Buffon Particle du Crik
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à tête violette, 7.* espèce.
L'individu que nous avons figuré ici, fait partie du cabinet de M. Dufresne, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle : à Paris, et a vécu dans l'état de domesticité.
Cette variété est très-commune. J'ai vu plusieurs de ses individus,
tous plus ou moins tachetés de jaune, dont un étoit même presqu'en- tièrement devenu jaune.
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L'AMAZONE JAUNE. CINQUIEME VARIÉTÉ. PLANCHE XC.
Méme taille et mémes formes que l'Amazone proprement dit; du rouge au milieu des pennes intermédiaires des ailes et sur les barbes intérieures de celles de la queue; grandes pennes alaires grisátres, ainsi que le sommet de la téte et la peau nue du tour des yeux; bec et pieds blafards; plumage général jaune citron sur le corps, jaune verdátre en dessous.
L’ Amazone jaune; Burr. 4.° espèce ; pl. enl. n.° 13, sous le nom de Perroquet jaune. Le Perroquet jaune; Briss. n.° 47.
Après avoir reconnu la variété de Amazone tapiré en jaune, dont nous avons parlé dans notre précédent article, il nous est impossible de douter que celui-ci ne soit encore un individu de la méme es- péce, devenu entiérement jaune dans les parties qui pouvoient et devoient nécessairement prendre cette couleur par leur dégradation totale; et telles sont celles qui étoient vertes ou rouges; car la dégra- dation de ces deux couleurs produit nécessairement le jaune qu'elles ont l'une et l'autre pour base. Le bleu, en se dégradant, a produit la couleur grisaille du sommet de la téte et du bout des pennes alaires de l'individu dont il est ici question. Cette variété présente ainsi à peu prés le dernier degré de l'abátardissement des couleurs naturelles de l'Amazone dans son état parfait. Je dis à peu prés, parce qu'on remarque (voyez la figure que nous en publions) que cette variété conserve encore un peu du rouge des pennes des ailes et de celui de la queue de l'espèce. On voit aussi que cet individu est encore plus dégénéré que ceux qu'ont décrits Brisson et Buffon; car chacun de ceux-ci avoit conservé le rouge du poignet des ailes; mais tous les trois avoient le bec, les pieds et les ongles blanchátres. Quant aux formes de tous ces Amazones jaunes, ainsi qu'à Pétagement des pennes de leurs ailes et de celles de leur queue, j'y ai bien reconnu tous les caractéres de l'Amazone proprement dit. L'individu décrit
32 HISTOIRE NATURELLE par Brisson avoit appartenu à l'abbé Aubry, et je l'acquis à la vente qui fut faite de son cabinet. Celui décrit par Buffon fait encore aujourd'hui partie du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ces deux individus différent de celui que j'ai figuré et qui fait partie du cabinet de M. Raye de Breukelervaert, d'Amsterdam , en ce qu'ils ont le dessus de la téte entiérement jaune. Ce dernier a méme en- core des teintes verdátres dans toutes les parties du dessous du corps; ce qui décéle évidemment la couleur primitive. J'ai vu, dans la riche collection de M. Temminck, une autre de ces variétés, qui avoit aussi le dessus de la téte et le bout des pennes alaires grisailles, mais dont tout le jaune avoit encore une teinte verdátre. J'en ai vu enfin une cinquième, vivante, qui avoit déjà tout le dessous du corps, la tête et le cou, jaunes; le dos et les ailes étoient chez elle encore mélangés d'autant de plumes jaunes que de vertes : cette même variété avoit conservé le rouge du poignet des ailes, ainsi que celui du milieu de leurs pennes intermédiaires et de la queue. .
D'aprés toutes ces observations sur l'espéce du Perroquet Amazone , observations qui sont le fruit de trente années de recherches et de comparaisons , on doit, ce me semble, rester convaincu de l'unité d'espéce de tous ces Amazones variés, dont nous avons présenté la
` série principale comme nécessaire et suffisante pour prouver aux na-
turalistes que ce n'étoit point sur de simples présomptions que nous
avions établi une opinion contraire à celle de ceux d'entr'eux les
plus recommandables par leurs connoissances ornithologiques , mais qui avoient fait de la plupart de ces mémes Amazones variés autant d’especes differentes.
Il est peut-étre utile ou méme nécessaire de faire encore remarquer ici, à l'égard des variétés de l'Amazone que nous avons présentées , que les quatre premiéres offrent une nature de variations différente de celles de la cinquiéme et derniére. En effet, chez celles-là il ny a eu qu'une simple transposition dans la plupart des couleurs , comme dans l'Amazone, par exemple, chez lequel le rouge, ayant abondé et s'étant dérangé de son cours par quelque cause locale, s'est porté sur des parties autres que celles de sa destination naturelle dans l'espéce; ce que nous avons déjà remarqué dans d'autres Perroquets, et ce dont nous donnerons encore quelques exemples. Dans la variété de notre n.” 86, c'est le jaune qui a prédominé et qui a pris sur la tête la place du bleu : dans celle n.? 87, c'est au contraire le bleu qui a pré- valu et qui couvre le dessus de la téte, ainsi que dans la quatriéme
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DES PERROQUETS. 33
variété, dans laquelle le jaune s’est de plus répandu sui une grande
partie des plumes. Mais ici, dans notre cinquième variété, où tout
ce qui étoit vert et une partie du rouge ont jauni, et oü le bleu de la téte et du bout des ailes est devenu gris, aucune des couleurs primitives n'a été dérangée ; seulement elles ont été détériorées, effa- cées méme, par l'épuisement, le presque -anéantissement des forces vitales de l'oiseau. Cet oiseau enfin n'est autre chose que le Perroquet Amazone dans son état de vieillesse, de caducité. C'est l'image du vieillard vénérable , dont la téte et la barbe, de noires qu'elles étoient dans son printemps , ont grisonné dans l'âge mûr et blanchi dans sa vieillesse. Tout est soumis dans la nature aux mémes lois. Nous en avons déjà donné plus d'un exemple dans des oiseaux qui ne conservoient plus rien d'aucune de leurs couleurs primitives. Les oiseaux perdent à un certain áge la faculté de muer et par conséquent de renouveler leurs plumes : il en est aussi chez lesquels l'épuisement occasioné par l'âge ou par quelque dérangement dans les organes, fait dégénérer la matière colorante de leurs plumes; et c'est le cas où sest trouvé notre Perroquet Amazone, devenu jaune.
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54 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET DUFRESNE. PLANCHE XCI.
Forte taille; front ceint d'un bandeau rouge orangé, s'étendant jusqu'aux yeux et y. prenant un ton plus jaune, décidé; joues, gorge et câtes du cou, bleuâtres; tache de couleur orangée, transversale, sur le milieu des grandes pennes alaires, '
vertes à leur naissance et bleues à leurs pointes; plumage vert plein, lustre de bleu; bec robuste, brun jaunåtre ; pieds bruns. f
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Ce Perroquet, de la taille des plus forts Amazones, est de la plus grande rareté dans les collections; la seule même oü je l'aie jamais vu est celle de M. iDufresne, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle de Paris, collection dont jai eu souvent occasion de parler avec avantage. Je donne à cette espéce, dont je ne sache pas que per- sonne ait encore parlé, le nom de M. Dufresne, comme un témoignage de l'amitié qui nous lie et de ma reconnoissance pour la maniére “obligeante avec laquelle il a la bonté de me laisser la plus grande liberté de disposer de tous les oiseaux de son cabinet, soit que je veuille les faire peindre ou les comparer à d'autres individus de mémes espéces. Cette complaisance rare, et que M. Dufresne a éga- lement pour tous ceux qui soccupent de la science de l'histoire naturelle, lui a valu, indépendamment de son mérite personnel , une bienveillance générale et l'estime particulière de ceux qui le connoissent.
Comme nous avons figuré le Perroquet Dufresne de grandeur na- turelle, nous ne nous arréterons pas à en donner ici les dimensions. Cet oiseau a le bec trés-fort et large à sa base. La mandibule infé- rieure porte sur son milieu une vive aréte saillante, qui semble la partager en deux; la supérieure est, au contraire, aplatie sur son aréte. Un bandeau orangé rougeátre prés des narines, et jaune à ses extrémités, ceint le front d'un ceil à l'autre. Les joues, les cótés et le devant du cou, sont bleus, mais d'un bleu tellement mélé de vert
que ces parties paroissent plus bleues ou plus vertes suivant les inci- dences de la lumiére. Le dessus de la téte est vert jaunátre, nué
aussi de bleu; mais, ce bleu se disséminant à mesure quil descend
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vers le derrière du cou, cette dernière partie, le manteau, les sca- pulaires, le dos, les couvertures des ailes, leurs dernières pennes, les couvertures du dessus de la queue, le dessus même de la queue, sont d'un vert plein. Les petites couvertures des bords des ailes, leurs premières grandes pennes et le bout de leurs moyennes, sont d'un bleu foncé. Les pennes intermédiaires alaires sont d'un orange vif dans le milieu de leurs barbes extérieures, ce qui forme une tache allongée de cette couleur vers le milieu du bord des ailes.. La poitrine, toutes les plumes qui couvrent le sternum et le ventre, sont d'un vert lustre de bleu. Les flancs, le bas-ventre, les plumes des jambes, les couvertures du dessous et le revers de la queue, sont
. d'un vert terni d'olivátre. La mandibule: supérieure est d'un jaune
brun, rougissant à la base : l'inférieure et les pieds sont brunatres , et les ongles noirs. M. Dufresne s'est assuré que cette espéce provenoit de Cayenne.
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36 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET MEUNIER.
PLANCHE XCII.
des ailes, vers le poignet, ainsi que sur le milieu de leurs moyennes pennes; premieres pennes des ailes et bout de celles qui sont rouges, bleus; queue plus longue que celle de l'Amazone; penne la plus laterale de chaque câte de la queue, bleue sur ses bords latéraux; plumage général du corps vert gris; yeux jaunes; bec gris noirâtre dans quelques individus et blanc de corne chez d'autres.
| De la plus grande taille; petite tache jaune sur le sinciput, rouge sur le bord | 1
Le Meunier ou le Crik poudré, seconde espèce ; Burr. pl. enl. n.? 861.
Nous avons conservé à ce grand Perroquet d'Amérique le nom de | Perroquet Meunier que les habitans de Cayenne, où il se trouve, lui | ont donné, parce que le vert de son plumage semble en effet sau- poudré de blanc. Il est vrai cependant que tous les Perroquets verts en général, quand ils sont jeunes ou au moment qu'ils viennent de muer, sont aussi poudreux : ce qui a même octasioné plus d'une méprise; car j'ai vu souvent prendre pour des Perroquets Meuniers, étiquetés comme tels, de jeunes Amazones ou leurs femelles. Il est
vrai encore qu'il y a de grands rapports et une ressemblance frap- pante au premier coup d'œil entre le Perroquet Meunier et certains individus Amazones femelles, surtout si ceux-ci viennent de muer: mais, avec quelque attention sur les différences que nous allons éta- blir, il sera facile au lecteur de saisir les caractéres qui font du Perroquet Meunier une espéce différente de celle de l'Amazone. Le | Perroquet Meunier est non-seulement plus grand, mais il a encore la queue proportionnellement plus grande que Amazone; car si on mesure le Perroquet Meunier, on verra que le corps de l'oiseau n'est quune fois et demie aussi long que sa queue, tandis que chez les Perroquets Amazones la queue n'a que le tiers de la longueur du | corps. De plus, l'Amazone n'a pas de rouge sur les bords des ailes, vers le pouce, comme le Perroquet Meunier. Ce dernier a aussi le bord extérieur de la plume la plus latérale de la queue bleu; ce que n'a pas l'Amazone. L'Amazone enfin a du rouge dans les barbes inté- rieures des pennes de la queue, et le Perroquet Meunier n'y en a
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DES PERROQUETS. 37 pas. Il est donc vrai qu'il n'y a rien de si facile à distinguer l'une de l'autre que ces deux espèces d'oiseaux; et si Jal cru quil étoit utile d'entrer dans le détail de leurs caractères respectifs, c'est que la femelle ou le jeune mále Amazone, n'ayant pas, ainsi qu'on l'a vu, d'épaulettes rouges comme les máles adultes, et étant d'ailleurs poudreux au sortir de la mue, il étoit à craindre qu'on ne se méprit , c'est-à-dire, qu'on ne confondit la femelle ou le jeune mále Amazone avec le Perroquet Meunier.
Le Perroquet Meunier a une petite tache jaune sur le sinciput, et les plumes de la téte, du derriére et des cótés du cou, bordées de brun violätre sur un fond vert poudreux. Le dos, les scapulaires et toutes les couvertures des ailes, leurs derniéres pennes prés du dos, le croupion et les couvertures du dessus de la queue, sont aussi d'un vert poudreux; et les plumes de toutes ces derniéres parties portent un petit liséré fin, brunâtre aussi, mais bien moins apparent que celui des premiéres. Les joues, la gorge et la poitrine, sont d'un vert gai jaunátre , légérement poudreux sur la poitrine, dont les plumes sont bordées de brun. Le ventre, les flancs et les plumes des jambes, sont d'un vert gris, et les couvertures du dessous de la queue, d'un . vert jaune. Le dessus de la queue est gros vert, mais jaunissant vers la pointe de chacune de ses plumes ; le revers en est entiérement vert trés-jaune. Le bout des moyennes pennes alaires, qui portent du rouge, ainsi que les grandes, à cet endroit, sont d'un beau bleu. Les yeux sont jaunes, et la peau nue qui les entoure, est blanche.
Le bel individu qui a servi à la figure que nous publions du Per- roquet Meunier et à cette description, fait partie de mes collections. J'ai vu plusieurs autres Perroquets Meuniers dans différens cabinets, quoiqu'en général ils ne soient pas trés-communs. Buffon dit qu'on fait grand cas de ces Perroquets, comme très-dociles et apprenant bien à parler; ce que j'ignore و n’ayant vu quun petit nombre de ces oiseaux dans l'état de domesticite. Il se pourroit aussi que Buffon eüt pris quelques Perroquets Amazones pour des Perroquets Meu- niers, car les oiseleurs qui les vendent sont fort sujets à donner les
uns pour les autres.
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38 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET LORI
A FRANGES BLEUES.
Taille moyenne; queue étagée et sarrondissant au bout à mesure quelle s'étale ; plumage rouge; queue cramoisie; scapulaires et partie du haut du dos bleu formé en franges; premières pennes alaires, extrémité des dernières et bout des plumes de laile bâtarde, noir violâtre; bec jaune; pieds noir-brun.
PLANCHE XCIII.
Ne reconnoissant ce beau Perroquet, de la famille des Loris; dans aucune des descriptions et des figures d'oiseaux publiées jusqu'à ce moment, nous lui donnons le nom de Lori à franges bleues, parce qu'en effet le bleu qui se trouve répandu chez lui sur les scapulaires, ainsi que sur le haut du dos, et qui s'y dessine en large feston, forme une sorte de frangé qui le caractérise au mieux. Cet oiseau a de plus les grandes pennes, le bout des dernières alaires et l'extrémité des plumes de l'aile bâtarde, d'un noir violätre., qui fait aussi l'effet d'une frange sur le bord des ailes, celles-ci étant rouges partout ailleurs, comme le reste du plumage en général, excepté la queue, qui est en tout sens d'un rouge cramoisi. Le bec est jaunátre. Les pieds et les ongles sont noir-brun.
L'espéce de ce Perroquet habite les Moluques. Aussi la voit- on dans beaucoup de cabinets en Hollande, tandis qu'elle est fort rare en France. L'individu que j'en ai figure fait partie du Muséum d’his- toire naturelle de Paris, et provient des belles collections du Stathou- der. J'ai vu au cap de Bonne- Espérance beaucoup de ces Perroquets vivans, qui y avoient été apportés des Moluques.
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LE PERROQUET LORI RADHIA,
PLANCHE XCIV.
Rouge; occiput, ailes, bas de la jambe et collier, jaune-citron; bec jaune d'ocre ; pieds noirâtres.
Ion: Radhia est le nom que ce magnifique Perroquet porte aux Moluques, oü ce nom signifie, suivant ce qu'on m'a dit, roi des Loris; et c'est aussi par cette raison que nous l'avons préféré à tout autre. Cet oiseau est non-seulement rare dans nos collections d'Europe; il Pest encore, à ce qu'on m'a assuré, dans son propre pays: ce qui, joint aux rapports qu'il a avec le Perroquet Lori à collier jaune de notre article suivant, me feroit soupconner qu'il pourroit bien n'étre qu'une variété de ce dernier.’ Mais comme je connois trois Loris Radhia en tout absolument semblables entr'eux, et qu'il est difficile de trouver cette ressemblance parfaite entre plusieurs individus d'une méme espéce, variés, et surtout variés accidentellement , je prefere, en attendant le témoignage d'un voyageur éclairé, considérer à part - le beau Lori Perroquet de cet article, et lui laisser le nom qu'il porte dans le pays qu'il habite.
Nous avons figuré cet oiseau de grandeur naturelle sur nos planches; ainsi nous ne parlerons pas de sa taille. Il a le derriere de la tete et les ailes entières jaune-citron , ainsi que les plumes du bas de la jambe, autour de laquelle il porte comme une jarretiere violátre, et l'espéce de collier qui lui passe au bas du cou par devant. Tout le reste du plumage, y compris toute la queue, est d'un rouge moelleux ; cette derniére est étagée de maniére qu'elle sarrondit au bout lorsque Poi- seau la déploie. Le bec est jaune d'ocre, et les pieds sont noirátres.
L'ndividu que nous avons figure, fait partie du cabinet de M. Temminck d'Amsterdam. M. Beers, bailli d’Asserswoude, en avoit un autre dans ses collections, et M. Boers, ancien fiscal du cap de Bonne - Espérance , en possédoit un troisiéme. Celui-ci et les deux
autres sont les seuls que j'aie jamais vus.
Pm Il est certain que, partout oü il se trouve quelque espèce de Perroquets, elle y abonde, ou du moins n'y est jamais rare; car ces oiseaux engendrent beaucoup et ne vivent qu'en grandes bandes. Mais il est possible qu'on les ait supposés rares dans leur pays natal, parce qu'il est peut-étre difficile de s'y en procurer de vivans, et que les Indiens sont trop peu amateurs de
leurs dépouilles pour s'amuser à les chasser.
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4o HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET LORI
A COLLIER JAUNE.
PLANCHES XCV ET XCV bis.
Ailes vertes, tachées de bleu aux poignets; sommet de la tête bleu-noir vio-
lacé; bec rouge foncé; pieds brun clair; collier jaune au bas du cou, mais dans quelques individus seulement. :
Le Lori à collier, seconde espèce ; Burron; pl. enl. n.” 119, sous le nom de Lori mâle
des Indes orientales.
Ce beau Lori est aussi commun dans les collections que l'espéce
précédente y est rare; aussi est-il peu de naturalistes qui n'en aient | „parle. Mais l'espèce varieroit beaucoup s'il falloit s'en rapporter aux
descriptions qu'ils en ont faites; car il en est bien peu qui s'accordent
exactement entr'elles. J'ai vu cependant beaucoup de Loris à collier
jaune, et je n'ai pas remarqué qu'ils fussent si différens les uns des
autres qu'il ne fût trés-facile de reconnoitre l'espéce. Il en est quel- | ques-uns, par exemple, qui n’ont pas de collier jaune, et que Buffon | prend pour des femelles : je pense au contraire que, si le collier faisoit
toute la différence qu'il dût y avoir entre les mâles et les femelles, ce | seroient les mâles qui ne l'auroient pas. Au surplus, comme je n'ai | jamais été dans le cas de disséquer aucun de ces Perroquets, et quil i est probable que Buffon n'en a pas plus que moi vérifié le sexe par
lui-même, il vaut mieux, dans le doute, laisser la question indecise,
et nous borner à figurer deux individus de l'espèce, dont Pun, n.° 95,
à collier jaune, et l'autre, n. 95 bis, sans collier jaune et comme
variété du premier. Le temps nous apprendra lequel des deux est le mâle ou la femelle, s'il est vrai qu'ils soient de sexe different.
Le Perroquet Lori à collier jaune a tout le dessus de la téte couvert d'une calotte qui paroit étre noire, mais qui, exposée à la lumiére, prend un ton bleu violátre foncé, le violet se prononcant cependant: davantage vers la nuque et lustrant le rouge du derriére du cou. Les | ailes, à l'exception des petites couvertures bleues des poignets et qui | y forment épaulettes, sont, en dessus, d'un vert plein : le revers de | leurs pennes est jaune dans une partie des barbes extérieures; ce qui
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DES PERROQUETS. 41
forme une grande plaque de cette couleur sous les ailes, et qui ne se montre pas en dessus, à moins qu'on n'écarte beaucoup ces mémes pennes jaunes. Tout le plumage du reste du corps, si l'on en excepte une sorte de collier ou plutót de hausse-col jaune-citron, qui marque le haut de la poitrine, et les plumes des jambes qui sont d'un beau bleu violet, est rouge, mais d'un rouge plus sombre sur le dos que sous le corps. La queue, qui est étagée, mais seulement de maniére à s'arrondir en s'étalant, est d'un rouge brun vers la pointe et d'un rouge plus clair à sa naissance. Le bec est d'un rouge sombre, et les pieds sont bruns.
. L'individu représenté n.? 95 bis de nos planches, sous le nom de variété du Perroquet Lori à collier jaune, ressemble en tout absolu- ment à celui dont nous venons de donner la description, au jaune de la poitrine prés, qu'il n'a pas.
Une seconde variété est celle qua figurée Buffon, n.° 84 de ses planches, sous le nom de Lori des Indes orientales, et qui, si elle n'a pas le collier jaune, a au moins, d'apres la figure citée, les der- niéres pennes des ailes bordées de rouge; ce qui ne doit pas paroitre extraordinaire d'aprés les nombreux exemples de variations que nous avons donnés, de Perroquets surtout. Mais si le Lori à collier des Indes, donné par Brisson, tom. IV, pag. 250, d'aprés Albin, étoit en effet, comme le pense Buffon, encore une variété de l'espéce du Lori à collier que nous venons de décrire, il faut avouer que cette variété seroit fort extraordinaire par le blanc dont elle seroit tachetée. Cette description d'Albin m'est fort suspecte, et elle me le seroit encore davantage s'il étoit vrai que l'oiseau qu'il a décrit appartint à l'espéce de notre Lori à collier. Je concois au reste que quelque empailleur pourroit s'étre amusé à varier en blanc un oiseau rouge, pour le rendre plus curieux et le vendre plus cher, supercherie qui n'a eu que trop souvent lieu par malheur pour la science.
Le Lori à collier se trouve aux Moluques.
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42 HISTOIRE NATURELLE ۱
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LE PERROQUET LORI-NOIRA.
PLANCHE XCVI.
Rouge; epaulettes et tache sur le dos jaunes; ailes, bout de la queue et plumes des jambes, vert plein; bec jaune; pieds noirátres.
1 Le Lori- Noira; Burr. première espèce ; pl. enl. n.” 216, sous le nom de Lori des | Moluques. Lori des Moluques ; Briss. tom. IV, pag. 219. |
Cr Perroquet rouge differe de l'espéce précédente en ce quil a sur le haut du dos le jaune que celle-ci porte sur la poitrine, et qu'au 4 lieu d’avoir comme elle les épaulettes bleues, il les a jaunes. Chez lui aussi l'extrémité de la queue est verte, tandis qu'elle est rouge -dans l'autre espéce. Il a encore les plumes des jambes vertes, au lieu | (| de les avoir bleues, et le dessus de la téte du méme rouge que son | plumage général, au lieu de l'avoir bleuätre comme le Lori à collier. | Ses pennes alaires, enfin, sont en partie rouges en dessous, tandis | que ce dernier y a les siennes jaunes. Ajoutons que le Lori-Noira a le bec jaune, les pieds noirâtres, et que son plumage est d'un rouge y plus brillant que celui du Lori á collier. Mais toutes ces différences i constituent-elles bien deux espèces différentes? C'est ce dont il est | permis de douter, lorsqu’en comparant ensemble ces deux oiseaux, | on leur trouve absolument les mêmes formes. Que sera-ce si Pon réfléchit sur les grandes variations qu’éprouvent les Perroquets dans | état de domesticite par le dérangement des couleurs qui leur sont | propres ? Malheureusement sur plus de cent individus Loris -Noira ۱ que j'ai vus, il n'en est aucun qui n'eüt vécu en cage. Aussi crois-je | devoir, en attendant des renseignemens positifs , considérer à part í chacun des deux oiseaux en question, et leur conserver les noms | que les naturalistes leur ont donnes. | | Non-seulement le Perroquet Lori-Noira se trouve dans les mêmes pays que le Lori à collier, mais encore on les y voit ensemble dans | les mémes bandes, à ce qu'on m'a assuré du moins. Si cela étoit | vrai, ce seroit une raison de plus pour les croire de la méme espéce.
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LE PERROQUET LORI
A QUEUE BLEUE.
Rouge cramoisi; queue, scapulaires, bas-ventre, bleus, ainsi que les dernières plumes des ailes et quelques-unes de leurs grandes couvertures; pennes noir- brun ; bec jaune.
PLANCHE XCVII.
Le Lori que nous surnommons à queue bleue, parce que telle est en effet chez lui la couleur de cette partie, a, il est vrai, beaucoup de rapport par ses couleurs générales avec le Lori à franges bleues de notre n.° 93; mais sa queue, très-courte et aussi trés-différente par sa forme de celle de ce dernier, atteste, 4 n’en pouvoir douter, que ces deux oiseaux forment deux espéces bien distinctes, que nous n hesitons pas à donner pour telles.
Le plumage général, C'est-à-dire, celui de la tête, du cou, du dos, du croupion ; les couvertures du dessus de la queue, la poitrine, les flancs, les plumes des jambes du Lori 4 queue bleue, sont d'un rouge foncé, tirant au cramoisi. Toutes les couvertures des ailes sont du rouge cramoisi du corps, à l'exception de trois ou quatre de celles du milieu, qui sont bleu-foncé; quelques autres de celles du milieu et les plus grandes sont lisérées de bleu. Les scapulaires, les deux derniéres plumes des ailes prés du dos, le bas-ventre et la queue entiére, sont aussi bleus. Les grandes pennes alaires sont d'un noir brun. Le bec est d'un jaune d'ocre, et les pieds sont noirs.
L'espéce du Lori à queue bleue se trouve plus communément à "le Bornéo. L'individu que nous en avons figuré de grandeur natu- relle, fait partie de la belle collection de M. Raye de Breukelervaert,
à Amsterdam.
44 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET
A EPAULETTES JAUNES.
Vert lustré; front blanc; tête et une partie du cou jaunes, ainsi que les plumes des jambes et le poignet des ailes; du rouge au milieu des moyennes pennes alaires et ă la naissance de la queue; du bleu au bout des pennes des ailes et sur les bords latéraux de la queue; bec blanc; pieds blafards.
PLANCHE XCVIII, LA FEMELLE.
PLANCHE XCVIII bis, LE MALE.
Le Crik a tete et à gorge jaunes ; Burr. premiere espéce. Le Perroquet Amazone a gorge jaune; Briss. tom. IV, pag. 287, n.° 38.
Quoique cette espèce soit assez commune dans l’état de domesticité, et par conséquent dans les cabinets, Buffon ne l'a pas figurée dans son ouvrage. Ainsi on ne sera pas fâché sans doute de trouver dans celui-ci le portrait d'un des plus beaux Perroquets d'Amérique, et qui se trouve, comme l'Amazone, sur les bords du fleuve fameux de ce nom. Ceux qui n'aiment pas à voir changer les noms des oiseaux, voudront bien nous pardonner d'avoir encore osé changer celui du Perroquet de cet article. Ce qui nous y a déterminés, c’est que la couleur jaune de la téte et du cou de ce Perroquet ne la faisoit pas assez distinguer de
l'Amazone, qui a ces mémes parties aussi jaunes; la couleur de ses
épaulettes, au contraire, l'en distingue parfaitement : raison de plus
pour que nous ayons dà préférer le nom de Perroquet à épaulettes jaunes.
Ce Perroquet a les plumes du front blanches, ainsi que celles qui couvrent l'espace compris entre les yeux et le bec. Les joues et la gorge sont d'un beau jaune jonquille des plus vifs. Telle est aussi la couleur des plumes des jambes, du poignet des ailes, et celle des couvertures de celles-ci, sur lesquelles cette couleur jaune forme deux grandes épau- lettes. Cependant toutes les plumes du front, ainsi que les jaunes, sont rougeátres à leur naissance, couleur qui ne paroit qu'un peu
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DES PERROQUETS. 45
vers la gorge, à moins qu'on ne souléve et n'écarte les plumes. Le der- riére de la téte et du cou, le manteau, les couvertures des ailes autres que les jaunes, sont, ainsi que les derniéres plumes des ailes, d'un vert gai, brillant, lustré de jaune. La poitrine, les flancs, toutes les plumes qui recouvrent le sternum et le bas-ventre, les couvertures du dessus et du dessous de la queue, sont d'un vert-jaune nuancé de bleuátre. Nous observerons que toutes les plumes vertes de ce Perroquet, particuliérement celles du haut du corps, sont, tant en dessus qu'en dessous, lisérées de brun noirátre; ce qui semble les détacher fort agréablement les unes des autres : nous observerons aussi que celles du bas-ventre sont rougeâtres vers leur racine. La queue est un peu étagée; la plume la plus latérale de chaque cóté de cette partie est d'un bleu tendre, et toutes elles ont du rouge à leur naissance, sont vertes au milieu et jaunátres au bout. Les grandes pennes alaires sont vertes à leur racine et bleues à leurs pointes : les moyennes se terminent aussi en bleu, mais elles sont rouges à leur autre extrémité. Le bec est blanc, et les pieds sont blafards.
Ce Perroquet, qui a beaucoup de jaune dans son plumage, est sujet, dans l'état de domesticité, à se tapirer entiérement de cette couleur. Nous avons vu plusieurs de ses individus ainsi tapirés ; nous n'avons pas cru nécessaire de les faire figurer : nous avons méme été sur le point de ne donner qu'une seule figure, n'ayant à notre dis- position qu'une femelle de cette espéce ; mais, quoique celle-ci fût déjà gravée lorsque je vis chez M. Daudin un mâle de l'espèce, tres- bien conservé, que ce naturaliste venoit d'acquérir tout récemment, nous n'avons pas voulu, pour épargner les frais d'une figure, priver le Public du portrait d'un oiseau bien plus vivement coloré et à épaulettes bien plus amples que celui que nous avions d'abord à lul offrir. Ce Perroquet à épaulettes jaunes, mále, a été dessiné par M. Barraband, et c'est aussi celui sur lequel nous avons établi notre description. Il sera assez facile au lecteur, en comparant les deux figures, de saisir les différences qu'il y a entre le mále et la femelle de l'espéce du Perroquet à épaulettes jaunes, pour que nous puissions nous dispenser de nous arréter plus long-temps à leur description.
12
46 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET CENDRE
OU LE JACO.
Gris - ardoise chez quelques individus, gris- blanc chez d'autres. Flancs, bas- ventre et plumes des jambes, blancs; queue rouge; bec, pieds et bout des grandes pennes alaires, noirs; yeux jaune pale.
PLANCHES XCIX ET C.
Le Jaco ou Perroquet cendré; Burr. pl. enl. n.° 311. Le Perroquet cendré de Guinée ; Briss. tom. IV, pag. 310, n.° 49.
Douceur des mœurs, docilité, attachement pour son maitre, toutes ces qualités domestiques se retrouvent dans l'espèce du Perroquet cen- dré. Aussi est-ce de tous les Perroquets celui dont on fait le plus de cas, qu'on apporte le plus volontiers en Europe, et qu'on préfère d'éle- ver et de nourrir en cage. Ce Perroquet est également celui auquel les nègres de la partie d'Afrique qu'il habite; s'attachent davantage : ils le prennent tout jeune dans le nid et l'élèvent, pour l'échanger ou
le vendre aux Européens qui font la traite. Ce commerce leur vaut
même beaucoup ; car il n'arrive pas un vaisseau négrier dans les colonies qui n'ait à bord un grand nombre de Perroquets cendrés: tous les matelots et la plupart des nègres esclaves en ont chacun un ou plusieurs en propre. Le premier acte de déférence de l'esclave qu'on vient d'acheter envers son nouveau maitre, c'est de lui offrir son Perroquet cendré, ce compagnon fidèle, avec lequel il partageoit le peu de nourriture qu'on lui distribuoit à bord, et dont le sort devient ensuite souvent meilleur que le sien.
Buffon s'est beaucoup étendu sur l'histoire domestique du Per- roquet. cendré, et nous renvoyons le lecteur à son ouvrage, parce qu'on y trouve les détails les plus satisfaisans et les plus vrais à cet
égard. Brisson ayant aussi décrit ce Perroquet avec l'exactitude qui |
le caractérise, nous nous contenterons d'en donner les figures les meilleures sans contredit qu'on en ait publiées jusqu'à ce jour. Cet oiseau est d'ailleurs tellement connu qu'il suffit de le nommer pour
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DES PERROQUETS. 47
que chacun le reconnoisse. Nous observerons cependant que l'espèce offre deux variétés, dont l'une, constamment trés-foncée en couleur, est d'un gris-ardoise, et l'autre, d'un gris blanchátre. J'avois d'abord pensé que ces différences constituoient les sexes (et c'est méme l'opi- nion de presque tous les oiseleurs, qui vendent les foncés pour máles et les autres pour femelles); mais, ayant eu ensuite de fréquentes occasions de dissequer ces Perroquets, j'ai trouvé des males et des femelles parmi ceux foncés en couleur aussi bien que parmi les autres. Il est donc certain que les différences de teinte chez eux n'indiquent nullement les sexes, et qu'il n'y en a aucune, quant aux couleurs , entre les máles et les femelles. Il est plus probable que ces différences de teinte sont un effet de l'âge, et que les individus gris-foncé sont les plus vieux : au moins en ai-je vu de trés-vieux dont le gris étoit encore plus foncé que celui de notre n.° gg. Peut-étre aussi l'espéce de nourriture qu'on leur donne opére-t-elle ces variations. Pour asseoir un jugement à cet égard, il faudroit avoir vu des Perroquets cendrés tués dans les bois, et c'est ce qui ne m'est jamais arrivé; car on reçoit en Europe peu d'oiseaux de la partie d'Afrique qu'ils habitent: jobserverai méme quà mon grand étonnement je n'ai rencontré le Perroquet cendré dans aucun des cantons de cette derniére partie du monde que j'ai parcourus, ce qui prouve que l'espéce n'est pas très-voyageuse.
48 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET CENDRÉ TAPIRE DE ROUGE.
PREMIERE VARIETE. PLANCHE CL
Crrre variété purement accidentelle, qui se forme dans Pétat de domesticité et par les mémes causes que toutes celles des Perroquets tapirés, n’est pas trés-rare. Buffon, Brisson et Edwards en ont parlé: ce dernier en a méme donné une figure; mais lindividu quelle représente étoit encore moins tapiré que celui que nous publions ici et qui fait partie du cabinet de M. Raye de Breukelervaert, d'Ams- terdam , individu chez lequel la matiére qui colore les plumes en rouge avoit tellement abonde, quil seroit, suivant toute apparence, devenu tout rouge sil edt vécu plus long- temps.
On voit aussi au Muséum d'histoire naturelle à Paris un individu de la méme espéce varié en rouge, mais qui a peu de cette couleur, moins encore que celui d'Edwards.
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DES PERROQUETS. 4g
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LE PERROQUET CENDRE NOIR.
SECONDE VARIETE.
PLANCHE CII
Cierre seconde variété du Perroquet cendré présente un oiseau dont le plumage est devenu presqu’entierement noir, à l'exception des jambes et de toute la partie abdominale, qui ont conservé un ton. blanchátre, mais moins pur qu'il ne l'est sur ces mémes parties dans l'état naturel. Les plumes rouges méme de la queue et de ses cou- vertures sont noires, à une teinte rougeátre prés, qu'elles ont encore. Le bec est devenu brun. Ce Perroquet est aussi beaucoup plus petit qu'aucune des autres variétés de l'espéce. Il a vécu plus de trente années dans l'état de domesticité; on le nourrissoit principalement de graines de chanvre.’ Lorsqu'il fut mort on me l'envoya, et il fait encore aujourd'hui partie de mon cabinet.
1. Nous avons observé ailleurs que cette graine trés-huileuse produisoit le méme effet sur tous les oiseaux auxquels on la donnoit pour seule nourriture.
aM HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET CENDRÉ A QUEUE JAUNE.
TROISIÈME VARIÉTE.
PLANCHE CIII.
Cerre troisième et fort intéressante variété du Jaco ou Perroquet cendré nous présente l'oiseau dans son extrême vieillesse, dans son état de caducité; c'est la représentation d'un Perroquet qui a vécu trente - deux ans à Amsterdam chez un marchand (M. Meninck- Huysen), et que ce marchand avoit eu en héritage d'un de ses oncles qui lui-même l'avoit eu en sa possession pendant quarante-un ans.
Ainsi cet animal a vécu soixante - treize ans dans l’état de domes- ticité : sans doute qu'il en avoit au moins deux ou trois lorsqu'il fut
transporté de son pays natal en Europe; ce que cependant je n'ai pu savoir au juste. l
Lorsque je vis ce Perroquet, il vivoit encore, si l'on peut appeler vivre l'état de langueur et de tristesse dans lequel je m'apercus qu'il étoit. Il ne se perchoit plus depuis plus de deux ans, époque à la- quelle toutes ses facultés, qui depuis quatre ou cinq déclinoient in- sensiblement, l'avoient abandonné. Il perdit à la fois ses forces, la mémoire, la vue, et dés ce moment l'existence ne fut plus pour lui qu'un état de léthargie continuelle. Dans ces derniers temps il ne mangeoit plus que du biscuit trempé dans du vin de Madère; encore étoit-on obligé de le lui entonner de force.
Quant aux talens et à la bonne éducation de Kaarle ( Charles : C'est ainsi qu'on nommoit notre vieux Perroquet), voici ce que j'ap- pris de la bonne dame Meninck - Huysen , qui ne tarissoit pas et quil me falloit complaisamment écouter d'un bout à l'autre, parce que j'avois moi- méme à faire des questions que j'étois bien aise qu'elle écoutát à son tour pour y répondre. Charles parloit presque aussi bien que Cicéron; car je composerois un volume de toutes les
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DES PERROQUETS. 51
belles phrases quil faisoit et qu'on me répétoit sans en oublier une syllabe. Prompt au commandement , il alloit aussi chercher le bon- net de nuit ou les pantoufles de son maitre, et appeloit la servante lorsqu'on avoit besoin d'elle dans la chambre. Toujours dans la bou- tique, sil entroit quelqu’étranger en l'absence des maitres, il crioit à tue-téte jusqu'à ce qu'on fût venu....... Tels étoient l'instinct et les fonctions domestiques de Kaarle. Je ne doute point qu'avec de la patience on n'en püt obtenir autant de tous les Perroquets en général Mais je rentre dans la partie qui m'intéresse le plus dans l'histoire de celui qui est le sujet de cet article. Il avoit la mémoire bonne, et apprenoit trés - promptement des phrases entiéres en hol- landois, langage trés-favorable à la voix naturelle des Perroquets : cependant il ne conserva cette faculté que jusqu'à l'áge de soixante ans, époque fatale où, loin de rien apprendre de nouveau, il ou- blioit tous les jours une partie de ce qu'il savoit déjà; car il ne répétoit plus que la moitié d'une phrase, en en transposant méme les mots, ou en mélant ceux de l'une avec ceux de l'autre, ce qui occasionoit souvent dans la société de M. et de M."* Meninck-Huysen des scénes amusantes par les équivoques que faisoient naitre tous ces galimathias. `
Le Perroquet perd donc la mémoire et la faculté d'apprendre à soixante ans. Je ne pense pas que les mêmes facultés se conservent
. plus long - temps chez les hommes; je ne sais méme si elles vont
jusque-là. J'ajouterai que les vieux Perroquets, tout rabacheurs qu'ils sont, n'ennuient pas, et que sous ce rapport ce genre d'oiseaux auroit un grand avantage sur l'espéce humaine.
Charles muoit réguliérement tous les ans; mais à soixante-cinq ans à peu prés il perdit cette faculté. Celles de ses plumes qui tomboient, n'étoient alors plus remplacées par de nouvelles. Les pennes de la
queue chez lui se renouveloient cependant encore de temps à autre,
mais une à une, et à des époques irréguliéres et éloignées ; et celles qui les remplacoient, au lieu d'étre rouges, étoient jaunes. C'est ainsi que dans un espace de trois ans sa queue se trouva entierement jaune, de rouge qu'elle étoit. Depuis cette derniére époque elle resta toujours la méme, et ne se renouvela plus.
L'oiseau mourut enfin, et sa maitresse toute en larmes me l'ap- porta dans ma chambre. J'offris de le préparer et de le mettre en état d'étre conservé sous verre; mais, de crainte que l'aspect de son cadavre ne fit qu'augmenter les regrets de la famille, on se décida
52 HISTOIRE NATURELLE
à me l'abandonner, sous la condition expresse que je le conserverois et que j'en éterniserois la mémoire. Je táche aujourd'hui, autant qu'il est en moi, de remplir mon engagement, et je le fais avec d'autant plus de plaisir que le lecteur trouvera peut-étre dans cet article quel-
ques observations intéressantes sur la nature du Perroquet, sur ses 3
facultés physiques et morales.
A la dissection je reconnus que celui dont il est ici question étoit mâle. Il fait partie de mon cabinet; mais maintenant qu'il est décrit et figuré, je me propose de le déposer dans le cabinet du Muséum d'histoire naturelle à Paris.
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DES PERROQUETS. 55
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LE PERROQUET BRUN.
PLANCHE CIF.
Taille moyenne; gorge et pennes laterales de la queue bleues exterieurement; sommet de la tâte et scapulaires brun nué de vert; couvertures du dessous de la queue rouges; joues, nuque et ailes vert plein; dessous du corps brun rouge ou mordoré; bec rouge, jaunissant vers sa base; pieds gris-brun.
Dusky Parrot; E»w. Hist. of Birds, p. 167. Perroquet de la Nouvelle Espagne; Briss. tom. IV, p. 303. Le Papegai brun, 9.* espèce; Burr.
*
E»wanps est le premier ornithologiste qui ait décrit et figuré l'espéce
du Perroquet brun, qu'il avoit eu occasion de voir à Londres : les nomenclateurs qui en ont parlé aprés lui, n'ont méme fait que copier ce qu'il en avoit dit; et Buffon, jugeant de l'oiseau par la figure im- parfaite qu'il en avoit vue dans cet auteur, prétend qu'il est un des moins beaux de son genre. Nous ne sommes pas de l'avis de Buffon; car cet oiseau est au contraire trés -agréablement paré, ainsi que le lecteur pourra s'en convaincre en jetant un coup d'œil sur la figure exacte que nous donnons d'un individu de l'espéce que nous avons vu, et que nous présumons étre le mále. Il est probable qu'Edwards n'aura décrit qu'une femelle de cette méme espéce, puisque les cou- leurs dans la figure qu'il en a publiée sont, en les supposant exactes, beaucoup moins vives que dans l'individu que nous avons vu et dont nous donnons le portrait. Les femelles Perroquets ne sont en général jamais aussi fortement colorées que les máles.
Le brun est la couleur dominante dans l'espéce de cet article, mais il y est relevé par de riches nuances, qui lui donnent beaucoup d'éclat dans toutes les parties directement exposées aux rayons de la lumiére. Une calotte brune, nuancée de vert, couvre tout le sommet de la téte. Les joues, les cótés du cou et la nuque, sont d'un vert plein. Le
milieu du dos, le croupion, les couvertures supérieures de la queue,
sont d'un vert brunátre, mais tel que ces parties paroissent ou plus vertes ou plus brunes, suivant les différens aspects. Les scapulaires sont du méme brun nuancé de vert que le dessus de la téte. Les
ailes, qui dans l'état de repos se portent jusqu'aux deux tiers de la 14 2
54 HISTOIRE NATURELLE
longueur de la queue, sont, a l'exception des derniéres, qui ont un liséré jaune sur les bords extérieurs, d’un vert plein dans toutes leurs parties visibles en dessus. La gorge est d’un beau bleu vif, auquel suc- céde un brun nué de pourpre, qui colore tout le reste du dessous du corps, le bas-ventre et méme les plumes des jambes, tandis que les couvertures du dessous de la queue sont d’un rouge vif. Le dessous de celle-ci est vert-brun, et son dessus du méme vert que les ailes; mais elle a de plus que ces dernières ses deux pennes les plus exté- rieures de chaque cóté bordées extérieurement du méme bleu que celui de la gorge. Le bec est noir sur son aréte supérieure et d'un beau rouge sur les cótés, mais qui jaunit vers la base. Les ongles sont noirs, les pieds gris-brun, et les yeux d'un brun rougeatre. En- fin, les couvertures du dessous des ailes sont d'un vert nuancé de brun, et le revers de leurs pennessest d'un brun noirátre.
J'ai vu vivant, chez M. Millet, fabricant de chapeaux à Lisbonne, mais Francois d'origine, l'individu de l'espéce du Perroquet brun que je viens de décrire. Il eut la bonté de me permettre d'en prendre le dessin et d'en faire la description. Il me dit l'avoir acheté, tout jeune encore, d'un capitaine de vaisseau qui arrivoit du Brésil. Il m'assura de plus que, lorsqu'il l'acquit, il étoit trés- différent de ce quil étoit au moment ou je le voyois; que, presqu'entiérement vert, il n'avoit
encore dans son premier état que quelques plumes qui indiquoient
seulement les couleurs de ses différentes parties; mais qu'aprés avoir fait une forte mue, ou il faillit périr, l'animal avoit pris son beau plu- mage varié, qu'il gardoit constamment depuis sept ans, quoique chaque année, et à la méme époque, il edt mué réguliérement. Ce Perroquet étoit d'un caractère fort doux et très-caressant ; il ne mordoit jamais personne, mais il étoit un peu criard : il prononcoit très- distincte- ment plusieurs mots francois et portugais.
Cette espéce est sans doute trés-rare en Europe, puisque je ne l'y connois dans aucun cabinet. Cela vient apparemment de ce qu'il n'y a pas de spéculateurs sur les oiseaux dans les pays qu'elle habite; car il est plus que probable qu'elle est aussi commune dans le canton du Brésil oü on la trouve, que le sont généralement tous les Perro- quets dans les contrées qui les voient naitre.
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DES PERROQUETS. 55
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LE PETIT PERROQUET VERT.
Taille moyenne; dessus du corps vert gai, nuancé de bleu; dessous vert jau- nätre; grandes pennes alaires bleues exterieurement, noirâtres dans leur intérieur et en dessous; grandes couvertures de ces pennes à leur base rouges; tout le haut du revers de la queue rouge; bec et pieds gris ; yeux brun - rouge.
PLANCHE CV.
E»wanps a décrit et figuré un Perroquet qui a beaucoup de rapport sans doute avec celui dont nous faisons le sujet de cet article, et qu'il nomme aussi petit Perroquet vert de l'Amérique méridionale , little green Parrot from the West Indies; Hist. of Birds, pag. 168 ; mais il est certain que cette prétendue espéce d'Edwards n'est, ainsi que le Crik de Buffon, cinquiéme espéce, qu'une simple variété d'áge de celle du Perroquet Aourou Couraou de Cayenne, et en conséquence: nous avons cru pouvoir appliquer le nom de petit Perroquet vert à une espece réellement distincte de celles imaginées par les deux natu- ralistes que nous venons de citer. Il faut donc supprimer de la liste des Perroquets le petit Perroquet vert d'Edwards, et le rapporter à l'Aourou Couraou dans le jeune áge. Voici maintenant en quoi l'on distingue facilement notre petit Perroquet vert de ce jeune Aourou Couraou. La tache rouge que celui-ci, soit jeune, soit adulte, porte sur les ailes, appartient aux moyennes pennes alaires, dans chacune desquelles ce méme rouge marque le milieu des barbes extérieures ; de sorte que, lorsque les ailes sont entièrement fermées, la tache paroit peu ou méme ne paroit pas du tout, se trouvant souvent ca- chée par le rebord des plumes qui suivent immédiatement celles qui ont du rouge. Chez notre petit Perroquet vert, au contraire, la tache rouge des ailes n'appartient absolument point à leurs pennes; car il n'y a chez lui que les longues couvertures de la base des premiéres grandes pennes alaires qui soient rouges, couvertures qui ont elles- mémes la forme de petites pennes. D'ailleurs le petit Perroquet vert d'Edwards et le Crik de Buffon, cinquiéme espéce, que ce dernier rapporte dans sa description au petit Perroquet vert de celui-là, ont tous deux du jaune sur les joues, ce que n'a point l'espéce dont nous
parlons ici.
56 HISTOIRE NATURELLE
Le petit Perroquet vert a tout le plumage supérieur , savoir, le sommet de la téte, le derriere du cou, le manteau, le croupion, les couvertures et les derniéres pennes des ailes, ainsi que les recouvre- mens du dessus de la quewe et les deux pennes intermédiaires de celles-ci, d'un vert gai nuancé de bleu. Les joues, la gorge, le devant du cou, la poitrine, les flancs, le ventre, les couvertures du dessous des ailes et celles du dessous de la queue, sont d'un vert pále, tirant au jaunátre. Les premiéres grandes pennes des ailes sont d'un beau bleu extérieurement, et noirátres dans leur milieu et leur doublure. Toutes les pennes de la queue autres que les deux intermédiaires , en- tiérement vertes, sont du méme vert que celles-ci dans leurs barbes extérieures, et rouges dans leur partie intérieure depuis leur racine jusqu'aux deux tiers de leur longueur; de sorte qu'en dessus la queue est toute verte, et qu'en dessous elle est rouge en grande partie et terminée par une bande verte. Le bec et les pieds sont gris, les yeux brun -rougeätre.
Ce petit Perroquet vert, que nous avons figuré de grandeur natu- relle sur nos planches, faisoit partie des collections de feu l'abbé Aubry à Paris : on l'y avoit étiqueté sous le nom de Perroquet vert du Brésil. La scrupuleuse attention avec laquelle je l'ai comparé aux différentes espéces de Perroquets, notamment à l'Aourou Couraou et aux variétés d'âge et de sexe de ce dernier, avec lesquelles il eût été facile de le confondre en ne s'en rapportant quà de premiers apercus, me donne la confiance qu'on ne balancera pas à regarder comme espéce propre l'oiseau que je viens de faire connoitre.
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DES PERROQUETS. 57
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LE PERROQUET A JOUES BLEUES.
PLANCHE CFI.
Taille forte, approchant de celle de l'Amazone; face rouge, joues bleues; dessus du corps vert brillant, dessous vert lustré de jaune; grandes pennes alaires bleues; plume la plus extérieure de chaque cóté de la queue idem, la suivante rouge, les autres vertes, et toutes terminées par un frangé jaune jonquille; bec d'un blanc
rosé; pieds gris.
Brasilian green Parrot; Enw. Hist. of Birds, pag. 161, avec. figure.
Burros a cru devoir parler de ce beau Perroquet comme d'une simple variété de son Crik à tête bleue, quoiqu'Edwards Peút décrit et figuré de maniére à ne laisser subsister aucun doute sur son exis- tence comme espéce particuliere. Cette erreur de Buffon, que tous les nomenclateurs ont copiée, sera aisément apercue du lecteur à la seule inspection de la figure exacte que nous donnons, n.° 158 de nos planches, du Crik à téte bleue de Buffon, sous le nom de Perroquet Bouquet, et du Perroquet à joues bleues de cet article. Par cette comparaison on se convaincra méme du. peu d'attention qu وص ce naturaliste ă ses réductions , presque toutes aussi peu vraies que celle-ci; car il n'y a certainement, entre les deux oiseaux que ces deux figures représentent, d'autres rapports que ceux du genre, puis- qu'ils différent non- seulement de taille, mais encore par la distribu- tion de toutes leurs couleurs. L'espéce du Perroquet à joues bleues n'est pas non plus la seule que Buffon associe comme simple variété à son Crik à téte bleue : nous citerons entre les autres celle que nous. avons figurée n.” 111, et le Perroquet Cocho, désigné par Fernandez d'une maniére si confuse qu'il sera sans doute long-temps encore difficile de reconnoitre ce qu'il est réellement. Il faut en con- venir, et je suis faché d'étre obligé de le dire, des réductions telles que celles de M. de Buffon n'ont pas dà coüter de grands efforts ni d'immenses recherches.
Le Perroquet que nous surnommons à joues bleues, parce qu'en effet il est trés- bien caractérisé par la couleur bleu d'indigo qui lui
couvre entierement les cótés de la téte, a toute la face encadrée dans
2 15
58 HISTOIRE NATURELLE
un bandeau rouge vermillon, qui, embrassant largement le front apres avoir jeté deux branches en forme de sourcils, descend en menton-
nière jusque sous la gorge. Le rouge du front, qui tire insensiblement -
au jaune, prend au sommet de la téte une belle teinte jonquille, qui elle-méme va se fondre dans le beau vert lustré de bleu turquoise , qui colore l'occiput, le derriére et les cótés du cou, pour se répandre ensuite sur le dos, les scapulaires, les petites couvertures des ailes, le
croupion et les couvertures du dessus de la queue. Les grandes cou-
vertures et les derniéres plumes des ailes qui avoisinent le dos, sont du méme vert que ces derniéres parties ; mais elles portent toutes un liséré jaune jonquille, qui semble les détacher les unes des autres. Le dessous du corps, depuis le rouge de la gorge jusque sous la queue, et méme les couvertures du dessous de celle-ci, sont d'un vert lustré
et jaunissant toujours davantage, à mesure qu'il descend vers les par-
ties postérieures. Un liséré jaune borde la partie latérale du haut des
ailes, et prend une teinte rouge en se portant vers la base des pre- mières pennes alaires, où il devient d'un beau rouge. Les grandes pennes des ailes sont bleues en dessus et noirátres en dessous. La plume la plus extérieure de chaque cóté de la queue est bleue depuis sa racine jusque vers sa pointe, qui est jaune : la suivante est rouge, mais seulement aussi dans ses barbes extérieures, et comme l'autre elle se termine en jaune. Toutes les autres sont vertes, et encore ter- minées par du jaune; de sorte que la queue porte à son extrémité une belle bande jaune, que le milieu en est vert, et que deux bandes perpendiculaires , l'une bleue et l'autre rouge, encadrent de la maniére la plus agréable toute la partie verte. Les couvertures du dessous des ailes sont d'un vert jaune; le bec est couleur de rose tendre, et les pieds sont gris. Les yeux sont entourés d'une peau nue d'un blanc rosé; quant à leur couleur, comme nous n'avons vu que la dépouille de l'oiseau, nous ne saurions la dire.
Cette description ne différe de celle du naturaliste Anglois, qui le premier avoit fait connoitre cette belle espéce de Perroquet, que par un plus grand nombre de détails oà nous avons cru devoir entrer. Enfin, d'aprés la figure que cet auteur a publiée de l'oiseau, il ne peut rester aucun doute que le Perroquet vert du Brésil d'Edwards ne soit notre Perroquet à joues bleues. Edwards avoit vu à Londres l'individu qu'il a décrit: j'ai vu celui que j'ai fait servir à cet article chez M. Davila à Madrid, qui me permit de le décrire et de le des- siner; il lui avoit été envoyé du Pérou.
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DES PERROQUETS. 59
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LE PERROQUET A FACE ROUGE.
PL. CFII ET CVII bis, LE MALE.
Taille moyenne, moindre que celle de l'Amazone; du rouge éclatant sur la face, la gorge, le devant du cou et sous la queue; le ventre rouge- brun vio-
- lacé; sommet de la tête blanc laiteux; grandes pennes alaires bleu de ciel; plu-
mage vert foncé; bec blanc, pieds gris, et yeux rougeátres.
E L'Amazone à téte blanche, 3.° espéce ; Burr.; pl. enl. n.° 549, sous le nom de Perroquet de la Martinique, et n.” 335, sous celui de Perroquet a front blanc du Sénégal. Le Perro- quet a tete blanche; E»w. Hist. of Birds, pag. 166. Perroquet de la Martinique; Briss.
Ornith. tom. IV, pag. 242.
Cr Perroquet, trés-facile 4 reconnoitre dans son état parfait, varie tellement dans ses différens âges, et méme dans l'état de domesticite, que beaucoup de ses variétés ont été données pour autant d'espéces. On en voit le mále figuré deux fois sous des noms différens dans les planches enluminées de Buffon, erreur que cet auteur répare, il est vrai, dans sa description ; mais en a-t-il moins commis celle d'avoir fait une espéce particuliére de la femelle, sous le nom de Pa- pegay à bandeau rouge, pl. enlum. n.° 792, et celle encore d'avoir donné un autre individu de la méme espéce sous le nom de Pape- gay à ventre pourpre, pl. enlum. n.° 548? Nous ne finirions pas si nous voulions relever ici toutes les erreurs faites au sujet de l'espéce du Perroquet dont nous parlons. Nous nous contenterons donc d'in- diquer les variétés accidentelles de ce Perroquet, et de ne figurer que celles constantes d'áge et de sexe, ce qui doit suffire pour mettre les naturalistes à méme de reconnoitre l'espéce sous tous ses traves- tissemens. Nous avons changé le nom d'Amazone à téte blanche, que Buffon avoit donné à l'oiseau, en celui de Perroquet à face rouge, d'abord parce qu'il n'a de la tête à peu prés que le sommet qui soit blanc, et en second lieu, parce qu'il existe une variété de l'Amazone proprement dit qui a eflectivement le front blanc; variété que nous ne connoissions point lorsque nous avons donné l'histoire
des Amazones, et que nous pourrons un jour publier, si nous nous
60 HISTOIRE NATURELLE
determinons a faire paroitre un supplément lorsque nous aurons re-.
cueilli un nombre suffisant d'espéces nouvelles, arrivées trop tard en Europe pour entrer dans ces deux volumes.
Le Perroquet à face rouge, le male, dans son état parfait sentend, a toute la face, depuis le dessous des yeux jusqu'à la gorge, et méme le devant du cou, d'un rouge vif. Le front et une partie du sommet de la téte sont d'un blanc laiteux , auquel succéde un bleu tendre, dégénérant insensiblement en un vert foncé, qui va se répandre sur tout le derriére et les cótés du cou : ce vert foncé est aussi la cou- leur du manteau, de toutes les couvertures alaires, du croupion, du bas du cou, de la poitrine, de tout le plumage en général enfin, si ce n'est que sur le milieu du sternum se trouve une grande plaque rouge-brun violátre, y formant plastron et descendant jusqu'au bas- ventre. Les barbes intérieures du milieu de la queue sont aussi d'un rouge vif, mais qui ne se montre qu'en dessous de celle-ci lorsqu'elle est serrée. Nous observerons encore que toutes les plumes vertes de ce Perroquet paroissent tronquées, se terminant toutes par un liséré brunátre, qui les détache les unes des autres. Les grandes pennes alaires sont bleu de ciel extérieurement et noirátres dans leur inté- rieur. Le méme bleu colore également les bords extérieurs des deux pennes les plus latérales de la queue. Enfin, les derniéres pennes alaires, voisines du dos, sont gros vert. Le bec est blafard ; les pieds sont gris, et les yeux, qui sont entourés d'une peau blanche, fari- neuse, sont rougeâtres. Telles sont les couleurs du Perroquet à face rouge dans son état naturel, c'est-à-dire, dans l'état sauvage et lors- qu'il a acquis par l'âge tous ses développemens. Dans l'état de do- mesticité nous avons vu des individus de l'espéce dont le rouge de la face embrassoit le front, et d'autres chez lesquels le blanc du sommet de la téte s'étendoit sur une partie de la joue : nous y en avons vu enfin de tapirés, chez qui le rouge s'étoit répandu sur une
partie du corps, et tachetoit quelques couvertures des ailes et les.
plumes du cou. Ce sont sans doute toutes ces différences purement accidentelles qui ont occasioné une partie des erreurs dont nous avons parlé plus haut. Toujours est-il certain que le male du Per- roquet de cet article est exactement tel que nous l'avons. décrit et figure dapres onze individus de divers sexes. et âges, tués dans les bois, que nous avons comparés ensemble, et qui nous avoient été envoyés directement de Saint-Domingue, oü l'espéce paroit étre tres-
abondante, du moins suivant les informations que nous recümes à cet
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DES PERROQUETS 6i
égard de M. Foulquier, à qui je dois une collection trés - précieuse d'oiseaux des contrées de l'Amérique qu'il avoit parcourues pendant le cours de son intendance à la Guadeloupe, collection d'autant plus précieuse pour moi que celui qui l'avoit faite avoit eu le soin d'in: diquer le sexe de chacun des individus qui la composent.
Comme je n'ai jamais vu le Perroquet à face rouge dans aucun des envois d'oiseaux faits de la Guiane, il est plus que probable qu'il n'habite pas la partie méridionale de l'Amérique, et il est certain qu'il ne se trouve pas non plus au Sénégal ni dans aucune partie de l'ancien continent; ce qui n'empêche pas qu'on ne le trouve très- communément en Europe dans l'état de domesticité, tant à cause de la beauté de son plumage que parce qu'il est d'un naturel fort doux et qu'il apprend facilement à parler. Les oiseleurs lui donnent
le nom d Amazone à tete rouge.
Nous avons figuré, n.° 107 bis, une trés-belle variété du Perroquet à face rouge, variété chez laquelle les plumes rouges de la face, ainsi que celles du sternum, sont toutes terminées de vert. Cette variété existe, au moment ou j'écris, chez un oiseleur de Paris, ou j'en ai
pris le dessin.
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62 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET A FACE ROUGE.
PLANCHE CVIII, LA FEMELLE.
Li'isoivipc que nous représentons ici, et dont nous allons parler, faisoit partie de l'envoi de M. Foulquier : il étoit étiqueté comme femelle du Perroquet de l'article précédent, et, d'aprés tous ses carac- téres extérieurs, il est impossible de ne pas reconnoitre dans cet oiseau l'espéce du Perroquet à face rouge. Ainsi il est à croire que Buffon, si fort porté d'ailleurs à faire des réductions, n'avoit pas vu en nature l'oiseau qu'il a décrit sous le nom de Papegay à bandeau rouge; car il lui auroit été d'autant plus facile de le reconnoitre, qu'il paroît, d'aprés la description qu'il en donne, que cet oiseau avoit déjà en partie la tache rouge du milieu du sternum, tache que la femelle du Perroquet à face rouge prend en effet lorsqu'elle est avancée en áge. Le Papegay à bandeau rouge de Buffon n'est donc qu'une vieille femelle dans l'espéce du Perroquet à face rouge, ce dont nous nous sommes assurés par l'examen que nous avons fait de plusieurs individus de cette espéce, que nous avons reconnus pour femelles, tant à la dissec- tion qu'à la préparation, lesquels individus se trouvoient absolument semblables à celui que nous représentons ici. Ainsi ce n'est plus par de simples conjectures, mais par l'expérience et l'observation , que nous nous trouvons fondés à éliminer comme espéce de l'histoire des Perroquets celle prétendue du Papegay à bandeau rouge de Buffon et de tous les naturalistes qui ont copié son erreur, et à donner cet
oiseau pour ce qu'il est en effet, la femelle du Perroquet à face rouge.
La femelle du Perroquet à face rouge est un peu plus petite que le mâle : son plumage est en général d'un vert foncé, semblable à
celui de ce dernier. Chez elle, comme chez le mâle, les plumes sont
coupées par écailles, c'est-à-dire, toutes terminées par un liséré bru- nátre : mais elle n'a point de rouge sur la face ni sur le sternum ; elle n'a pas méme le dessus de la téte blanc. Un bandeau rouge lui ceint le front, et le sommet de sa téte est d'un vert bleuátre, auquel succéde le vert plein du reste de son plumage. Ses grandes pennes alaires sont bleues extérieurement, comme chez le mále. Le bec, les pieds et les yeux, sont colorés dans l'un comme dans l'autre sexe. Nous renvoyons au surplus le lecteur à la figure exacte que nous donnons de cette femelle.
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DES PERROQUETS. 63
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LE PERROQUET A FACE ROUGE DANS SON PREMIER ETAT.
PLANCHE CVIII bis.
PLANCHE CIX, UN JEUNE MALE.
Av sortir du nid le Perroquet à face rouge est tellement différent de ce qu'il devient par la suite, qu'il ne seroit pas étonnant, eu égard à la maniére legere dont certains naturalistes voient les objets, que dans cet état il edt été donné pour une espèce particulière, quoique tous ses caractères extérieurs, la forme de son bec et de ses pieds, 'étagement de sa queue et la coupe de ses ailes, ainsi que ces rap- ports de conformation et cet air de famille qui n'échappent point à un œil exercé, fassent aisément reconnoitre celle à laquelle il appar- tient en effet. |
Dans cet état du premier âge, le Perroquet à face rouge, mâle ou femelle, n'a aucun des attributs de l'áge fait : les individus des deux sexes se ressemblent parfaitement, à la taille prés, que les máles ont toujours un peu supérieure à celle des femelles. Le plumage en géné- ral est absolument vert, c'est-à-dire que toute la téte, le cou, la poi- wine, le ventre, le croupion, les couvertures des ailes et le dessus de la queue, sont de cette couleur; cependant toutes les plumes ont déjà les bordures brunes des autres äges, et qui les détachent les unes des autres comme des écailles. Les premiéres pennes alaires ont aussi leur couleur bleue, et celles du milieu du revers de la queue, un peu de rouge. Le bec et les pieds sont grisaille.
A la premiére mue le mále prend du blanc sur la téte; mais ce n'est que peu à peu et à différentes époques qu'il revét sa belle livrée, qui n'est tout ce qu'elle doit être qu'à la troisième mue, époque de son état parfait : jusque-là il offre annuellement, à chaque mue, autant de variétés différentes. Ce que nous disons à cet égard du mále, il faut le dire aussi de la femelle. Le passage, au reste, de ces oiseaux par tous ces différens états est commun à tous les oiseaux
généralement quelconques; car il n'en est aucun qui, dans le jeune
64 HISTOIRE NATURELLE
âge, ne diffère plus ou moins, et toujours beaucoup, de ce qu'il est dans l'âge fait.
Nous avons figuré, n.° 109, un jeune mâle de l'espèce du Perro- quet a face rouge, lequel avoit, des Pinstant de sa premiere mue, pris les plumes blanches du dessus de la téte. Nous observerons que cette variete avoit été donnée comme espece particuliere par Latham et Sparrman, et que Virey vient tout recemment, d’apres ces deux naturalistes, de la publier comme telle dans sa nouvelle édition du Buffon, sous le nom de Papegay a front blanc.
Nous pensons que les cinq figures que nous donnons de Pespece du Perroquet que nous surnommons à face rouge, suffiront pour mettre les naturalistes à méme de reconnoitre toutes les variétés de
cet oiseau, et de relever eux - mémes les doubles emplois que les
nomenclateurs n'ont pas manqué de faire de toutes ces variétés ; táche désagréable pour nous, et dont nous avons cru inutile de sur- charger cet ouvrage.
Nous ferons remarquer, en terminant nos observations sur l'espéce du Perroquet à face rouge, que Buffon, pour faire du mâle un Ama- zone, lui donne une tache rouge dans le fouet de l'aile, ce qui est absolument controuvé, puisque dans aucun de ses divers états ce Perroquet n'a cette tache rouge, dont le méme auteur fait le principal caractère des Amazones. Aussi avons-nous vu que cette méme espèce figare dans son ouvrage parmi trois familles bien distinctes. Cepen- dant, d'aprés les caractéres qu'il a établis lui-même, le lecteur pourra aussi s'apercevoir que dans les planches enluminées de Buffon on n'a pas oublié, dans celle qui représente son Amazone a téte blanche, la tache rouge en question. Voilà donc encore une preuve convain- cante que Cest d’apres ces mauvaises enluminures que Buffon a établi ses descriptions et les caractères des oiseaux dont il parle, raison bien suffisante pour expliquer les erreurs sans nombre dont fourmille la partie ornithologique de son immortel ouvrage.
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LE PERROQUET AOUROU COURAOU. PLANCHE CX.
Taille un peu inférieure à celle de l'Amazone: plumage supérieur vert éteint, grisaillant ou brunissant, suivant les aspects: larges sourcils bleu-d'outremer: plumes du dessus de la téte jaunes, bordées de bleu sur le front: joues jaune-orangé: des: sous du corps d'un vert plus pale et plus jaunátre que le dessus: grandes pennes alaires vertes à leur naissance et noires ailleurs; les moyennes rouge-orangé, terminées de bleu: pennes latérales de la queue bleues extérieurement: toutes les autres vertes, terminées de jaunatre, en dessus, et rouge-foible, terminées de jaune, en dessous; mais, en écartant les plumes de la queue, le rouge s'aperçoit égale- ment en dessus, oü il est méme plus foncé qu'en dessous : bec noir- brun au bout et jaune à la base: pieds gris- brun: yeux jaunes.
L’Aourou Couraou; Burros, 5.” espèce d'Amazone ; pl. enl. n." 547, sous le nom de
Perroquet Amazone. Perroquet Amazone; Briss. tom. IV, pag. 257.
Cx Perroquet appartient à l'ancien continent, et il est si commun à la Guiane, tant francoise qu'hollandoise, qu'on en expédie journelle- ment de là en Europe la dépouille pour l'ornement de nos collections. Aussi est-il peu de cabinets ou on ne puisse le voir : l'espéce est méme si généralement connue, qu'il suffira de notre sommaire et de la bonne figure que nous en publions, pour qu'on soit toujours à méme de la reconnoitre. Nous observerons seulement que l'individu que nous avons figuré est un mále; et que les femelles de l'espéce différent des máles en ce qu'elles sont un peu plus petites, que le jaune de leur téte est moins vif, s'étend moins sur les joues, et que leurs sourcils sont moins bien prononcés.
Buffon a rapporté à cette espéce un grand nombre de Perroquets qui ne lui appartiennent pas, tandis qu'ailleurs il a donné comme espéce particuliére une de ses variétés: erreurs à l'égard desquelles nous renvoyons le lecteur aux articles ou nous les avons à peu prés toutes relevées en parlant. des espéces qui y avoient donné lieu; car, je le répète encore ici, il seroit aussi pénible pour moi que désagréable pour les autres, de revenir sans cesse sur des questions rebutantes moins encore par leur multiplicité que par l'ignorance marquée qui
les a fait naitre. | 2 7
66 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET A JOUES ORANGEES.
PLANCHE ۰
Taille moyenne; plumage vert gai, tirant plus au jaune sous le corps quen dessus; front rouge; dessus de la téte bleu; joues orangées; grandes pennes alaires rouges dans leur milieu, bleues à leur naissance et à leurs pointes; les deux plumes les plus extérieures de chaque cóté de la queue bordées de jaune en dehors; bec blanc jaunatre; pieds gris.
Lesser green Parrot; Enw. Hist. of Birds, pag. 164, avec fig.
Ox seroit tenté d'attribuer aux typographes l'erreur commise par Buffon d'avoir donné ce Perroquet pour une simple variété de son Crik à tête bleue, si on ne trouvoit dans cet auteur des preuves de beaucoup d'autres rapprochemens tout aussi peu fondés que celui-ci. En effet il n'y a, comme on peut le voir, pas le moindre rapport entre l'espèce de cet article, que nous désignons par la couleur de ses joues, et le Crik à tête bleue de Buffon, que nous nommons Perroquet Bouquet, n° 135 de ce volume. D’un autre côté il ne peut pas y avoir de doute que notre Perroquet ă joues orangées ne soit de la méme espece que celui d’Edwards auquel nous l'avons rapporté : ce que prouve jusqu'à l'évidence la simple comparaison de la figure publiée par ce dernier avec celle. que nous donnons en téte de cet article.
Le Perroquet à joues orangées a le front ceint d'un large bandeau rouge, qui, s'étendant d'un œil à l'autre, descend entre ceux-ci et le bec, et colore la partie des joues voisine de ce dernier, pour se dégrader insensiblement dans le bel orangé vif du reste des joues. Tout le dessus de la tête, depuis le rouge du front jusqu'à Pocciput, est d'un beau bleu d'outremer, qui, dégénérant insensiblement en vert, teint de cette derniére couleur le derriére et les cótés du cou, ainsi que le manteau, les couvertures des ailes, leurs derniéres pennes, c'est-à-dire, celles prés du dos, le croupion et les couvertures supé- rieures de la queue : la gorge, le devant du cou, la poitrine et toutes les plumes du sternum, sont d'un vert jaunátre, nuancé de bleu,
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qui, sur le bas-ventre, les couvertures du dessous de la queue et les plumes des jambes, prend un ton jaunátre. La queue est, en dessus, du vert du dos, et en dessous d'un vert clair; mais ses deux plumes les plus latérales portent extérieurement une bordure jaune, couleur qu'on retrouve sur les petites couvertures du bord du poignet de l'ile; celles en forme de pennes, qui couvrent à leur base les premiéres grandes pennes alaires, sont bleu-d'indigo : ces derniéres sont rouges dans leur milieu et bleues à leur extrémité. Les grandes couvertures du dessous des ailes sont vertes, et les petites d'un jaune verdissant. Le bec est d'un blanc jaunátre; les pieds sont gris, et les yeux d'un rouge orangé.
J'ai vu vivant à Lisbonne, chez un marchand oiseleur, l'individu de l'espéce du Perroquet à joues orangées que je viens de décrire : il parloit passablement bien, et venoit du Brésil.
68: HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET GEOFFROY. PLANCHE CXII, LE MALE
PLANCHE CXIII, LA FEMELLE
Taille au-dessous de la moyenne; queue fort courte; plumage vert-de-pre. Le male a le dessus de la téte bleu violatre; le front, les joues et la gorge, rouge- orangé; le bec rougeâtre, et les pieds gris-brun. La femelle est un peu plus petite que le male, et na sur les joues quune foible teinte rougeatre : partout ailleurs elle est verte, mais d'un vert moins foncé que celui du mâle.
La reconnoissance que je dois 4 M. Geoffroy, professeur de zoologie au Muséum national d'histoire naturelle à Paris, pour la maniere obligeante avec laquelle il s'est prété 4 me laisser disposer des oiseaux
du Cabinet que j'avois à étudier et à décrire, m'a déterminé à donner
son nom à l'espéce absolument nouvelle du Perroquet que nous allons faire connoitre. Puisse ce foible témoignage de l'estime particuliere que jai vouée à cet estimable naturaliste, ne pas blesser la grande modestie qui le caractérise jusque dans sa bienveillance pour tous ceux qui s'occupent de la science qu'il professe lui-méme : exemple rare, qui, sil étoit imité de tous les savans, rendroit l'étude bien plus agréable à ceux qui cherchent à le devenir et qui, sous ce rapport, ont plus besoin d'encouragement que des tracasseries rebu- tantes de ces hommes qui, ne sachant montrer leur importance qu'en faisant sentir leur pouvoir, Gtent jusqu'au désir d'apprendre.
Le Perroquet Geoffroy est moins que médiocre de taille, et peut avoir sa place à cóté des Perroquets Maipouri et Caica d'Amérique et de celui à téte grise d'Afrique, especes qu'il représente dans l'hé- misphere austral. On peut, à ces divers égards, consulter les figures exactes et de grandeur naturelle que nous publions ici du male et de la femelle de ce charmant et rare oiseau.
Le mále a le sommet de la téte d'un beau bleu tendre; et le front, les joues, la gorge, toute la face, d'un rouge orangé; mais, dans toutes les parties où ce rouge avoisine le bleu de la téte, il se forme
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un mélange des deux couleurs qui y donne un ton lilas. Tout le reste du plumage est d'un joli vert de pré, un peu plus foncé sur le corps que par dessous; les couvertures du dessous des ailes sont d'un bleu tendre, et le revers des pennes alaires, d'un gris argentin ; enfin, le bec est rouge, et les pieds sont gris - brunátre.
La femelle, que nous avons figurée n." 115, est un peu plus petite que le male, et tout son plumage est d'un vert uniforme , moins vif que celui de ce dernier : elle n'a par conséquent pas la téte colorée de bleu et de rouge, quoique sur les joues on remarque dé foibles
teintes rougeâtres. À On voit au Muséum d'histoire naturelle à Paris deux individus de
ce Perroquet, l'un mâle, l'autre femelle : ils faisoient partie de l'envoi fait de la Nouvelle Hollande par le capitaine Baudin. Les deux que jai fait figurer, et qui sont absolument semblables à ceux-là, appar- tiennent à M. Becœur de Paris, qui a eu la bonté de me les prêter pour les décrire et les faire peindre. Qu'il me soit permis de lui témoigner ici toute ma reconnoissance pour la liberté qu'il me donne
de disposer de ceux des oiseaux de ses collections que je fais entrer
dans mes ouvrages.
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70 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET A CAMAIL BLEU.
PLANCHE CXIF, LE MALE.
Taille moyenne; queue trés-courte et arrondie; téte, cou et poitrine bleus;
manteau, croupion et couvertures des ailes d'un vert jaunátre glacé, trés-brillant;
grandes pennes alaires bleues; ventre vert; couvertures du dessous de la queue
rouges; bec noir-brun, avec une tache rougeatre de chaque câte, au - dessous des narines; pieds gris- brun.
Le Papegay à téte et à gorge bleues; Burr. pl. enl. n.° 384, sous le nom de Perroquet a tête bleue de Cayenne. Perroquet a tete bleue; Eow. Glan. pl. 314.
Ir faut croire qu'à l'époque ou Buffon écrivoit l'histoire des oiseaux, ce Perroquet étoit moins commun qu'il ne l'a été depuis ; car il le dit assez rare, méme à Cayenne: cependant, lorsqu'il décrit la femelle de cet oiseau, qu'il a prise et donnée pour une espèce particulière, il la dit commune à la Guiane. Comment arranger tout cela? Il nous suffit de savoir qu'aujourd'hui l'espéce du Perroquet à camail bleu est trés-abondante à Cayenne; car il ne se fait presque jamais de ce pays-là d'envois d'oiseaux en Europe, qu'on n'y trouve plusieurs de ses individus, máles et femelles : aussi la trouve-t-on actuellement dans la plupart de nos cabinets d'histoire naturelle. Qu'il n’en fût pas ainsi autrefois, cela ne seroit rien moins qu'étonnant : les oiseaux qui aiment à vivre aux dépens des cultivateurs, ont du se rapprocher des lieux habités et s'y multiplier à mesure que nos plantations leur offroient une nourriture plus abondante et plus de facilité à se la procurer. Or les oiseaux frugivores sont en général ceux qui savent le mieux profiter de ces avantages. Les Perroquets, qui d'abord vivoient dans l'intérieur des bois de la Guiane, ont donc dü se rap- procher par la suite des habitations. Ceci explique, de la maniére la plus simple, l'apparition soudaine de certains oiseaux dans un pays oü on ne les voyoit point ordinairement. C'est ainsi méme qu'aujourd'hui les plantations nombreuses d'arbres à pins ont attiré dans les environs de Paris l'espéce du bec croisé, qu'on n'y voyoit point auparavant, et qui maintenant s'arréte tous les ans au jardin des plantes, ou il trouve
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beaucoup de ces arbres, dont il mange les graines, aprés les avoir détachées par le moyen du crochet inverse qui termine chacune de ses mandibules.
Comme le Perroquet de cet article n’a pas seulement la téte et la gorge bleues, mais qu'il a tout le cou et méme la poitrine de cette couleur, nous avons préféré le nom de Perroquet ă camail bleu, que nous lui donnons, ă celui de Papegai à tête et à gorge bleues, que lui avoit donné Buffon, et qui ne le caractérise pas assez. Ce bel oiseau a donc une sorte de camail qui lui enveloppe entiérement la tete et le cou, et qui se termine sur la poitrine, oü, sur un fond violacé, les plumes portent seulement chacune une bordure bleue. On remarque aussi, vers le milieu du devant du cou, quelques plumes d'un rouge foible, qui joue dans le bleu du cou. Le haut du dos est d'un vert glacé et nuancé de bleu. Les scapulaires, toutes les cou- vertures du dessus des ailes, les derniéres pennes alaires, celles prés du dos, et le croupion, sont d'un vert-jaune lustré, qui, à certain jour, paroit comme doré, et, à tout autre, olivacé. Les grandes pennes des ailes sont en grande partie d'un bleu-de-roi extérieure- ment, et noires dans leur intérieur et vers leurs pointes. Le ventre est vert, et les couvertures du dessous de la queue, ainsi qu'une grande partie du revers de celle-ci, sont d'un rouge vif: les couver- tures du dessus de la queue sont vertes; ses pennes du milieu sont aussi vertes, et les suivantes ou les latérales, bleues en partie. Le bec est d'un noir brun, et porte de chaque côté une tache rougeâtre. - Les yeux, d'un brun orangé, sont entourés d'une membrane rouge terne. Les pieds sont d'un gris brunátre, et les ongles noirs.
72 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET A CAMAIL BLEU.
PLANCHE CXV, LA FEMELLE.
"Tous les naturalistes ont fait de cette femelle une espèce particulière, Buffon l'a décrite sous le nom de Papegai violet, et figurée sous celui de Perroquet varié de Cayenne, n.° 408 de ses planches. Edwards avoit, avant ce dernier, commis la même ‘erreur, tout en publiant unë bonne figure de l'oiseau sous le nom de petit Perroquet noirâtre, Glan. pl. 315. Il est surprenant que les ornithologistes , qui connoissoient le male de l'espèce, n'en aient pas reconnu la femelle, tant il est difficile de s'y mé- prendre, quelque différence qu'il y ait entre les couleurs de l'un et de l'autre ; car tous les caractéres de forme sont entièrement semblables
dans les deux. Aussi cette femelle violátre est-elle aujourd'hui géné- ralement reconnue, dans les cabinets d'histoire naturelle, pour la
femelle de l'espéce du Perroquet à camail bleu. C'est pourquoi nous ne balancons pas à la donner pour telle : mais nous pensons que ces Perroquets violätres ne sont que les jeunes de l'espéce; car sur plus de soixante que j'en ai vus et bien examinés, il n'en est aucun dans lequel je n'aie trouvé tous les caractéres d'oiseaux jeunes encore. Quant à l'identité spécifique de la femelle dont il s'agit ici et du mále du Perro- quet à camail bleu, j'ajouterai que jai vu plusieurs individus de celle-là dans le moyen áge, et qui, ayant déjà pris en partie les plumes de l'état parfait, se trouvoient alors bigarrées des couleurs des deux áges; ce qui arrive à tous les oiseaux en général à la méme époque: ainsi il ne me reste plus aucun doute sur l'identité de ces deux oiseaux.
Au reste il est assez difficile de donner une description détaillée fort exacte de cette femelle ou, comme je le crois, du jeune áge du Perro- quet à camail bleu, ses couleurs étant peu distinctes et tellement nuan- cées qu'il est impossible de les déterminer au juste. Sur les ailes et la queue le bleu paroit dominer chez elle; mais il y est richement relevé de violet, couleur qui se joue sur le haut du dos, les scapulaires et le croupion , dont le fond est d'un brun terreux noirátre. Le front porte quelques légères teintes rougeâtres vers les narines; et sur toute la téte, la face, le cou, la poitrine et le dessous du corps, règnent differens tons de brun relevé de bleu, de violátre, à travers lesquels percent
quelques teintes de blanc, qui terminent les plumes de ces différentes
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parties. Les couvertures du dessous de la queue, ainsi qu'une grande partie du revers des pennes de celle-ci, sont rouges comme chez les vieux individus. Le bec est brun au bout, jaunâtre ă la base, et porte sur chaque mandibule, chez beaucoup d’individus, la petite tache rou- geâtre qu'on voit au mâle de l'espèce. Le tour des yeux est aussi nu et violätre, et les pieds sont gris, comme chez ce dernier. On peut remar- quer que l'individu que nous avons figuré a déjà sur les ailes quelques teintes du vert auquel elles devoient enticrement passer par la suite, ce que n'avoient pas les individus décrits et figurés par Buffon et par Edwards : ceci doit lever tous les doutes, s'il pouvoit y en avoir encore, sur l'identité d'espéce des deux oiseaux représentés n." 114 et 115 de nos planches.
L'espéce du Perroquet à camail bleu est trés-abondante à Cayenne; à Surinam, à Exequebo et à Démérari, dans toute la Guiane enfin ; on la trouve méme au Brésil : j'en ai vu du moins à Lisbonne deux trés- beaux individus vivans, qui y avoient été envoyés, me dit-on, de cette dernière contrée. Je ne sais si, comme le prétend Buffon, ces Perroquets n'apprennent point à parler : ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils ont les organes de la voix conformés exactement de la méme maniére que tous les Perroquets parleurs. Pourquoi donc n'appren- droient-ils pas à parler, ou du moins à articuler des mots, comme tant d'autres? Il est trés-probable qu'ils le pourroient; mais, pour leur donner cette sorte d'éducation, il faudroit les avoir au sortir du nid. On attribue souvent à la nature de toute une espéce des défauts pure- ment accidentels ou particuliers à quelques-uns de ses individus.
Il n'y a encore que trés- peu de Perroquets à camail bleu qu'on tienne dans l'état de domestieite ; car depuis plus de trente ans je n'y en ai vu que trois, lesquels étoient dans l'état parfait. Je suis fâche de n'avoir pas été dans le cas de disséquer cet oiseau dans tous ses áges, ce qui auroit établi d'une maniére certaine la connoissance des sexes dans l'espèce; car, quoiqu'il soit certain que le Perroquet à camail bleu est, dans l'áge fait, absolument tel que nous l'avons représenté nti 14, et que, jeune, il est tel qu'on le voit n.? 115 de nos planches, cela ne dit pas que les femelles soient semblables aux jeunes : cela est ordinaire chez les oiseaux, mais pas assez général pour qu’on doive s'en faire une régle invariable, applicable 4 toutes les especes indistinctement.
74 HISTOIRE NATURELLE
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LE PERROQUET A TÉTE GRISE.
PLANCHE CXVI, LE MALE. PLANCHE CXVII, LA FEMELLE
Taille ramassée et moins que médiocre; queue courte et à pennes égales; tete et cou gris; large plastron vert, tombant en pointe sur le milieu du sternum ; ventre d'un beau jaune-orangé trés-vif; manteau, ailes et dessus de la queue verts; bec gris-noir; yeux jaune d'or; pieds blanchátres.
Le Perroquet à téte grise; Burr. pl. enl. n.° 288, sous la dénomination de petite Perruche du Sénégal. Perruche du Sénégal; Briss. tom. IV, p. 400.
Ir est surprenant que Buffon, qui a séparé des Perroquets proprement dits les espéces du Caica et du Maipouri d'Amérique , n'ait point aussi fait entrer dans la tribu de ces derniers l'espéce du Perroquet à téte grise dont nous faisons le sujet de cet article. Il faut croire qu'il n'a décrit cette espéce que d'aprés ce qu'en avoit dit Brisson avant lui; car il est probable que, sil eût vu en nature le petit Perroquet à tête grise, il lui eüt trouvé tous les caractéres qui l'ont déterminé à faire de ces oiseaux de médiocre taille une famille à part, comme formant la nuance en grandeur entre ses Papegais et ses Perriches du nouveau continent. On doit sentir que le systéme des séparations, déterminé seulement par la considération des tailles de différente grandeur des espèces , présente trop d'inconvéniens pour qu'on ne nous pardonne pas d'avoir suivi une marche différente.
Si Buffon avoit mieux examiné les oiseaux qu'il ne paroit l'avoir fait, il auroit vu que le Perroquet Maipouri et le Caica, dont nous donne-
rons aussi les descriptions, n'avoient, ni l'un ni l'autre, la téte plus
forte, proportionnellement à leur taille, que beaucoup d'autres Per- roquets d'Amérique. Il y a des différences bien plus sensibles entre d'autres Perroquets que celles dont nous parlons ici, sans que pour cela Buffon ait fait de ces Perroquets autant de familles particuliéres.
Au reste, ici comme dans mille autres endroits, on voit que Buffon `
a fait ses descriptions d'aprés les mauvaises figures enluminées de ses
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DES PERROQUETS. 3% ouvrages, et qu'elles seules Pont guide : or, dans celle de ces figures qui représente le Maipouri, on a en effet grossi prodigieusement la téte de cet oiseau.
Le Perroquet à à tête grise a le corps épais, la queue carrée et courte; ce qui, avec la médiocrité de sa taille, le fait paroitre trapu, et lui donne un air lourd, qui contraste avec ses belles couleurs d’un gris argentin, nué d’une légère teinte brunâtre sur le sommet de la tête, et le vert sur toute la dem et une partie du devant du cou, au bas duquel régne un large plastron d'un vert lustre, qui, embrassant le derriére du cou, tombe en pointe sur la poitrine, et se détache agreas blement sur le beau jaune-orangé de tout le reste du dessous du corps: Le manteau, les couvertures des ailes, le croupion, le dessus de la queue, sont d’un vert gai, ainsi que les bords extérieurs des pennes alaires : les parties intérieures et les pointes de ces derniéres sont d'un gris brun; leur revers est gris-luisant, et celui de la queue, d’un gris jaunatre. Le bec et les pieds sont d'un gris noirâtre, et les yeux bruns.
La femelle de l'espéce de ce Perroquet est un peu plus petite que le mále : la couleur jaune est moins orangée chez elle, et les plumes grises de la tête et de la face y portent quelques bordures vertes, tandis que celles vertes du plastron y ont au contraire des bordures grises. Tout d'ailleurs est semblable dans les deux sexes.
Le Perroquet à téte grise se trouve au Sénégal. Il étoit autrefois fort rare dans les collections, mais depuis quelque temps on importe vivans beaucoup de ces oiseaux à Paris; il m'est arrivé d'en voir plus de vingt-cinq faire partie de la cargaison d'un seul bátiment : aussi ai-je eu occasion d'en disséquer plusieurs, et d'en vérifier les sexes d'une maniére positive. Il existe en ce moment, chez un marchand de Paris, un de ces Perroquets, qui parle trés- bien et qui montre beaucoup d'attachement pour son maitre; qualités précieuses et qui vaudront sans doute à l'espéce d'étre beaucoup recherchée, d'autant plus encore que ses belles couleurs et la médiocrité de sa taille la rendent très - interessante, ainsi qu'on peut le voir par les figures exactes et de grandeur naturelle que nous donnons du mále et de
la femelle.
76 HISTOIRE NATURELLE
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DU PERROQUET A TETE GRISE.
PLANCHE CXVIII.
Le Perroquet ă téte grise présente plusieurs variétés, dont nous ne donnerons ici qu'une des principales par la dégradation totale de sa couleur verte, dégénérée en jaune, et chez laquelle le jaune orangé lui-méme s'est beaucoup affoibli en méme temps qu'il s'est répandu sur la téte et le cou; l'oiseau enfin est entiérement d'un jaune citron. Cependant une telle variation n'a rien d'extraordinaire ; car il n'est peut-être aucun Perroquet vert chez lequel clle ne puisse avoir lieu, ainsi que nous l'avons prouvé ailleurs. L'individu dont il s'agit ici, facile à reconnoitre à toutes ses formes, avoit vécu dans l'état de domesticité, et ses couleurs avoient changé peu à peu par cause de maladie, cause ordinaire des variations du genre de celle-ci. J'ai dis- séqué cet individu, dont je conserve la dépouille et que j'ai reconnu pour mále. J'ai vu vivans plusieurs autres individus de la méme es- pèce, et chez lesquels le jaune ne s'étoit répandu que sur une partie du dos et des couvertures des ailes, et sur la tête : ces individus se trouvoient alors tapirés de jaune, à peu pres comme le sont les autres Perroquets chez lesquels la couleur d'une partie du corps se trouve transportée sur d'autres parties. Mais dans le Perroquet à téte grise, et dans les autres variétés tapirées que nous avons fait représenter sur nos planches, on voit que ces oiseaux ne prennent pas de nou- velles couleurs, et que celles qu'ils ont naturellement ne font que changer de place, abonder ici, ou se dégrader ailleurs.
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LE PERROQUET MAIPOURL PLANCHE CXIX, LE MALE.
PLANCHE CXX, LE JEUNE AGE,
De mediocre grandeur: corps ramassé; queue courte et arrondie; dessus de la téte noir; tache verte de chaque câte entre les narines et les yeux; manteau, couvertures des ailes, croupion, moyennes et derniéres pennes alaires, vert de pre; grandes pennes alaires noirâtres dans leur intérieur et bleues exterieurement; devant du corps couleur de cafe au lait; cuisses, bas-ventre, couvertures du des: sous et revers de la queue, jaune d'ocre; bec blafard; pieds bruns.
Le Maipouri; Burr. pl. enl. n.? 527, sous le nom de petite Perruche Maipouri de Cayenne. White breasted Parrot; Ew. Hist. of Birds, pag. 169, avec une bonne figure.
Crrre espèce porte à Cayenne, oü elle est trés-commune, le nom de Maipouri, que nous lui conservons, mais en la replacant parmi les Perroquets, dont trés-certainement elle fait partie, puisqu'elle n'a
pas la queue pointue comme les Perruches. Ce nom de Maipouri est
aussi celui d'un grand quadrupéde d'Amérique, et n'a été donné à l'oiseau qui fait le sujet de cet article, que parce qu'il imite, à s'y méprendre, dit Buffon, le sifflement de cet animal, le plus grand des mammiferes connus du nouveau monde. Le méme auteur nous: ap- prend que l'espéce se trouve non-seulement à la Guiane, mais encore au Mexique et jusque chez les Caraques; qu'elle n'approche pas des habitations, et qu'elle se tient de préférence dans les bois entourés d'eau : il nous dit enfin que ces oiseaux vont ordinairement en petites troupes, sans cependant avoir d'affection les uns pour les autres, et que ceux qu'on prend vieux ne peuvent sapprivoiser ni méme s'adoucir par les moyens qu'on emploie ordinairement avec succés pour les Per- roquets les plus revéches, c'est-à-dire, le camouflet ou la fumée de tabac qu'on leur souffle dans le nez. Il n'est pas surprenant d'aprés cela qu'on trouve si rarement cet oiseau dans l'état de domesticité ; quant à moi, je ne l'ai méme jamais vu nulle part dans cet état : mais en revanche il est si commun dans les collections qu'il. en est peu ou on ne le trouve; il fait méme encore partie de toutes les pacotilles d'oiseaux qui nous viennent de Cayenne. Buffon a observé de plus que cette
20 2
78 HISTOIRE NATURELLE
espéce de Perroquet avoit les plumes du ventre trés-petites et comme collées sur le corps. Cette observation n'est vraie que sous un rap- port, c'est-à-dire que, quoique les plumes du ventre ne soient pas plus petites chez cet oiseau que chez beaucoup d'autres Perroquets de la méme taille que lui, il est certain que dans beaucoup d'individus Maipouris on trouve toujours toutes les plumes, depuis la poitrine jus- qu'au milieu du ventre, comme poissées et unies les unes aux autres, ce qui, en en dénaturant un peu la couleur, leur donne en effet l'ap- parence d'être collées au corps; mais en lavant cette partie poissée, les plumes redeviennent trés-pures, reprennent leur couleur naturelle, et n'ont plus l'apparence qui a trompé Buffon. Il est probable que la matiére gluante qui colle ainsi les plumes du ventre et de la poitrine de cés oiseaux, ne provient que de l'espéce de fruit dont ils se nour- rissent, et dont le jus se répand sur ces plumes et les poisse, comme il arrive à nos grives de se poisser le plumage du devant du corps lorsqu'elles se mettent à manger le fruit de la plante parasite nommée gui, et dont la substance est si collante qu'elle sert à faire une espèce de glue capable d'arrêter les oiseaux. Nous remarquerons en outre que toutes les plames du Perroquet Maïpouri sont rudes, et que sa peau est fort épaisse; ce qui encore, lorsque sa dépouille est. desséchée , contribue à faire paroitre ses plumes plus courtes qu'elles ne le sont en effet : cela prouveroit aussi que ces oiseaux se nourrissent de fruits très - succulens et même fort sucrés; car tous les oiseaux qui vivent
` de miel, comme les indicateurs d'Afrique, les sucriers, les oiseaux
mouches, les colibris, qui sucent les fleurs, et méme les guépiers, qui mangent les abeilles, ont la peau épaisse et les plumes rudes. Quoi qu'il en soit à cet égard, s'il est vrai que l'espéce de Perroquet dont nous parlons ici n'approche jamais des habitations, que tous les
autres Perroquets recherchent avec soin pour profiter des fruits qu'ils.
y trouvent en abondance; du café surtout, dont ils sont trés-avides, et que dans l'état de domesticité il refuse toute espéce de nourriture, il faudroit au moins en conclure qu'il se nourrit de substances diffé-
rentes de celles dont s'alimentent en général les autres Perroquets.
Quant à ce que dit Buffon sur le caractére farouche de cette espéce et sur ce qu'elle vit en troupe, il faut le dire de tous les autres Per-
roquets, tous criards, querelleurs, difficiles à apprivoiser quand on
les prend vieux, et fréquentant de préférence les foréts voisines des riviéres.
Il sera toujours facile de reconnoitre les Perroquets Maipouris à la
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distribution réguliére et par opposition de leurs belles couleurs. La
téte de ces oiseaux est couverte d’une calotte noire, qui va des narines à l'occiput et descend de chaque câte jusqu'aux yeux, qu'elle embrasse. Une petite tache vert- pomme adhére d'un cóté à ce noir, et occupe l'espace compris entre les yeux, le bec et les narines. Les joues et le
devant du cou sont d'un jaune d'or; le haut du cou, d'un jaune d'ocre plus foncé sur la partie postérieure que sur l'antérieure, oü elle se
fond par degrés avec la couleur de café au lait, qui est aussi celle du bas du devant du cou, de la poitrine, de l'estomac et des flancs, | jusqu’au ventre. Les plumes des jambes, le bas -ventre toutes les
couvertures du dessous, méme le revers, de la queue, sont du jaune
| d'ocre, plus foncé que partout ailleurs. Le dos, le manteau, toutes i | les couvertures et les derniéres pennes des ailes, sont d’un vert gai;
| leurs premitres ou grandes pennes, noires dans leur intérieur et bleues | extérieurement ; les suivantes, noires aussi en dessous, mais à bordures E bleues. Le bec est gris-cendré; les pieds et les ongles sont d'un brun noirátre, et les yeux, suivant Buffon, noisette foncé.
Entre le grand nombre d'individus que nous avons vus de l'espéce du Perroquet Maipouri, nous avons remarqué pour toutes différences que quelques-uns étoient plus petits et avoient les couleurs un peu
moins vives que d'autres : il est probable que ceux-là étoient des femelles de l'espéce. Quelques autres de ces individus, qui présen- | toient tous les caractéres d'oiseaux jeunes encore, avoient les plumes | du dessus de la téte d'un noir brunâtre et marquées de vert. On voyoit aussi quelques bordures vertes aux plumes d'ocre du haut de leur cou et à celles de toute la région abdominale, tandis que celles du devant du corps avoient dans leur intérieur une teinte jaune et n'étoient bor- dées que d'isabelle. Le vert du dos avoit en outre chez ces individus jeunes une teinte plus jaunátre que chez les vieux, et les grandes pennes alaires y étoient bordées de vert : ils avoient le bec jaunátre sur les cótés et brun sur l'aréte. Nous avons représenté un de ces
oiseaux, jeune encore, dans notre n.” 120, auquel nous renvoyons
le lecteur.
80 HISTOIRE NATURELLE
LE PERROQUET A CALOTTE BLEUE.
PLANCHE CXXI.
Grande taille; dessus de la téte et grandes pennes alaires bleus; bande noire des yeux aux narines; dessus du corps vert plein; dessous, vert olivacé; bec rouge; pieds gris- brun.
Le grand Perroquet vert à téte bleue; Burr. pl. enlum. n.° 862, sous le nom de Perroquet d Amboine.
Cr Perroquet est de la plus belle taille ; il égale sous ce rapport le Perroquet Meunier. Sa queue, légèrement étagée, sarrondit en s éta- lant, et les ailes, ployees, vont jusqu'à la moitie de la longueur de celle-ci. Une calotte d’un beau bleu de ciel couvre absolument tout le dessus de la téte, et embrasse Pespace compris entre les yeux et la base de la mandibule supérieure. Une bande noire, étroite, et par-
tant de chaque narine, aboutit des deux cötes au coin de l'oeil ; ce
qui fait trés-bien à la figure de l'oiseau. Le derriére du cou, le dos, le manteau, toutes les couvertures des ailes, leurs mitoyennes et der- niéres pennes, sont d'un vert plein. Les grandes pennes alaires sont bleues sur leurs bords extérieurs, et noirätres à leur revers. Les joues, la gorge, le devant du cou, la poitrine, le ventre, les plumes des jambes, et les couvertures du dessous de la queue, en un mot, tout le dessous du corps, est d'un vert jaunátre legerement olivacé. Le dessus du milieu de la queue est du vert du dos, tandis. que ses cötes sont bleus, et que son revers est d'un jaune brunátre. Le bec est rougeátre, et les pieds sont gris- brun.
Cette belle espéce de Perroquet, qui, suivant Buffon, se trouve à Amboine, est encore fort rare dans nos collections : je n'y ai vu du moins jusqu'à ce jour que trois de ses individus, dont deux faisoient partie, l'un de celle de Mauduit à Paris, l'autre de celle de l'abbé Aubry, aussi à Paris; le troisième, on le voyoit autrefois au Jardin des plantes, mais il y étoit en trés-mauvais état, et y a péri par la mauvaise maniére dont il avoit été